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Le Graal de fer

Cycle/Série : 
Langue d'origine : Anglais UK
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/08/2006  -  livre
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Le Graal de fer

 
Robert Holdstock est un très grand de la fantasy mondiale. Pocket réédite en ce moment avec bonheur une de ses séries phares : Le Codex Merlin.  Une série dont Le Graal de Fer est le deuxième tome.

Craintes et gémissements !

" Ouh la, me suis-je dit, voilà qu'on exhume encore Merlin…Et que va-t-on encore lui faire vivre, au fils du diable ? "

Et oui, échaudés, on peut l'être, quand on a aimé le mythe et qu'on l'a vu tourné et retourné par une foule d'écrivains plus ou moins lucides sur la définition du plagiat…

" Pitié, crie une petite voix, blottie contre la version de Steinbeck, faites qu'il ne soit pas transformé en elfe, lépreuchaun, géant, fils de Viviane, demi-frère de Morgane, cousin par alliance du beau-frère de l'écuyer de Gauvain… "

Bon, là, c'est Hodlstock. Le sourcil se lève. C'est bien, Holdstock, en général. On commence le discours foireux sur le thème de : " Finalement, y a tellement de légendes, on sait pas laquelle est la vraie et puis, la vérité, on s'en fout, en fait… " et on ouvre le livre.

Oh non ! Merlin marche sur le chemin. Et hop, voilà l'Ermite, juste à côté de l'Empereur. On ne va pas y échapper, au vieux courbé sur son chemin de croix… Il va tout avoir, la barbe blanche, la besace, le mot infernal.
Quelque part au fond d'un tiroir, un mémoire se retourne et hurle à la mort (peut-être d'avoir été aussi ennuyeux…) et on frémit… Pas longtemps !

Voilà les Parques, les trois sœurs, les tisseuses ! Ca commence à devenir excitant ! Médée, Jason, la prophétie…
Les dernières barrières sautent, les réticences s'évanouissent.

Un mythe réapproprié

Sans se mêler du débat sur les origines, Holdstock s'attribue le mythe et le restitue à sa manière. Oui, c'est du talent.
Car Merlin, en dehors de sa symbolique et des intentions qu'on lui a prêtées, est avant tout un témoin. Un témoin pas très objectif, tourmenté par ses visions de l'avenir, souvent actif, mais un témoin… Sa fonction dans l'histoire du Graal est de pousser discrètement les éléments d'une intrigue linéaire, en luttant contre ses talents prophétiques et de suivre leurs cours. Le Codex Merlin lui rend cette partie de son histoire.
Bien avant le roi Arthur (on est en 282 avant l'ère Chrétienne, soit plus de six siècles avant la naissance d'Uther Pendragon), Merlin fait face à ses anciens démons, Médée, l'amante regrettée, Jason, le compagnon rendu fou par la perte de ses enfants et sa soif de vengeance et l'histoire tout entière.

Avec les descendants d'Urtha, revenus du pays fantôme où ils avaient trouvé refuge, Merlin devra combattre l'armée des morts pour récupérer leur forteresse. Poursuivi par les Tisseuses qui l'éclairent légèrement sur les éléments de son combat, il aura également à servir de prétexte et de juge à Médée et Jason qui se battent sans relâche autour de la mort de leurs enfants.

Véritable passeur, vacillant entre son destin exceptionnel et l'histoire du monde qui se forge sur les anciennes légendes - pour devenir légende à son tour -, le personnage de Merlin prend toute son ampleur dans un roman au titre peu vendeur. Si les phrases s'embourbent parfois dans des virgules et des prophéties, on se laisse aller au style incomparable de Holdstock qui sait maintenir son lecteur en haleine, en lui servant des rebondissements inoubliables au moment même où l'ennui commençait à être plombant.
Ces rebondissements, loin de l'aventure, tiennent à la manière dont l'auteur arrive à utiliser les mythes connus (grecs, celtiques et pré- chrétiens) pour guider son lecteur dans une intrigue épique.
Car il n'y a pas d'interprétation métaphysique dans Le Graal de Fer. Merlin n'est pas engoncé dans sa légende, étouffé de symbolique et d'empathie. Merlin est Merlin, indépendamment du mythe chrétien mais pas de la légende !

Par ailleurs, ce second tome peut se lire indépendamment du premier, ce qui est encore une grande qualité !
Du grand, du bon, que les derniers défenseurs de l'histoire d'origine se rassurent, il y a du plaisir à retrouver Merlin dans ce récit-là !

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