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Le chat du Rabbin

Joann Sfar (Scénariste, Dessinateur), Brigitte Findakly (Coloriste)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/08/2005  -  bd
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Le Paradis terrestre

Le prolifique Joann Sfar a écrit et / ou dessiné des dizaines d’albums mais une seule de ses séries se révèle être la plus fédératrice, Le Chat du Rabbin. Pourquoi un tel enthousiasme pour une histoire qui met en scène un chat qui parle – qui d’ailleurs ne parle plus vraiment depuis le second opus - un Rabbin, sa fille, un Malka et toute une galerie de personnages secondaires qui apparaissent et disparaissent au fil des albums ? Peut-être parce qu’elle est la plus universelle, que chaque lecteur peut se retrouver dans les thèmes abordés et que, par une étrange contradiction, Sfar fait appel à notre humanité à travers les réflexions d’un chat. 

Retour en Algérie en compagnie du Malka des lions

Le Chat du Rabbin s’en est retourné vers des cieux plus cléments après une escapade pluvieuse à Paris. Il accompagne désormais le Malka des Lions et son félin dans leurs aventures. De village en village, ils rejouent la même scène, alors que le Malka raconte des histoires, le lion surgit, n’écoutant que son courage, l’homme chasse le dangereux animal, piécettes sonnantes et trébuchantes remercient le rusé de son intervention pleine de bravoure. Mais voilà, le lion se fait vieux et ne fait plus peur à personne. Il décide de faire appel aux services du serpent afin qu’il abrège sa vieillesse et qu’il rende sa liberté à son maître qui pourra dès lors prendre un nouveau compagnon. Une idée qui n’est pas franchement du goût de notre chat.

« Mraou ! Mraou ! Mraou ! (Tu le sais que vous avez derrière vous un serpent tout noir qui veut vous assassiner pour vous faire plaisir ?) »

Quatrième volet des aventures du Chat du Rabbin, Le Paradis terrestre a une saveur différente des autres albums. Avec un goût plus doux-amer que jamais, Sfar aborde avec délicatesse et mélancolie, la vieillesse et sa compagne la mort sous les traits tentateurs et rusés d’un animal ô combien symbolique, le serpent. Le Chat accompagne le Malka dans ses pérégrinations au cœur du désert. On connaît la valeur méditative du désert, le Malka à l’hiver de sa vie fait le point. Légende vivante, il n’est plus à la hauteur de cette dernière, la vieillesse, mal inexorable l’entraîne toujours un peu plus vers sa finitude.

Dans une mise en abîme, l’artiste va jusqu’à mettre en scène sa propre mort… Sfar joue sur le mélange de la fiction et de la réalité que l’on pourrait croire propre aux artistes, faire de sa vie une œuvre d’art, inventer et imaginer pour mieux imbriquer le fantasme et la réalité. Ce n’est pas le premier tour du vieil amateur d’histoires. L’homme à femmes est en réalité l’amant fidèle d’une unique compagne, le grand dompteur s’est lié d’amitié avec un lion docile et prévenant, l’homme aux mille histoires, raconteur hors pair et légende respectée et admirée déçoit ceux qui le découvrent à l’aune de sa vie. 

Fable sur le temps qui passe, les légendes qui sont finalement plus admirées mortes que vivantes, sur la finitude de l’être, sur la dichotomie entre être et avoir été, ce tome du Chat du Rabbin est plus mélancolique tout en restant aussi juste et intelligent. A travers des personnages d’une humanité touchante et à la fois simples et complexes dans leurs sentiments, Sfar invite à la réflexion tout en prêchant inlassablement et avec conviction la tolérance et l’humanité. Lorsque l’on referme ce dernier tome, l’on est surpris pas le vague à l’âme, comme une mélopée douce mais sombre, qui nous a saisi…

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