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Laser Ninja

Julien Neel ( Auteur)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : 
Date de parution : 31/10/2009  -  bd
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Laser Ninja

Depuis avril 2009, Lou, la petite fille amusante et craquante dont la mère écrit de la SF, est passée de la BD à la télé. Après Spirou, les Schtroumpfs, Kid Paddle, M6 diffuse Lou en 52 épisodes de 11 minutes. Voilà qui a boosté la renommée d’une héroïne qui avait déjà séduit bien des filles dans son format 2D papier.

Dès la sortie du premier album, Le Journal intime, Julien Neel a décroché le gros lot : 1er prix Jeunesse (9-12 ans) au Festival d’Angoulême 2005. Cinq ans plus tard, il récidive avec le prix Jeunesse du Festival d’Angoulême 2010 pour Laser Ninja. Julien a été bien inspiré de quitter le monde de la publicité et des cartes postales, pour se mettre à son compte en 2000. Il voulait faire du dessin animé et de la bande dessinée. Voilà ses vœux exaucés…

Une des particularités de la série est que Lou grandit au fil des albums. Elle était petite et timide quand elle écrivait son premier Journal intime. À Mortebouse, chez sa grand-mère, elle se faisait courtiser par Paul. À l’entrée de l’adolescence, elle se réfugiait dans son enfance perdue au Cimetière des autobus. Dans le quatrième album, elle passait des vacances sans sa mère avec des copines… et son copain Tristan. Dans ce cinquième tome, elle a quatorze ans. D’année en année, d’album en album, les lectrices peuvent continuer de s’identifier à leur héroïne.

Lou déménage

L’immeuble de Lou est en feu. Dehors, les habitants surpris en pleine nuit font grise mine. C’est le moment que choisit la mère de Lou pour annoncer qu’elle est enceinte. Tout le monde la félicite. Lou se fait une joie à l’idée d’avoir un petit frère. Lou, son chat, sa mère et Richard, le compagnon de sa mère, déménagent dans un hôtel du centre ville. La mère de Lou ne pense plus qu’à sa grossesse et Lou découvre, dans le déménagement, le journal intime de sa mère qu’elle consulte régulièrement au fil des pages.

Les choses se gâtent quand sa grand-mère débarque dans l’hôtel. Heureusement, Lou peut s’épancher avec ses copines Mina et Marie-Émilie. Et Tristan ne tardera pas à l’inviter dans un chalet chez son oncle. L’occasion de franchir un nouveau cap amoureux.

Un univers fin et loufoque

Des tons pastel, doux, sucrés. Une variété de couleurs. Un trait fin, élégant, tout en couleur. Des ados à tête de mangas. Voilà ce qui frappe au premier abord dans le style graphique personnel et original de Julien Neel. Le récit est découpé en pages ou en doubles pages qui se suffisent à elles-mêmes (la série paraît en plusieurs planches dans Tchô ! Magazine). Ce découpage permet d’accentuer les contrastes de couleur par l’alternance d’ambiances et de décors complémentaires ou antagonistes.

La série nous donne à voir toute une galerie de portraits typés. Graphiquement, la mère de Lou n’a pas d’yeux, mais de grandes lunettes. Richard est un personnage à la René Sterne (Adler). Mina est un personnage de manga. Marie-Émilie est tout droit sortie de Beetlejuice ou de La Famille Adams. Ils ont chacun leur personnalité, chacun leur langage et leur confrontation est tout un programme. Le comportement fantasque de la mère de Lou (elle annonce sa grossesse en plein incendie, elle appelle son futur fils « Laser ninja », elle achète un appartement sans le dire à ses proches) est un des piliers humoristiques de l’album.

Julien Neel a réussi à créer un véritable univers graphique en totale cohérence avec un microcosme attachant centré autour de Lou et de sa mère. La fille est sans conteste plus raisonnable que la mère. Le regard de Lou sur les excentricités de sa mère, sur les états d’âme de ses copines, sur la lâche fragilité de Richard est un regard lucide. Un regard amusé et compatissant. Un regard nostalgique également car sa plongée dans l’adolescence et la jeunesse de sa mère la renvoie à sa propre enfance.

Le charme de la série est aussi dans la qualité des dialogues, la variété des niveaux de langue et des modes de narration (le « je » du journal intime, les planches muettes, les pages grand format). Dans les dialogues, on note les rafales d’échanges courts, qui s’achèvent souvent sur une note ironique, les pivots entre deux séquences à partir d’un même mot ou d’une même idée. La pudeur des sentiments des uns s’oppose à l’extraversion déplacée des autres. Mais Julien Neel fait toujours preuve d’une grande finesse psychologique, s’appuyant pour séduire ou émouvoir tantôt sur les dialogues, tantôt sur les expressions visuelles. Tous les sentiments sont exprimés, joie, tristesse, solidarité, abandon et toujours avec une distance humoristique qui fait tout passer en douceur. En 46 planches, Lou vit toutes les frustrations et tous les émois de l’adolescence.

Les filles de 8 à 14 ans ne s’y trompent pas. Lou ! c’est drôle, c’est fin, c’est joli. Elles ont la chance de découvrir, d’apprendre à aimer la bande dessinée avec une série de qualité. Prix Angoulême Jeunesse 2010 mérité.

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