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Le Poids des Ombres

Kevin Guilfoile ( Auteur), Bella Arman (Traducteur)
Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/03/2006  -  livre
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Le Poids des Ombres

Kevin Guilfoile est connu aux Etats-Unis pour ses articles satiriques et humoristiques, écrits notamment pour le webzine The Morning News, ainsi que pour un livre parodique sur l’ascension de Georges W. Bush au pouvoir, My first presidentiary, dont il est le co-auteur. Le Poids des Ombres est son premier roman.

La traque des clones

Dans un futur proche où le clonage humain remplace la fécondation in vitro, le docteur Davis Moore en est l’un des plus éminents spécialistes. Blessé par un fanatique anti-clonage, il n’en défend pas moins cette pratique et les règles éthiques qui la gouvernent. Jusqu’au jour où sa fille se fait violer et assassiner. L’enquête piétine et Moore décide alors d’enfreindre la loi : à partir d’échantillons d’ADN retrouvés sur les lieux du crime, il clone le meurtrier de sa fille dans l’espoir de pouvoir l’identifier des années plus tard. Sans mesurer vraiment les conséquences de son acte.

Un livre de SF moyen…

Alors que Guilfoile démarre honnêtement son roman en abordant les considérations éthiques du clonage humain, il semble par la suite négliger quelque peu les arguments SF de son histoire. Notamment, même si l’auteur ne donne aucune indication temporelle, on est en droit de penser que la société où existe une telle technologie est sensiblement différente de la nôtre. Pourtant Guilfoile n’en donne quasiment aucun détail : il a le mérite de se concentrer sur son intrigue mais oublie d’asseoir la crédibilité de son cadre (par exemple, la mention de l’acteur Roger Moore comme dernier James Bond est largement anachronique !). L’intervention inopinée d’un jeu vidéo réaliste au milieu du récit renforce l’impression que Guilfoile a profité d’une mode sans attacher d’importance à son contexte, avec une certaine maladresse.

Côté style, l’utilisation abusive de descriptions factuelles détaillées rend la lecture un peu poussive par moments, même si dans l’ensemble le livre se lit assez facilement. Guilfoile utilise aussi des personnages souvent stéréotypés, qui peuvent paraître sortis tout droit d’un livre de recettes de thrillers.

Mais un bon thriller

C’est d’ailleurs dans ce genre qu’il faut chercher la véritable nature du Poids des Ombres. Et pris sous cet angle, le roman de Guilfoile est plutôt réussi. L’intrigue est longue à démarrer - elle se déroule sur deux décennies - mais elle se complexifie au fur et à mesure en même temps que les personnages, en proie à une vérité changeante. L’auteur sème un certain nombre de fausses pistes de façon plutôt cohérente et parvient à nous bluffer sur la fin, à la fois dans son dénouement et dans la réflexion de fond qui émaille le roman. Les 150 dernières pages sont particulièrement captivantes : l’action prime sur le bavardage, l’impression de lourdeur disparaît et Guilfoile s’attache enfin à crédibiliser son environnement d’anticipation - en l’occurrence le jeu vidéo.

Au final, Le Poids des Ombres est un bon thriller malgré une mise en place très longue. Kevin Guilfoile se sert de la SF comme d’un instrument, qu’il manie d’abord avec maladresse pour s’améliorer sur la fin. On peut lui reprocher de ne pas l’avoir prise plus au sérieux dès le début du roman.

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