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La littérature fantastique

Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/10/2008  -  livre
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La littérature fantastique

Avec les deux titres sur La science-fiction et sur La fantasy de Jacques Baudou, le Que sais-je ? sur « La littérature fantastique » de Jean-Luc Steinmetz complète le triptyque de référence pour les accros à l’imaginaire. Rien de tel pour disposer d’un panorama large et copieux sur les littératures de l’étrange. Pour entretenir la flamme, la collection encyclopédique des PUF en publie une cinquième édition mise à jour.

Agrégé de lettres classique, Jean-Luc Steinmetz a longtemps enseigné la littérature française à l’Université de Nantes.  Connu du grand public pour avoir publié les œuvres de Rimbaud en trois volumes chez Garnier-Flammarion,  ce rimbaldien émérite, auteur en 2007 d’un recueil d’articles sur le poète (Reconnaissances), est aussi reconnu pour son œuvre poétique. Désormais à la retraite, l’ancien auteur de la revue avant-gardiste TXT, consacre son temps, tel un esthète, à l’écriture poétique, non sans revisiter au passage l’œuvre de poètes ou de peintres français (Courbet, notamment).

Souvent cité  lorsqu’il est question de cerner les contours fantastiques d’une oeuvre, Jean-Luc Steinmetz s’est intéressé au fantastique parce qu’il y voyait une forme fondatrice du récit, « l’une des tentations les plus profondes de l’art narratif » (le premier roman occidental « L’âne d’or » d’Apulée n’est-il pas d’essence fantastique ?). Mais aussi parce que l’exégète rimbaldien est un passionné de littérature, un érudit séduit par le merveilleux poétique et sa forme antirationaliste et angoissée qu’est le fantastique.

Littérature en tension et en extension

Comme le Que sais-je ? de Jacques Baudou, Jean-Luc Steinmetz traite de la genèse, de la thématique et de la géographie du genre. Si la notion de fantastique comme celle de science-fiction varie au cours du temps, si la question de la frontière avec les autres genres est également incontournable (merveilleux, féérie, fantasy, SF), le travail d’élucidation du genre est bien antérieure aux autres, qu’il ait été entrepris par des théoriciens (Castex, Caillois, Todorov, Freud, Milner) ou par des auteurs (Nodier, Lovecraft).

Etymologiquement, le fantastique est ce qui apparaît, ce qui donne l’illusion. Il se définit, à partir du siècle des Lumières, comme une confrontation anxieuse du réel au mystérieux, au « surnaturel ». Il est une remise en question (en cause) des causalités rationnelles et un glissement progressif vers un irréel « pulsionnel ». C’est avec Lovecraft qu’un pan du fantastique, plus tourné vers la tension et l’angoisse, basculera peu à peu dans l’épouvante.

Plus qu’une thématique récurrente, Jean-Luc Steinmetz met en évidence des êtres, des formes, des actes et des principes causatifs itératifs pour la littérature fantastique : fantômes, doubles, vampires, automates, monstres voués à apparaître, à posséder, à détruire ou à se transformer. « Le monde anomique du fantastique s’édifie presque toujours sur une implicite structure permettant de l’expliquer (un rêve, une mise en scène, une drogue, des phénomènes paranormaux, etc.).

Tandis que dans l’Antiquité, le sentiment de malaise ou de terreur était produit par l’irruption du sacré, les écrivains fantastiques, qui se réfèrent plutôt aux métamorphoses d’Apulée, se sont d’abord nourris « d’histoires prodigieuses » (nourries de la découverte de nouveaux horizons géographiques et historiques), puis de spiritualisme, d’occultisme, d’illuminisme à l’instar de Nerval, de Cazotte (1720-1792) ou de Jean Potocki (1761-1815), considérés comme les créateurs du genre fantastique.

Le romantisme fournira ensuite en Allemagne (de Goethe à Hoffmann en passant par Tieck, Brentano, Arnim), en France (Nodier, Gautier, Balzac, Mérimée) un terreau fertile à l’épanouissement du genre. Avec Edgar Poe, Maupassant Bram Stoker, Oscar Wilde, Mac Orlan, Mary Shelley, le fantastique s’ancrera davantage dans les mutations de la société industrielle. Anticipant ou prenant acte de la première guerre mondiale, l’expressionisme allemand donne une dimension plus tragique au fantastique. En France, le surréalisme trouvera dans le rêve une réalité plus confortable. Le fantastique se mondialise, mais les personnalités d’auteurs tels qu’Henry James, Lovecraft, Kafka, Borgès, Coràzar, William Burroughs le redéfinissent en permanence.

A l’origine, « occupant une zone crépusculaire et traduisant les sensations les plus troubles », le fantastique a finalement « étendu le champ de la littérature » et s’est imposé comme « expression de l’angoisse et de l’inquiétude » et le « jeu morbide par lequel en triompher ».

Littérature fantastique contemporaine

Richement documentée, l’analyse de Jean-Luc Steinmetz est précieuse. Elle vaudra longtemps démonstration. Elle en définit doctement les lignes et les pourtours. Elle a le mérite de nous en préciser le sens (« au sens de direction ») par sa genèse et ses grandes figures historiques. Elle est éclairante et structurante.

Là où elle nous laisse sur notre fin, c’est qu’en dépit d’une cinquième édition, Jean-Luc Steinmetz renonce à dépecer la création littéraire de la seconde moitié du vingtième siècle pour en extraire la fantastique moelle. Comme si la création contemporaine, paralittérature anecdotique, ne faisait que reproduire les poncifs du genre, définitivement établis par les pionniers.

Marquée par l’hybridation des genres et l’influence de la littérature sur les nouveaux médias qui la dynamisent en retour, cette époque a certes amplifié la mondialisation du genre et appauvri, en la codifiant, la production courante et élitaire d’aujourd’hui. Mais elle recèle de germes nouveaux qui pourraient conduire, parallèlement à la dilution du fantastique dans la littérature générale, par hybridation et éclatement du genre, par le succès mondial de l’hyperrationalité, à son renouvellement conceptuel et formel. 

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