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La présentation du Dossier Traduction
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La présentation du Dossier Traduction

La science-fiction comme la fantasy sont des genres qui importent de nombreux romans étrangers, essentiellement anglo-saxons. Et pour cela le rôle du traducteur est essentiel. Sans lui, pas de Silverberg, Gemmell, Asimov, Vance, Reynolds, Spinrad ou Mieville. Nous avons eu envie de donner la parole à ces acteurs de la chaîne de l'édition qui ne l'ont justement pas souvent, afin de lever le voile sur ce métier discret et exigeant ; afin aussi de donner quelques informations à ceux qui veulent se lancer dans la profession. Luc Carissimo, Sylvie Miller, Aude Carlier, Mélanie
La science-fiction comme la fantasy sont des genres qui importent de nombreux romans étrangers, essentiellement anglo-saxons. Et pour cela le rôle du traducteur est essentiel. Sans lui, pas de Silverberg, Gemmell, Asimov, Vance, Reynolds, Spinrad ou Mieville. Nous avons eu envie de donner la parole à ces acteurs de la chaîne de l'édition qui ne l'ont justement pas souvent, afin de lever le voile sur ce métier discret et exigeant ; afin aussi de donner quelques informations à ceux qui veulent se lancer dans la profession. Luc Carissimo, Sylvie Miller, Aude Carlier, Mélanie Fazi, Patrick Couton, Arnaud Mousnier-Lompré, Jean-Pierre Pugi, Jean-Daniel Brèque et Lionel Davoust ont accepté de répondre à un questionnaires croisé et pour certains, à quelques questions plus personnelles.

La première chose que l'on remarque en lisant ces interviews, c'est le goût préalable pour les littératures de l'imaginaire. À une exception près, celle de Patrick Couton qui préférait le polar au début, tous disent être des lecteurs depuis longtemps de fantasy, science-fiction et fantastique. Qu'ils deviennent traducteurs dans ces domaines n'est donc pas complètement un hasard. Avec même pour Lionel Davoust un goût du défi irrésistible : « Oh que oui, c’est par goût ! De plus, ces domaines proposent des défis supplémentaires fascinants comme l’invention d’un vocabulaire nouveau, des jeux sur les langues créées, qu’on ne trouve quasiment dans aucun autre genre ».
 
De deux à dix ans pour en vivre correctement...
 
Un amour du genre qui se double souvent par un amour de l'anglais, au point qu'Arnaud Mousnier-Lompré a même traduit à 17 ans son premier livre de sa propre initiative, avant de découvrir qu'il était déjà traduit... « J’ai traduit mon premier livre à 17 ans, « Galactic Pot-Healer » de Ph. K. Dick  : malheureusement, il était déjà traduit chez J’ai-Lu ». La traduction était donc pour la plupart d'entre eux une trajectoire fortement envisageable dès l'adolescence. Pratiquement tous ont fait une formation ou une faculté de langue. Les exceptions s'appellent cette fois Jean-Daniel Brèque – qui se destinait en premier lieu à la science – et Luc Carissimo, qui a surtout appris par le biais du jazz et des livres de science-fiction avant de tomber dedans : « Quant à avoir été attiré par les langues, pas vraiment, mes deux principaux centres d’intérêt étant le jazz et la SF, j’en suis venu naturellement à lire des ouvrages en VO anglaise, le paysage éditorial français étant plutôt restreint à l’époque en la matière... Je suppose que j’aurais appris le tadjik ou le moldo-valaque si la majorité des jazzmen et des auteurs de SF s’étaient exprimés dans ces langues... ».
 
S'il semble qu'on leur a confié des traductions assez rapidement, il leur a par contre fallu quelques années pour en vivre pleinement. Entre deux et cinq, voir dix ans pour Luc Carrisimo. D'ailleurs Arnaud Mousnier-Lompré conseille sans détour d'avoir au début un deuxième job "alimentaire" afin de pouvoir payer les factures.
 
Aujourd'hui, tous reconnaissent qu'il faut du temps pour devenir un bon traducteur. Même si pour Jean-Daniel Brèque, de l'expérience naît aussi la difficulté à cause d'une envie croissante de respecter au plus près le style de l'auteur, notamment à cause de la documentation qu'il faut accumuler. Un style que les traducteurs gèrent en partie à « l'instinct » et qui est le coeur du métier. Pour Mélanie Fazi, « Toute la difficulté consiste à essayer de « sentir » le style et de s’y fondre ensuite pour réécrire le texte à la façon de l’auteur, mais dans une langue qui fonctionne différemment », quitte à « s’éloigner énormément de la structure des phrases tout en produisant une traduction qui restitue le rythme, le vocabulaire, les niveaux de langue. » D'ailleurs Patrick Couton dit dans ce dossier qu’ « une bonne traduction doit être aussi libre et aussi littérale que possible »... Voilà qui illustre bien combien la question est délicate et sans réponse universelle, chacun faisant au mieux.
 
Tout va bien mais...
 
Si l'indépendance du métier est un avantage qui revient souvent dans leurs discours, les traducteurs semblent également apprécier fortement l'irruption d'internet dans le métier. Le web leur facilite les recherches et leur permet de garder le contact avec leurs « collègues », brisant parfois un peu le sentiment de solitude. D'ailleurs, pour réaliser ce dossier, certains traducteurs nous ont répondu via une annonce lancée par Sylvie Miller sur une liste de discussion spécialement destinée aux traducteurs des littératures de l'imaginaire.
 
Pour le reste tout n'est pas complètement rose. On sent certaines inquiétudes poindre au détour des réponses. L'une des plus fortes c'est de ne pas "brader" leur métier. Globalement cela semble bien se passer dans les littératures de l'imaginaire, ce qui n'empêche pas Nathalie Mège de lancer : « Gare au point de rupture, car contrairement aux auteurs, si les traducteurs ne peuvent plus payer leur loyer en traduisant des romans, ils arrêteront de bosser dans le secteur littéraire ». Les éditeurs sérieux en sont conscients et ont cessé de nous seriner que « les traductions coûtent trop cher ». Elle ajoute dans une autre question : « il faut à tout prix éviter de se brader auprès des éditeurs car moins vous vous faites respecter, plus on considère que vous et votre travail ne valez rien, ce qui nuit au bouquin traduit ». Jean-Daniel Brèque estime de son côté que les délais ont tendance à se resserrer, ce qui amène des situations un peu dangereuses et périlleuses sans marge de manœuvre en cas de pépins.
 
Si la traduction est un métier solitaire, les traducteurs ne sont pas misanthropes. Ils ne sont pas avares de conseils quand on leur demande ce qu'ils pourraient dire à quelqu'un qui voudrait se lancer dans le métier. Jean-Pierre Pugi conseille de s'armer de patience, Nathalie Mège de ne pas traduire un livre qu'on n'aime pas (« Faire ce métier dans le déplaisir, c’est le faire mal tout en souffrant inutilement »), Aude Carlier de garder les pieds sur Terre (« Ne pas croire qu’il suffit de lire dans la langue source, d’avoir séjourné à l’étranger pour être capable de traduire ») et Lionel Davoust de « Faire attention aux contrats qu’on signe ». Des conseils à garder à l'esprit pour éviter les écueils et les pièges des débuts.
Fazi, Patrick Couton, Arnaud Mousnier-Lompré, Jean-Pierre Pugi, Jean-Daniel Brèque et Lionel Davoust ont accepté de répondre à un questionnaires croisé et pour certains, à quelques questions plus personnelles.

La première chose que l'on remarque en lisant ces interviews, c'est le goût préalable pour les littératures de l'imaginaire. À une exception près, celle de Patrick Couton qui préférait le polar au début, tous disent être des lecteurs depuis longtemps de fantasy, science-fiction et fantastique. Qu'ils deviennent traducteurs dans ces domaines n'est donc pas complètement un hasard. Avec même pour Lionel Davoust un goût du défi irrésistible : « Oh que oui, c’est par goût ! De plus, ces domaines proposent des défis supplémentaires fascinants comme l’invention d’un vocabulaire nouveau, des jeux sur les langues créées, qu’on ne trouve quasiment dans aucun autre genre ».
 
De deux à dix ans pour en vivre correctement...
 
Un amour du genre qui se double souvent par un amour de l'anglais, au point qu'Arnaud Mousnier-Lompré a même traduit à 17 ans son premier livre de sa propre initiative, avant de découvrir qu'il était déjà traduit... « J’ai traduit mon premier livre à 17 ans, « Galactic Pot-Healer » de Ph. K. Dick  : malheureusement, il était déjà traduit chez J’ai-Lu ». La traduction était donc pour la plupart d'entre eux une trajectoire fortement envisageable dès l'adolescence. Pratiquement tous ont fait une formation ou une faculté de langue. Les exceptions s'appellent cette fois Jean-Daniel Brèque – qui se destinait en premier lieu à la science – et Luc Carissimo, qui a surtout appris par le biais du jazz et des livres de science-fiction avant de tomber dedans : « Quant à avoir été attiré par les langues, pas vraiment, mes deux principaux centres d’intérêt étant le jazz et la SF, j’en suis venu naturellement à lire des ouvrages en VO anglaise, le paysage éditorial français étant plutôt restreint à l’époque en la matière... Je suppose que j’aurais appris le tadjik ou le moldo-valaque si la majorité des jazzmen et des auteurs de SF s’étaient exprimés dans ces langues... ».
 
S'il semble qu'on leur a confié des traductions assez rapidement, il leur a par contre fallu quelques années pour en vivre pleinement. Entre deux et cinq, voir dix ans pour Luc Carrisimo. D'ailleurs Arnaud Mousnier-Lompré conseille sans détour d'avoir au début un deuxième job "alimentaire" afin de pouvoir payer les factures.
 
Aujourd'hui, tous reconnaissent qu'il faut du temps pour devenir un bon traducteur. Même si pour Jean-Daniel Brèque, de l'expérience naît aussi la difficulté à cause d'une envie croissante de respecter au plus près le style de l'auteur, notamment à cause de la documentation qu'il faut accumuler. Un style que les traducteurs gèrent en partie à « l'instinct » et qui est le coeur du métier. Pour Mélanie Fazi, « Toute la difficulté consiste à essayer de « sentir » le style et de s’y fondre ensuite pour réécrire le texte à la façon de l’auteur, mais dans une langue qui fonctionne différemment », quitte à « s’éloigner énormément de la structure des phrases tout en produisant une traduction qui restitue le rythme, le vocabulaire, les niveaux de langue. » D'ailleurs Patrick Couton dit dans ce dossier qu’ « une bonne traduction doit être aussi libre et aussi littérale que possible »... Voilà qui illustre bien combien la question est délicate et sans réponse universelle, chacun faisant au mieux.
 
Tout va bien mais...
 
Si l'indépendance du métier est un avantage qui revient souvent dans leurs discours, les traducteurs semblent également apprécier fortement l'irruption d'internet dans le métier. Le web leur facilite les recherches et leur permet de garder le contact avec leurs « collègues », brisant parfois un peu le sentiment de solitude. D'ailleurs, pour réaliser ce dossier, certains traducteurs nous ont répondu via une annonce lancée par Sylvie Miller sur une liste de discussion spécialement destinée aux traducteurs des littératures de l'imaginaire.
 
Pour le reste tout n'est pas complètement rose. On sent certaines inquiétudes poindre au détour des réponses. L'une des plus fortes c'est de ne pas "brader" leur métier. Globalement cela semble bien se passer dans les littératures de l'imaginaire, ce qui n'empêche pas Nathalie Mège de lancer : « Gare au point de rupture, car contrairement aux auteurs, si les traducteurs ne peuvent plus payer leur loyer en traduisant des romans, ils arrêteront de bosser dans le secteur littéraire ». Les éditeurs sérieux en sont conscients et ont cessé de nous seriner que « les traductions coûtent trop cher ». Elle ajoute dans une autre question : « il faut à tout prix éviter de se brader auprès des éditeurs car moins vous vous faites respecter, plus on considère que vous et votre travail ne valez rien, ce qui nuit au bouquin traduit ». Jean-Daniel Brèque estime de son côté que les délais ont tendance à se resserrer, ce qui amène des situations un peu dangereuses et périlleuses sans marge de manœuvre en cas de pépins.
 
Si la traduction est un métier solitaire, les traducteurs ne sont pas misanthropes. Ils ne sont pas avares de conseils quand on leur demande ce qu'ils pourraient dire à quelqu'un qui voudrait se lancer dans le métier. Jean-Pierre Pugi conseille de s'armer de patience, Nathalie Mège de ne pas traduire un livre qu'on n'aime pas (« Faire ce métier dans le déplaisir, c’est le faire mal tout en souffrant inutilement »), Aude Carlier de garder les pieds sur Terre (« Ne pas croire qu’il suffit de lire dans la langue source, d’avoir séjourné à l’étranger pour être capable de traduire ») et Lionel Davoust de « Faire attention aux contrats qu’on signe ». Des conseils à garder à l'esprit pour éviter les écueils et les pièges des débuts.

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