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Date de parution : 21/07/2019
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Les coureurs d'étoiles

Un auteur et son intégrale

S’il est évident que Poul Anderson n’a pas reçu le traitement qu’il méritait dans les années 70-80 du siècle précédent, on peut dire que Le Bélial fait tout pour changer cela. Après Le chant du Barde, l’intégrale de La patrouille du temps ou L’épée brisée, voici le troisième tome de La hanse galactique, Les coureurs d’étoiles, racontant les aventures de Nicholas Van Rijn, marchand de la ligne Polesotechnique. Ici, on trouve quatre nouvelles, de longueur inégale. Alors Poul remue-t-il encore ?

Des aventures hautes en couleurs

Dans Territoire, Nicholas Van Rijn débarque sur la planète t’Kela, où les indigènes massacrent les humains venus sauver la planète. Avec l’aide de la belle Joyce Davisson, il renverse la vapeur et persuade les habitants que les humains vont les aider tout en nouant de lucratives relations commerciales. Dans Les tordeurs de troubles, David Falkayn, disciple de Van Rijn, débarque avec ses coéquipiers extraterrestres Adzel et Chee Lan et leur vaisseau Le débrouillard sur la planète Ikrananka. Ils y découvrent des humains, descendants d’une expédition perdue, en conflit avec les indigènes locaux. Falkayn y tombe sous le charme de la belle Stepha, qui bien entendu va le piéger un temps… Un temps seulement. On retrouve Falkayn dans Le jour du grand feu, où il s’agit aussi de sauver une planète, Merséia, des rayons d’une supernova qui va exploser d’ici trois années. La clé des maîtres permet de retrouver Van Rijn à qui le jeune Per raconte son expédition sanglante sur la planète Cain…

Une sourde mélancolie

Ces nouvelles ont été conçues entre 1956 et 1966 et donnent idée de l’imagination débordante de Poul Anderson. La truculence et l’humour de Van Rijn, marchand cynique et aventurier sans scrupules, font place aux difficultés de ses acolytes. Comparons Territoire et Le jour du grand feu où à chaque fois des hommes cherchent à sauver d’autres civilisations, combattent les indigènes puis réussissent à faire entendre la raison. Dans Territoire, on rit avec Van Rijn qui finit même par séduire la belle Joyce alors que dans Le jour du grand feu, Falkayn manque de perdre sa coéquipière Chee Lan et est obligé de montrer sa force (comme Van Rijn) mais sans joie : on apprendra d’ailleurs dans la chronologie en annexe que l’humanité sauve une civilisation qui deviendra son ennemie la plus mortelle. Quant à La clé des maîtres, on y trouve un récit proche du thème du Premier contact, qui se termine sur une conclusion amère de Van Rijn. Comme dans d’autres récits d’Anderson (citons Le chagrin d’Odin le goth), la mélancolie affleure, comme un contrepoint à la peinture andersonienne d’une humanité triomphant des étoiles mais toujours humaine, trop humaine. Une preuve de plus de la complexité de l’œuvre et du talent de son auteur.

Sylvain Bonnet
Poul Anderson, Les coureurs d’étoiles, Le belial, traduction de Jean-Daniel Brèque, juin 2018, 380 pages, 22 €

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