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Le crépuscule des dieux

Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 01/04/2007  -  livre
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Le Crépuscule des Dieux

Le renouveau d’un certain goût du public occidental pour ses origines, dont le développement de genres comme la fantasy est symptomatique, est l’occasion pour le Pré aux Clercs de lancer sa nouvelle collection : le « Cabinet fantastique ». On en est déjà au quatrième livre de la collection inaugurée en 2006, livre dédié à la mythologie nordique : Les éditeurs ont pour cela fait appel à Jean-Paul Bourre, spécialiste des traditions et croyances anciennes, à qui l’on doit plusieurs autres livres, dont Gérard de Nerval, Tarzan et moi, et même une petite autobiographie.
Sous la peau d’un scalde, un barde scandinave un peu héraut, une peu trouvère, limite prêtre, il nous retrace en une douzaine de récits les évènements marquants de la vie des dieux de l’Asgard, centrés autours du grand Odin.

Plongée dans l'inconnu

Le grand intérêt du recueil est de nous plonger dans un monde magique et très largement méconnu en dehors de quelques initiés. Bourre nous livre ici un aperçu vivant et prometteur sur une cosmogonie complète, une mythologie complexe qui n’a décidément rien à envier aux grands récits fondateurs gréco-latin, égyptien, biblique…etc.

On découvre ainsi au fil des pages des récits hauts en couleurs, et en mystères. Le recueil est centré sur Odin, ses exploits, ses combats, ses amours. Et on se prend à apprécier la sagesse du père des dieux, à s’attacher à la force bourrue du puissant Thor, à se laisser séduire puis effrayer par la ruse du beau Loki, à fuir le loups Fenrir. Mais on se laisse aussi volontiers captiver par la chevelure d’or de Sif, femme de Thor ou envoûter par la reine des elfes.

Le tout en ne fermant pas tout à fait la porte sur les autres aspects de la mythologie nordique. Les dieux de l’Asgard ne sont pas les seules puissances du monde, ils partagent leur pouvoir avec d’autres races, comme les Géants du givre, les elfes, les nains… Et obéissent eux-même à la loi de Wird, le Destin. La puissance magique se trouve régulièrement des réceptacles, des objets de pouvoirs qui ont une existence propre, un nom, et dont l’histoire s’intègre avec la Saga. Draupnir, l’anneau merveilleux d’Odin qui se décuple toutes les neuf nuits ; Mjolnir, marteau de Thor qui jamais ne rate sa cible ; l’Anneau des serments recueilli par Odin, et qui assure le pouvoir sur l’ensemble des Neuf Mondes…

Cela forme autant de références captivantes, et utiles pour comprendre certaines de nos légendes, et des œuvres marquantes.

Inspirées surtout de l’Edda islandaise, ces légendes offrent un éclairage nouveau sur les œuvres de Wagner, de Tolkien, ainsi que sur des BD., par exemple des Thorgal ou autres Chroniques Barbares.

On peut même en profiter pour faire un petit clin d’œil à Bifrost, dont le nom est issu de la mythologie scandinave, où il désigne le pont en arc-en-ciel protégeant le passage jusqu’en Asgard, le territoire des dieux.

Poétique, instructif, mais frustrant

« Je suis le dernier des scaldes, hérité d’une longue lignée de conteurs qui vivaient au temps de l’âge d’or, quand les dieux et les géants se partageaient la terre et l’espace entre les étoiles » Le décor est posé efficacement, d’emblée : C’est un témoin de l’histoire qui narre la geste, remémorant ses souvenirs telle une grand-mère au coin du feu, rappelant à la vie les rires des dieux, le goût de l’hydromel… Et il le fait bien, de manière convaincante, le présent de l’indicatif rend le récit vivant et rythmé comme il le faut. On sent bien le monde d’Odin et on en retire beaucoup de satisfaction.

Pour autant, l’ensemble est assez frustrant. L’aperçu qu’on a de la mythologie nordique est bref, très bref (180 pages écrites très gros), et on n’a finalement pas vraiment le temps de s’approprier toutes ces références (heureusement il y a un who’s who à la fin), d’avoir une vision claire de l’organisation des Neuf Mondes. Le Crépuscule des Dieux surtout (i.e. le dernier récit) est trop succinct, et laisse un goût un peu amer : on reste sur sa faim, on en veut plus, et plus de détails…

La collection du Cabinet Fantastique continue donc avec ce livre dans sa lignée : une très bonne collection d’initiation, qui fait revivre les récits de manière simple et joliment tournée. Mais elle ouvre des appétits qu’elle ne satisfait pas toujours, et doit être prise comme une première approche. Elle remplit ce rôle à merveille, mais pas plus.

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