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Le Passe rêve

Markus Leicht ( Auteur), Michel Léger (Illustrateur de couverture)
Langue d'origine : Français
Aux éditions : 
Date de parution : 30/09/2008  -  livre
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Le Passe rêve

« Lecteur de 10 000 livres » comme il aime à se décrire, Markus Leicht n’est pas qu’un lecteur assidu de SF. Il écrit des articles et des nouvelles depuis plus de quarante ans. Depuis les années 70, ses contributions aux fanzines, aux magazines sont impressionnantes : Fluide Glacial, Actuel, Lunatique, Horizons du Fantastique et même ActuSF (avec sa nouvelle «Chroniques des années matinales» dans Appel d’Air) . Il en tient lui-même une liste très longue à jour sur le Net . Libraire lyonnais, il tient désormais un blog SF où il commente les nouvelles sorties SF et Fantasy qu’il apprécie.

Passionné, habitué des Salons, des réseaux, des livres et des genres SFF, sa production est curieusement très étirée dans le temps et plutôt atypique. On ne lui connaît qu’un roman fantasy « Péronnik l’idiot », parodique, aux éditions Eons. Dans l’esprit « Eons », il diffuse ses nouvelles sur Internet et franchit, cette année, un nouveau cap en créant sa maison d’édition « Le Songe des Murènes » et en publiant un premier recueil de nouvelles Le Passe rêve, toutes signées Markus Leicht. En attendant une anthologie aux signatures plus variées : Les Soleils d’Infernalia

Le passeur de rêves

En une vingtaine de nouvelles courtes écrites pour une diffusion web, Markus Leicht nous offre une bouffée salutaire de merveilleux poétique dans l’univers SF. Il y met tant de tristesse, de nostalgie, d’humour, d’attention aux instants magiques du quotidien qu’il relègue l’onirisme scientifique ou fantastique au rang de prétexte. L’auteur, authentique, est d’abord un poète. Ses arguments SF et sa tonalité fantastique ne sont que les points d’entrée dans un univers personnel ou matière à dérision au service d’une prose poétique qui ne pose pas et qui ne se prend pas au sérieux.

Les mirabelles sont-elles d’étranges créatures ? Doit-on engager la conversation avec tous les objets qui parlent autour de nous ? Comment redevenir jeune avec une tarte aux poireaux ? Pourquoi peut-on mourir sans confiture ? Comment un champignon parasite peut-il cacher une grenouille ? Pourquoi les robots sont-ils plus polis que les petits garçons ? Pourquoi faut-il se méfier des brosses à dent quand on a toujours le sourire ? Et que penser de la fin du monde s’il reste de l’alcool de prune ?

Trafiquant de songes, l’auteur fait passer furtivement les rêves dans notre monde. Dans quelques nouvelles (Des idées plein la tête, Souvenirs, souvenirs, L’Amour des mots, Funambule sur la pointe des mots), il se livre plus volontiers, sans l’artifice de l’imaginaire. 

La légèreté de l’irréel

L’économie même des nouvelles (une à trois pages) incite l’auteur à la retenue, à l’élégance et à la synthèse. Pas de lyrisme excessif. Pas de remplissage de page. Légères comme les flèches d’un archer, les phrases courtes sont à longue portée. C’est qu’elles sont léchées et que Markus Leicht prend son temps pour les décocher. Du concentré de sens.  Du concentré de spleen, de pudeur et de sourire.

L’usage du passé, les références à des objets et des instants familiers, les rêves impossibles des personnages (voir la pizza campagnarde comme acte ultime du génie en herbe), la poésie explicite des textes (l’homme-escabeau qui allumait les étoiles, le marchand de sable, la créature céleste qui danse dans le ciel comme un nuage galactique, le sac à bisous) donnent un ton onirique aérien aux récits. Même si le tout berce dans une nostalgie d’enchantement du monde, dans une sortie sans cesse repoussée de l’enfance (la tarte aux poireaux, le fond de la vallée pour l’enfance d’une civilisation).

Parce qu’il appréhende toute fin abrupte, Markus Leicht est encore plus doué pour les débuts que pour les chutes. On bascule d’une phrase dans son irréel : « Sylvain était poli avec tout le monde. D’ailleurs, dès son réveil, la première phrase qu’il prononçait était : - Bonjour le chat ! » ou encore « À peine avait-il ouvert les yeux qu’Antoine allumait sa radio pour vérifier que le monde ne s’était pas désintégré… ».

Voilà une anthologie de la nostalgie apaisée qui nous réconcilie avec les morsures douloureuses du temps… et des murènes.

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