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Par-delà les murs du monde

Elisabeth Vonarburg (Traducteur), Emmanuel Malin (Illustrateur de couverture), James Tiptree Jr. ( Auteur)
Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 29/10/2009  -  livre
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Par-delà les murs du monde

James Tiptree Jr. est le pseudonyme choisi par Alice Bradley Sheldon, née en 1915 aux Etats-Unis. Sa véritable identité n’a été découverte qu’en 1976. Son destin fut tragique puisqu’elle se suicide en 1987, après avoir mis fin aux jours de son mari gravement malade.

Principalement nouvelliste, elle a écrit deux romans, Brightness Falls from the Air (1985) et Par-delà les murs du monde (1978), le seul qui ait été traduit en français. Ses nouvelles ont été récompensées par de nombreux prix, comme le prix Hugo, le prix Nebula, le prix Locus, ou encore le World Fantasy Award.

Ses textes sont souvent centrés sur les relations entre les hommes et les femmes, et sur le rapport à l’autre. Le James Tiptree Jr. Award a été créé en son honneur en 1991, un prix littéraire de science-fiction et de fantasy pour les œuvres qui « développent ou explorent notre compréhension de la différenciation sexuelle ».

Sa vie et sa double identité sont racontées dans un ouvrage de Julie Philipps, James Tiptree Jr. : The Double Life of Alice B. Sheldon.

Destins croisés

Sur Terre, le professeur Noé Catledge mène des recherches visant à prouver le don de télépathie : le projet Polymère. Il est aidé par le Docteur Daniel Dann, qui trouve refuge dans les médicaments pour oublier un triste événement de son passé. Persuadé d’être sur le point de pouvoir prouver les aptitudes psychiques de ses sujets, Noé les convainc tous de tenter une expérience de transmission de pensée depuis une base militaire. Au même moment, sur la planète Tyree, faite de vents et de courants ascendants et descendants, ses habitants – des êtres éthérés qui parcourent les cieux – essaient d’entrer en contact avec d’autres formes de vie. Parallèlement, errant dans l’espace infini tout en se rapprochant peu à peu de Tyree, une sorte de trou noir solitaire, le Destructeur, tente de se souvenir de la tâche qui lui est dévolue.

Des problématiques de société


La personnalité et le caractère des personnages est ce qui est le mieux décrit ici : leurs aspirations, leurs peurs, leurs espoirs et leurs ressentis. Chaque protagoniste est différent, mais leurs points communs, chez les télépathes terriens, c’est d’être en dehors de la société, trop étranges pour y appartenir. Ainsi, on trouve au sein du groupe Polymère deux frères jumeaux qui partagent presque un même esprit, une ancienne femme au foyer que seuls ses enfants relient à la société, un couple de femmes qui vivent dans leur propre bulle, ou encore un militaire marin atteint d’un cancer dont le dernier espoir est de pouvoir retourner en mer. 

Sur Tyree, ce sont d’autres problématiques qui sont soulevées, principalement les relations entre les mâles et les femelles, qui sont en quelque sorte le miroir inversé de ce qui fut longtemps la norme dans la plupart des sociétés humaines. Ce sont les mâles, les « Pères », qui s’occupent des enfants et de leur éducation, et ce sont les femelles qui partent explorer l’univers.

Même s’il ne s’agit pas du propos principal, la féminité, la masculinité, la maternité et la paternité tiennent donc une grande place dans le récit. Les codes de société et leurs évolutions également. Sur Tyree, certaines femelles rêvent de pouvoir devenir des « Mères », alors que sur Terre, parmi les participants au projet Polymère, un couple de femmes homosexuelles aimerait pouvoir vivre leur amour en toute tranquillité. Une des figures centrales de ce récit a quant à elle vécu le traumatisme de l’excision.

On reconnaît donc là un texte qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser au regard du sujet choisi, est pleinement ancré dans la réalité de son temps. Alice Bradley Sheldon, qui a choisi d’écrire sous un nom masculin, questionne les différences entre hommes et femmes. Mais son propos n’est pas réducteur ni revendicatif, et s’attache plutôt à dénoncer certaines conventions sociales, qui peuvent nuire au développement de bien des individus, hommes ou femmes, exclus par leur singularité du reste de la société.

Certains passages de Par-delà les murs du monde rappellent Les Dieux eux-mêmes (1972) de Isaac Asimov, qui met également en relation l’espèce humaine et une certaine forme de vie extraterrestre aux mœurs différentes, notamment en ce qui concerne la reproduction (une « triade » dans le cas du roman d’Isaac Asimov, où le « parental » est un être masculin). Les intentions des aliens d’Asimov vis-à-vis des humains peuvent également être en partie comparées à celles des Tyrenni, même si le parallèle s’arrête là.

Esotérique

Les personnages de ce roman sont tous en quête de quelque chose, sans vraiment toujours savoir ce qu’ils cherchent. On découvre ainsi leurs différents parcours, leur histoire personnelle, leur rapport à la société, tout ce qui va les mener à la découverte d’eux-mêmes et de leur rôle au sein de l’univers. L’écriture de James Tiptree Jr. est un peu trop hermétique par moments. Sa perspective très ésotérique peut perdre le lecteur, principalement lorsqu’on retrouve les habitants de Tyree, ces êtres d’énergie pure qui communiquent par leur champ mental. Il aurait peut-être été intéressant de développer un peu plus les personnages humains. Lorsque l’on referme les pages de ce roman, on est tout à la fois désappointé par le manque de clarté de ce texte, qui aurait mérité plus de développements, et quelque peu lassé par la longueur de certains passages, qui laissent à penser que le format de la nouvelle convient mieux à la plume d’Alice Bradley Sheldon.

Un roman un peu daté

Par-delà les murs du monde est un livre de son époque – la fin des années 1970 –, qui propose une réflexion philosophique sur l’existence. Si les idées principales qui y sont développées ne sont pas dénuées d’intérêt, le propos est parfois confus, et certains passages s’avèrent un peu trop longs. Il s’agit d’un roman qui n’est pas facile d’accès, assez daté, et dans lequel on peut se perdre en route, à moins d’adhérer immédiatement aux visions de l’auteur, de se laisser porter par ses évocations métaphysiques.

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