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Le Nomades du temps

Michael Moorcock ( Auteur), Sébastien Guillot (Traducteur), Tristan Meudic (Illustrateur de couverture)
Langue d'origine : Anglais UK
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 04/09/2008  -  livre
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Le Nomades du temps

Michael Moorcock (né en 1939) est un géant de la fantasy. Son œuvre immense, dont l’unité est assurée par le concept de Multivers, est centrée sur une série de personnages mythiques (Elric le nécromancien, Hawkmoon, Jerry Cornelius, etc), qui sont autant d’avatars du champion éternel, pris dans le conflit cosmique entre la Loi et le Chaos. En tant qu’éditeur et rédacteur en chef de la revue New Worlds, il a eu un rôle essentiel dans la promotion d’une sff exigeante et moderne, introduisant les problématiques du Nouveau Roman dans un genre à l’époque un peu poussiéreux.

Une super-uchronie

Sous le titre Les Nomades du Temps, Folio SF réunit dans un même livre trois courts romans d’un même cycle : Le Seigneur des Airs (1971), Le Léviathan des Terres (1974), et Le Tsar d’Acier (1981).

Dans chaque épisode, le lieutenant Barstable, jeune officier de l'empire britannique, arraché à son époque par les manigances d’un sorcier indien,  vit des aventures échevelées dans trois univers parallèles. Chaque fois, la situation tourne autour de la guerre de décolonisation, de la revanche des peuples opprimés sur l’Occident impérialiste, de la guerre mondiale. Chaque fois, Barstable rencontre les mêmes personnages, anarchistes se battant pour la liberté et aventuriers temporels. Le tout sur le pont d’immenses dirigeables armés de canons et de mitrailleuses, dans la veine des meilleurs romans de piraterie. Dans cette série de variations, le fringant aéronaute rencontre toutes sortes d’hommes politiques du XXe siècle, Lénine, Gandhi, Staline.

Loi et Chaos

C’est donc à une réflexion subtile sur les constantes de l’histoire et de la nature humaine que Moorcock nous convie. Dans les trois romans, et selon des mécanismes différents, l’impérialisme britannique et européen se heurte à la résistance des peuples opprimés. Les bombes nucléaires frappent Hiroshima, les révolutionnaires chinois, les conquérants africains et les socialistes polonais cherchent à changer le monde au nom d’idéaux pas toujours aussi purs qu’ils voudraient le faire croire. Impossible pour le héros – comme pour nous tous, en fait – d’échapper à la roue de l’histoire, à sa propre responsabilité. Sauf provisoirement, dans des havres de paix suspendus entre Loi et Chaos.

Ce sont bien sûr les équivalents historiques de Tanelorn, la mythique cité recherchée par tous les personnages de Moorcock

Variations de style

Le plus problématique, dans le cycle des Nomades du Temps, reste l’écriture elle-même. Celle-ci se transforme par étapes. Elle emprunte au roman victorien, de l’époque de Kipling, aux thèmes ésotériques et racistes de Lovecraft, à la veine post-apocalyptique, au récit pontifiant et révolutionnaire dans le genre de Malraux, illustrant ainsi la diversité des situations dans lesquelles le vaillant Barstable se retrouve. Sans oublier la mise en scène de Moorcock lui-même, comme interlocuteur des héros. C’est là que la limite des capacités de Moorcock apparaît. Auteur à l’imagination géniale, il n’est pas un technicien de l’écriture. On entend continuellement sa voix amusée, qui écrase un peu les différences entre les personnages et le récit des évènements. Comme souvent, son héros est une créature passive et dotée de peu de substance, dépeinte à la va-vite, et les situations les plus complexes sont réglées en deux coups de cuiller.

Très distrayant et enlevé, le cycle des Nomades du Ciel n’est pas forcément l’œuvre la plus aboutie de Morcook. Il n’en reste pas moins une intéressante réflexion de l’auteur d’Elric sur le siècle dernier et ses luttes idéologiques. Les amateurs d'histoires parallèles et de Corto Maltese se feront plaisir avec un tel texte. Les fans de fantasy un peu exigeants risquent d'être déçus.
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