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La Sélection du premier semestre 2007
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La Sélection du premier semestre 2007

On ne va pas vous le cacher, du côté de la rédac', après une année 2006 plutôt en berne, on s'est fait plaisir sur la première moitié de 2007. Il y a eu des inédits, beaucoup, et de qualité !

Dès janvier, les hostilités s'ouvraient de belle manière côté anglo-saxons, avec le très attendu roman de Ian R. McLeod,  L'Âge des Lumières. Superbe et ample roman dickensien, même si l'auteur s'en défend. Langue travaillée et élégante, avec au passage un coup de chapeau au remarquable travail de Jean-Pierre Pugi, le traducteur. McLeod a confirmé tout le bien qu'on avait pensé de lui à la sortie des Îles du soleil, chez Folio SF, en 2005. Joli coup double en ce premier trimestre pour Lunes d'Encre, qui a enchaîné avec un autre indispensable, Spin de Robert Charles Wilson (Prix Hugo 2006), qui a mis une claque à la plupart des chroniqueurs qui l'ont lu (et pas que chez nous). Un roman de SF bourré d'idées toutes plus passionantes les unes que les autres. Si certains étaient fâchés avec l'auteur de Darwinia, ils vont désormais pouvoir se réconcillier. C'est l'un des grands indispensables de votre valise !

Stephen Baxter est du genre prolifique et l'édition française a un certain retard à rattraper sur sa production. Ce que Bénédicte Lombardo s'applique à faire avec persévérance chez Rendez-vous Ailleurs, au Fleuve Noir et parallèlement, au Pré aux Clercs. Vient d'y sortir le deuxième tome de série des Enfants de la destinée, Exultant, qui fait suite à Coalescence, mais c'est surtout avec Temps, premier volume de la série des Univers Multiples, que le pape de la Hard SF anglaise a marqué les esprits en ce début 2007. Livre époustouflant, littéralement vertigineux et dont la suite est prévue pour le dernier trimestre de cette année, toujours traduit par Sylvie Denis et Roland C. Wagner.

Roman choc, Une fille comme les autres (Bragelonne) de Jack Ketchum évoque l'enfance. Mais celle qui bascule dans l'horreur, les coups et la maltraitance. Un roman fort qui a sucité chez nous comme ailleurs polémiques, débats et échanges un peu vifs sur le forum (c'est le moins que l'on puisse dire).

La misère, mais physique cette fois, est également au programme de la vie de la jeune héroïne de La Musique de Verre de Louise Marley (Mnémos). Une jeune fille qui parvient à s'élever de sa condition de souillon grâce à son oreille musicale et à une proposition de Benjamin Franklin pour l'aider à construire un harmonica de verre un peu spécial. Le roman n'est pas sans défaut mais il possède un charme certain.

Un doigt de poésie dans un monde de brutes que l'on retrouve pour un récit à la frontière des genres : La Fille dans le Verre de Jeffrey Ford (Denoël, Lunes d'Encre). Difficile à classer (quelque part entre le roman noir et le roman fantastique), ce livre, à milles lieues de Physiognomy, va vous entraîner dans l'Amérique de la Prohibition, à la suite d'une bande d'escrocs au grand cœur. Evidemment, il y a quelques borsalinos et quelques litres d'alcool frelatrés mais pas seulement. Jeffrey Ford a construit son intrigue autour d'une relation entre un père et son fil adoptif. Un roman qui sans trop en raconter, en dit long sur la paternité et la recherche de soi-même.

Ces deux derniers mois, c'est Gérard Klein chez Ailleurs & Demain, qui nous a livré coup sur coup deux belles réussites. Tout d'abord  Glyphes de Paul J. McAuley. Roman original et trépidant en forme de thriller, mais surtout roman politique, intelligent, vif et brillant. Tout comme le Rainbows End de Vernor Vinge. Splendide réflexion sur le rapport de l'homme à la technologie, avec en point d'orgue le vieux cheval de bataille de l'auteur : la "Singularité technologique". Une occasion de livrer quelques pages d'une humanité subtile sur la vieillesse et le passage des générations. Et puis bien sûr, mentionnons, toujours chez Laffont,  Ombre sur le Nil, le troisième tome du très original Quatuor de Jérusalem, d'Edward Whittemore. Et contrairement à ce qui avait été initialement annoncé, il vous faudra patienter jusqu'en 2008 pour connaître la fin, Jean-Daniel Brèque ayant annoncé un léger retard dans sa traduction.

On passera plus rapidement mais avec un intérêt égal (lisez les ! promis c'est bien) sur  Le Château d'Ombre de Tad Williams (Calmann Levy), Kane de Karl Edward Wagner (Denoël, Lunes d'Encre, qui, décidément, se taille la part du lion cette année côté qualité).

Et puis dans la famille des bonnes idées en terme de réédition, on citera L'Homme démoli d'Alfred Bester (Denoël, Lunes d'Encre), Les Puissances de l'invisible de Tim Powers (J'ai lu) et Le Jour des Triffides de John Wyndham (Terre de Brume et Folio SF). Petit rappel qui ne serait pas complet sans L'Eveil du Dieu Noir, de Stephen Donaldson (courageuse réédition de Mnémos). Authentique bijou de noirceur, précurseur oublié du New Space Opera, un chef d'œuvre qui, hélas, peine à trouver son public, au point de voir son avenir sombrement hypothéqué. Plus que dommage, carrément scandaleux.

Côté Français

Côté Français, ce premier semestre 2007 fut aussi très bon. D'abord avec l'éblouissant Trône d’ébène de Thomas Day (Le Bélial), un roman qui prouve que son auteur est en train d'exploser. Vous aussi laissez-vous tenter par l'aventure de celui qui fut le plus grand des Zoulous : Chaka ! Un récit africain baigné de magie et d'Histoire. Un livre intelligent et maîtrisé, emprunt d'une poésie brute (brutale ?). Indispensable dans la valise cet été.

Ce début d'année a également été marqué par le retour d'Alain Damasio aux affaires. L'auteur multi-récompensé de La Horde du Contrevent a repris pour la troisième fois, son premier roman : La Zone du Dehors (La Volte). S'il a conservé quelques erreurs de jeunesse notamment dans sa structure, il confirme l'envie et le talent d'un auteur qui a décidément des choses à dire. Et la nouvelle qu'il a écrite dans le numéro 42 de Galaxies le confirme. Il faudra compter désormais avec Alain Damasio.

Cela fait maintenant quelques années que l'on connaît Catherine Dufour. Rien d'étonnant à ce qu'on la voit dans cette petite sélection d'été. Avec L'Immortalité moins six minutes (Nestiveqnen), elle renoue avec la fantasy burlesque et totalement déjantée avec laquelle on l'avait découverte il y a quelques années.

Autre évement côté français, le lancement sous la houlette de Xavier Mauméjean et Guillaume Lebeau de la collection du Club Van Helsing chez Baleine. Une collection de romans fantastiques plutôt courts et assez nerveux et qui ont accouché notamment d'un volume très rock'n'roll : (I can't get no) Mastication de Jean-Luc Bizien.

Xavier Mauméjean qui nous fait patienter jusqu'à la sortie de Lilliputian (annoncée courant 2008), avec sa réédition largement revue et corrigée de Ganesha, Mémoires de l'Homme-Élephant (Mnémos).

Retrouvailles en demi-teinte, mais retrouvailles tout de même (et "putain il était temps" comme disait Elsa Triolet à Aragon), La Saison des Singes, de Sylive Denis, qu'on a été heureux de voir revenir sur les tables des libraires avec ce Space Opera, premier tome d'une série annoncée, et qui mérite sa chance.

Dernier poids lourd à s'inviter dans votre valise, Pierre Bordage et son Porteurs d'âmes, paru Au Diable Vauvert, et qui se joue habilement des classifications de genre. On y retrouve le sens inné de la narration de l'auteur des L'Évangile du serpent, et c'est toujours avec plaisir.

Enfin, pour tous ceux qui râlent sur le manque de nouvelles en ce moment dans les littératures de l'imaginaire, on ne peut que conseiller avec force Le Poisson Bleu nuit d’Armand Cabasson (Nuit d'Avril). Ce garçon est excellent et gagne à être connu lorsqu'il écrit du fantastique ! Foncez !

Foncez également sur l'anthologie Parfums Mortels chez les (jeunes) éditions Malpertuis. Une collection de petites perles (dont celle de Jean-Michel Calvez qu'on vous conseillera vivement).

Laissez-vous gagner par la fantasy intelligente (si, ça existe !) de Jean-Philippe Jaworski. Janua Vera, son recueil paru aux Moutons Électriques, s'impose par son sens de l'originalité, et une maîtrise stylistique plus que prometteuse pour l'avenir.

Et enfin, ne faites pas l'impasse sur Ils m'ont mis une nouvelle bouche de Jean-Marc Agrati aux éditions Hermaphrodite, qui confirme ce que son précédent recueil, Le Chien a des choses à dire, nous avait laissé présager, un grand nouvelliste est né.

Et cerise sur le gâteau, si vous êtes du genre aventureux, n'oubliez pas de prendre avec vous Dimension Latino, l'anthologie bourrée d'auteurs sud-américains de Sylvie Miller aux éditions Rivière Blanche.

Et puis sinon ? Vous prendrez bien une petite revue ? Pourquoi ne pas vous laisser tenter par le numéro 46 de Bifrost et son imposant dossier consacré à Gérard Klein. Nouvelle inédite et surtout interview fleuve, véritable rétrospective de l'histoire de la SF en France. Littéralement un document de référence.

Enfin pour "boucher les derniers coins", rappelons les quelques excellentes short (short) stories rassemblées à l'initiative d'Alain Damasio, entre les deux tours des présidentielles sous le titre d'Appel d'Air. Alors bien, sûr, à moins d'emmener votre PC avec vous, elles seront moins pratiques dans les transports, mais il n'est pas impossible que quelque part, dans l'ombre, quelqu'un ou quelques-uns travaillent à l'élaboration d'un format nettement plus pratique. Mais ça, c'est une autre histoire...

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