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Noir

K. W. Jeter ( Auteur)
Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 30/11/2002  -  livre
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Noir

K. W. Jeter, l'un des pionniers du courant Steampunk, délaisse ici ses premières amours pour se lancer dans un roman d'anticipation NOIR (et donc bien nommé). Il a définitivement assis son succès populaire sur des romans tirés de l'univers de Blade Runner (Bladerunner 2) et des novellisations dans l'univers de Star Wars (un peu moins saluées par la critique...), mais le monsieur est un touche à tout qui excelle dans les univers sombres (comment dire, ombrageux, ténébreux enfin vous voyez quoi), qui utilise ici à contre-emploi certains des éléments de son premier roman (Dr Adder) dans une enquête dont vous ne resortirez pas indemne.

"C'était toujours pareil, avec les morts : ils savaient des trucs."

Pirater la propriété intellectuelle dans le monde du Gloss, cette immense mégapole qui s'étend sur le pourtour du Pacifique, relève de l'inconscience ou de pulsions suicidaires. Car désormais, les lois relatives au copyright et aux droits d'auteur assurent à l'Agence, la corporation chargée de leur recouvrement, une liberté presque totale d'action à l'égard des contrevenants. Autant dire que les vie des pirates ne vaut pas cher pour McNihil, asp-ion de la première heure qui s'est plus ou moins grillé avec l'Agence pour une broutille du passé, une mission pas honorée.

Aujourd'hui pourtant, on veut lui faire reprendre du service. Ses nouveaux clients? les cadres d'une multinationale tentaculaire qui a perdu un de ses employés au cours d'une expérience sexuelle fusionnelle virtuelle. Le pauvre vieux n'y a pas survécu, et c'est à McNihil de découvrir pourquoi. Pourtant, ce genre de boulot n'est pas dans ses cordes. En apparence tout du moins. Mais les apparences ne sont plus ce qu'elles étaient dans ce monde conditionnel, alternative décadente et rétro-futuriste de notre présent vue au travers du filtre en noir et blanc du regard chrirugicalement modifié de McNihil.

"Je me hâte vers la mort, et la mort vient vers moi d'un même élan."

Noir est une perle. Une de ces perles obscures qui semblent emprisonner la lumière dans des abîmes de ténèbres. Une poésie mêlée à un monde de science-fiction parmi les plus noirs qu'il m'ait été donné de découvrir. Un monde où l'on résuscite les morts afin qu'ils remboursent les dettes accumulées de leur vivant. Où les mendiants vampirisent la moindre source d'énergie, aussi éphémère qu'une braise de cigarette, pour entretenir les batteries gloutonnes des multinationales. Où le corps fusionne avec la machine dans un orgasme électrique.

Cette apocalypse quotidienne vous procurera sans doute le même effroi, le même dégoût qui se sont emparés de moi et ne m'ont lâché qu'une fois le livre reposé. Ajoutez à cela une critique intelligente et saisissante du piratage de la propriété intellectuelle, un personnage complètement rétro, tombé dans une marmite de cynisme quand il était petit, touillez et régalez-vous.

Bref, vous l'aurez compris: Noir est pour moi un chef-d'oeuvre de la science-fiction moderne, mélangeant les genres sans jamais y perdre son âme, explorant des territoires vierges où d'autres ne manqueront certainement pas de se jeter (ah ah...).

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