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Quinze minutes

Langue d'origine : Français
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/12/2008  -  livre
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Quinze minutes

Auteur de plusieurs romans et nouvelles, tous parus aux USA, Charles Dickinson est un quasi inconnu du lecteur français de littératures de l’imaginaire. Et pour cause ! on ne connaît de lui que  A Shortcut in Time, publié en 2003 aux États-Unis et disponible en français depuis 2006  grâce à une traduction effectuée pour les éditions Joelle Losfeld.
Folio SF édite ce texte en poche sous le même titre, Quinze minutes, et donne au plus grand nombre l’occasion de découvrir Dickinson.

Plus quinze minutes et moins deux cents ans

Josh Winkler, artiste médiocre,  s’aventure dehors par une nuit d’orage et subit une distorsion dans l’écoulement du temps. Il est persuadé d’être revenu en arrière et revit quinze minutes de son existence sans pouvoir y changer grand-chose. Personne ne le croit. Surtout pas Flo, son épouse médecin qui s’inquiète de sa santé. Lorsque Josh croise de nouveau la jeune fille aux habits vieillots qu’il avait aperçue la veille, jour orageux également, il comprend qu’il s’est vraiment passé quelque chose : Constance prétend être née en 1893 et semble appartenir à une époque révolue. Cet accident est la chose la plus extraordinaire qui soit jamais arrivée à Josh qui se propose alors d’aider Constance à retrouver son cadre de vie. Son enthousiasme se mue en nécessité quand sa fille, Penny, disparaît.

Une histoire de voyage dans le temps

On a lu des dizaines d’histoires de voyage dans le temps, supposant une découverte plus ou moins maîtrisable. Appareillage nouveau ou théorie scientifique nouvelle, pour un pouvoir incroyable aux paramètres mis en équation. Ici, le voyage dans le temps reste un processus mystérieux lié à de banals orages printaniers. La seule scientifique proche de Josh, sa femme, doute tout au long du récit. Pour une fois, on évitera les tentatives habituelles de vulgarisation de la théorie de la relativité d’Einstein. Le pouvoir de voyager dans le temps suscitera, bien entendu, les inévitables convoitises, sans pour autant attirer les puissants et leurs tentations révisionnistes. Avec Quinze minutes, on a affaire à un pouvoir incontrôlable dont le champ d’action ne dépasse guère un pâté de maison à Euclid Height, Illinois, six zéro zéro zéro un.

Au-delà de l’expérience : peut-on changer sa vie ?

« On ne veut être maître de l'avenir que pour pouvoir changer le passé. » dit Kundera, abolissant l'ordonnancement convenu de l’écoulement du temps. De même, dans Quinze minutes, tout se confond. La curiosité de Constance sur son futur passé. Son désir de tout améliorer tout en regagnant son monde familier. Les « Et si ? » de Josh Winkler et ses insatisfactions. Au présent, Josh aurait voulu vivre autrement. Il aurait préféré vivre sans l’accident qui a coûté l’équilibre à son frère et leur fortune à ses parents. Il aurait voulu ne pas dépendre des revenus de son épouse. Il aurait souhaité être plus proche de sa fille.  Mais peut-on réellement vivre une autre vie ?  Fait-on des choix meilleurs avec une meilleure connaissance du passé ou du futur ?
Tels vont être, tout au long du roman, les questionnements de Josh, bien ordinaires, mais rendus plus aigus par les possibilités offertes par les distorsions du temps.

Imparfait du subjectif

Quinze minutes captive dès les premières pages, à moins que ce ne soit déjà à la découverte de la photographie qui en illustre la couverture. Le mystère des quinze minutes de trop  intriguent le lecteur, de même que la scène d’ouverture, poignante, qui se déroule dans la jeunesse de Josh Winkler. On est séduit par la poésie de la narration que ne vient interrompre aucune explication tortueuse.
Pour autant, on n’en oublie pas de s’interroger sur les difficultés conceptuelles de cette nouvelle forme de voyage dans le temps. Comment se fait-il, par exemple, que le temps ne semble se fractionner que du point de vue du héros ? Des paradoxes nombreux se posent et la persistance du lien de Josh avec sa fille, malgré les modifications du temps, n’est pas le moindre d’entre ceux-là.
Outre ces écueils inhérents à l’exercice temporel, on regrettera de constater que l’accident initial, source d’une découverte fabuleuse, est aussi à l’origine de tous les nouveaux problèmes qu’aura à résoudre Josh Winkler. Comme si, finalement, la vie tranquille au fond d’un petit village constituait le summum du bonheur.
Enfin, on s’interrogera sur la morale de conte de fée que semble souffler le dénouement de ce récit qui oppose dans une logique par trop manichéenne, bonne cigale et fourmi prétentieuse, riche et pauvre, gentil et méchant.

De longues minutes d’une lecture agréable.

Quinze minutes est un roman imparfait mais fort plaisant dont l’approche originale vaut à elle seule le détour. Pour ne rien gâcher, l’écriture est imagée, dynamique, précise. On retrouve aisément ses repères dans les méandres du récit, y compris lorsque l’on plonge dans l’Amérique du dix-neuvième siècle et dans la vie de villageois qui n’hésitèrent pas à pendre un homme pour un dixième de sang nègre. Immersion dans le passé, retour vers le futur, hypothèse sur la nature de l’histoire… on est bien dans les thèmes de la science-fiction, une science-fiction humaine, en marge de la Hard Science.
Au-delà des étiquettes, Quinze minutes est une lecture vivement conseillée qui donne envie d'en lire davantage de la même plume. Alors, à quand la traduction des autres textes de Dickinson ?

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