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Le Fossoyeur

Florence Dolisi (Traducteur), Aurélien Police (Illustrateur de couverture), Adam Sternbergh ( Auteur)
Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 13/05/2015  -  livre
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Le Fossoyeur

Adam Sternbergh est canadien, même s'il vit désormais à Brooklyn avec sa famille. Ancien responsable des pages Culture du New York Times, il travaille désormais pour New York magazine et Vulture. Le Fossoyeur, dont les droits ont été achetés par Hollywood et où l'on retrouvera Denzel Washington dans le rôle-titre, est son premier roman. Une suite, Near Ennemy, est parue en 2015 aux États-Unis.
 
"Je ne suis qu'une balle parmi d'autres"
 
Il était éboueur. Marié. Une vie tranquille. Banale.
Mais ça, c'était avant qu'une bombe sale explose sur Times Square. Avant que New York se vide de ses habitants. Avant que ceux qui restent s'enferment dans des mondes virtuels. Avant que sa femme meure.
Avant.
Maintenant, il est tueur à gages. Un numéro, un nom, un montant. Le reste, il s'en fout. Le fric aussi, d'ailleurs.
Sa prochaine cible ? La fille d'un prédicateur célèbre. Majeure. Il s'en est assuré.
Car il ne tue pas les enfants ; ils laissent ça aux autres psychopathes.
Mais évidemment, rien ne va se passer comme prévu.
 
Un roman qui avait tout pour plaire
 
Le ton est donné dès les premières lignes, permettant de se mettre dans l'ambiance en quelques mots. Sec, direct, désespéré ; désabusé : Adam Sternbergh sait poser son décor et ses acteurs, et ce, en en dévoilant le strict minimum. En cela, Le Fossoyeur se démarque vraiment de la majorité de la production littéraire, qui a souvent tendance à être un peu trop bavarde et à trop en montrer, comme si les auteurs avaient peur que le lectorat ne soit pas capable de combler les trous. Pour ce faire, l'auteur utilise deux procédés très efficaces : une narration à la première personne qui permet de coller au plus près du personnage ; et surtout l'absence de dialogue. Si cela peut déstabiliser au premier abord, l'effet est ingénieux : la frontière entre parole et pensée reste floue, permettant de se couler dans les chaussures de notre éboueur. On se laisse vite prendre au jeu et les pages tournent d'elles-mêmes, happant le lecteur.
 
Car si le moteur de l'intrigue n'a, somme toute, rien d'original, l'une des forces du roman est son contexte volontairement vague. On découvre ce qu'est devenu New York, et ce qu'il s'est passé il y a quelques années, qu'au bon vouloir du narrateur. Les pièces du puzzle se mettent en place petit à petit, dans le désordre, comme une peinture en creux. On ne saura d'ailleurs jamais comment cela se passe en dehors de la ville. Le roman n'a pas pour ambition de décrire un futur post-apocalyptique, de raconter l'après-catastrophe. On est au contraire dans le présent immédiat, avec pour seul horizon les quelques jours durant lesquels se déroule l'intrigue, et les seuls éléments de décor rapportés sont ceux qui ont un impact direct sur l'histoire. Pas de superflu. Uniquement l'essentiel. Un univers à l'image de son principal protagoniste. Logique, vu que c'est lui qui a la parole.
 
La déception en bout de course
 
Mais tout ça ne suffit pas à satisfaire pleinement. Adam Sternbergh a peut-être placé la barre un peu haut pour un premier roman, et ses atouts finissent par se retourner contre lui. Si l'on pourra pardonner une narration qui semble parfois perdre de sa sécheresse, comme si notre tueur à gages peinait à toujours maintenir son masque d'apparent détachement, il est par contre beaucoup plus compliqué de passer outre des personnages qui manquent singulièrement d'épaisseur et de constance. Et Spademan en premier lieu, ce qui est quand même sacrément dommage quand on se rend compte que c'est lui qui tient presque à lui seul tout le roman. Son comportement avec Persephone, la jeune fille qu'ildoit tuer au tout début, en est une preuve flagrante. Il y a un réel décalage entre ce qu'il prétend être et comment il agit. Jamais son côté tueur froid n'est réellement mis en avant, ce ne sont au final que des paroles, ce qu'il veut bien nous raconter. Alors mensonge ? Autopersuasion ? Cette ambivalence, loin de rendre le personnage plus attachant, lui fait perdre au contraire tout intérêt.
 
Il y aurait beaucoup à dire, ou si peu finalement, sur les personnages secondaires qui ne sont que vaguement esquissés et peinent à prendre réellement corps dans l'histoire. Ils vont et viennent, jouant leur partition et disparaissant d'un claquement de doigts, sans qu'il ne reste d'eux plus qu'une ombre. Au final, c'est peut-être le personnage de Mark, qui s'en tire le mieux, même si sous-exploité : avec ses doutes, ses faiblesses et son humour, il est le personnage le plus important ; le plus humain.
 
Pourtant, ne soyons pas trop durs, le bilan n'est pas entièrement noir. Il y a de bonnes choses à garder de ce premier roman, une ambiance, des images qui restent gravées dans la mémoire (ces immeubles que l'on imagine vides, avec pour seuls occupants de riches propriétaires enfermés à jamais dans un univers virtuel qu'ils pensent meilleur). En revoyant ses exigences à la baisse, Le Fossoyeur reste un honnête divertissement, dont le style lui donne une valeur ajoutée certaine. Certes, tout n'est pas parfait, non, mais suffisamment convaincant en tout cas pour donner envie de se pencher sur le second livre de l'auteur. Espérons maintenant que les ventes suivront pour permettre à Denoël de publier la suite.

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