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Les Méandres du temps

Daniel Sernine ( Auteur), Laurine Spehner (Illustrateur de couverture)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Français
Aux éditions : 
Date de parution : 30/06/2005  -  livre
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Les Méandres du temps

Véritable pilier de la science fiction québécoise, Daniel Sernine, voisine au firmament des stars du genre de la Belle Province avec Elisabeth Vonnarburg ou Joël Champetier. Auteur de plusieurs séries de SF et de fantastique, il est aussi directeur de deux collections destinées à la jeunesse, pour lesquelles il écrit également.

Avec cette trilogie en devenir qu'est La Suite du temps, il vise un Space Opera moderne, à grand spectacle et sans autre ambition que le pur plaisir de l'imaginaire.

Et de puissance de l'esprit il est fortement question ici, puisque Maître Karilian est télépathe. Métapse, préfère-t-il, ainsi qu'il est d'usage de dire sur Erymède. Cet astéroïde abrite une communauté d'hommes et de femmes ayant depuis longtemps fait sécession avec le reste de leurs semblables et acquis sur eux une considérable avance scientifique. Aidés par une puissance extra-terrestre nébuleuse, ils ont accepté, en échange des bienfaits de leurs pygmalions, de protéger les Terriens de leurs propres excès.

C'est en partie ce qui a amené Karilian sur Terre. Au cours d'une de ses expériences, lui est apparue une vision d'apocalypse : la guerre entre la Terre et Erymède. Une guerre qui aboutirait à la destruction de l'Humanité. Il en a retiré la certitude qu'il pourra éviter la catastrophe, seulement s'il retourne sur Terre et se résout à tuer une femme à l'esprit dangereusement instable qui semble être au centre de cet avenir possible. Sa prémonition a été trop fugace pour qu'il voie cette femme, mais il a eu le temps d'entrer en contact avec son esprit, et sait qu'il le reconnaîtra au premier contact.

C'est alors qu'il prépare sa mission au Canada, qu'il fait la connaissance de Nicolas, un adolescent du voisinage. Le jeune homme étudie au sein d'un projet de recherche dirigé par son beau-père, et qui porte sur les pouvoirs psychiques. L'adolescent ne s'y plie qu'avec la plus extrême réticence, en dépit de l'étendue tout à fait remarquable de ses pouvoirs d'empathie. En fait, seule la présence de Diane, sa petite amie, lui rend l'exercice supportable.

Mais bien vite Karilian s'aperçoit que ce n'est pas la première fois que sa route croise celle de Nicolas. Sept ans auparavant, alors que, déjà, il était en mission sur Terre, le métapse avait assisté à un stupide accident de la route qui avait coûté la vie de la conductrice mais miraculeusement épargné son jeune passager – un garçonnet de neuf ans. L'enfant avait alors fait montre d'étonnantes dispositions métapsychiques, et Karilian avait recommandé qu'on le garde à l'œil. Et c'est précisément cet enfant que le hasard ramène aujourd'hui vers lui. Enfin… le hasard…

On ne s'étendra pas sur la couverture, très laide, de ce premier tome de La Suite du Temps. Elle nous rappellera juste que nous n'avons pas entre les mains un roman français, mais bel et bien un roman américain, écrit en français. Les éditions A Lire – par ailleurs éditeurs de la très respectée revue Solaris – sont, en dépit de leur attachement à la langue de Molière (et de quelques autres), imprégnées de culture US, et cela se sent. Les Méandres du Temps dispose d'un certain nombre d'atouts pour remplir un cahier des charges ambitieux, mais part aussi avec de lourds handicaps.

Tout d'abord, à l'instar de L'Etat des Arts de Banks, nous sommes ici en présence d'un de ces étranges Space Opera aux ailes rognées. On y voyage peu, et toute l'action se centre sur notre petite planète arriérée. Cela rend l'exercice insolite mais périlleux. L'univers que nous présente Sernine est dense et il tente de nous le présenter avec élégance. Elégance du style d'une part, mais aussi de la progression dramatique. Evitant les scènes d'expositions fastidieuses, il dresse un tableau par petites touches précises. C'est habilement fait, et on se laisse facilement emporter par cette langue harmonieuse.

Mais la technique a son revers. Trop de questions soulevées qui tardent à trouver leurs réponses et diffèrent d'autant une action qu'on finit par follement espérer. Et de fait, il se passe remarquablement peu de choses dans ce premier tome. Sernine plante son décor, mais l'histoire ne s'emballe guère que sur son dernier tiers. C'est un peu tard, hélas. Reste que ce roman date de 1983 (donc presque contemporain de L'Etat des Arts mentionné plus haut, et on ne peut s'empêcher de noter un cousinage entre la Culture et l'utopie modèle réduit d'Erymède), que c'est une œuvre de jeunesse et qu'elle ne trouve sa justification aujourd'hui que dans la volonté de Jean Pettigrew, son éditeur, de la rééditer pour permettre de mieux comprendre les deux tomes qui vont suivre. On espère donc que Sernine, qui a sué 22 ans sur les derniers volets de cette trilogie, aura ici utilement travaillé pour l'avenir.

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