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Salammbô : L'intégrale

Langue d'origine : Français
Aux éditions : 
Date de parution : 31/10/2010  -  bd
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Salammbô : L'intégrale

L'histoire de Salammbô est celle d'une double obsession pour Philippe Druillet. D'abord, l'adaptation de cette œuvre de Flaubert le poursuit depuis les premières planches à l'aube des années 80. Il y revient régulièrement, le dernier épisode en date étant la parution des Nus de Salammbô et l'exposition liée à cet album il y a quelques mois sur Paris. Le personnage de Lone Sloane ensuite, héros récurrent de son imaginaire et qui est ici aussi mis à contribution pour incarner le premier rôle.

Salammbô est également le témoignage d'une époque pour la bande dessinée dans le sillage de Métal Hurlant, journal dont Philippe Druillet fut l'un des fondateurs. On y trouve un trait et des couleurs « datés » de ces années pendant lesquelles les frontières de la BD explosaient. Lorsque le premier album est paru, Druillet avait déjà officié en tant qu'illustrateur de couverture, notamment chez Opta, mais aussi en tant que dessinateur dans le journal Pilote ou pour des albums comme le très personnel La Nuit, un récit de science fiction très sombre, presque nihiliste mettant en scène une humanité à la dérive, retournant à l'animalité et fortement marqué par un drame personnel.
 
Salammbô futuriste...
 
En approchant d'une nouvelle planète, Lone Sloane, capitaine d'un vaisseau spatial, tombe amoureux de la princesse Salammbô qui y réside. Il décide alors d'y débarquer, quitte à trahir son équipage. Mais sur place, son désir est contrarié par Hamilcar, le père de la belle et dirigeant de Carthage, guère emballé par l'idée d'une union entre sa fille et ce voyageur de l'espace.
 
Lone Sloane devient alors Matho et se retrouve avec les mercenaires qui campent dans la ville. Le rusé Hamilcar leur promet de leur payer l'argent qu'il leur doit s'ils acceptent de s'éloigner de la cité et de camper à plusieurs kilomètres de là. Mais après plusieurs semaines d'attentes, ne voyant pas leur solde arriver, les guerriers décident de revenir à Carthage et de prendre par la force ce qui leur est dû... L'occasion rêvée pour notre héros d'essayer de revoir Salammbô...
 
Salammbô, œuvre majeure de la BD ou série ayant mal vieilli ?
 
Si Philippe Druillet semble, dans les premières planches, transposer le récit de Flaubert pour, du IIIe siècle avant J.-C., le situer dans un cadre de science fiction, il suit en fait scrupuleusement le récit une fois que Lone Sloane a posé les pieds sur la planète, reprenant des passages entiers du roman. Il rend avec brio les ambiances voulues par l'auteur initial avec une Carthage sensuelle et corrompue face à la brutalité des mercenaires, sans oublier la passion de son héros pour Salammbô et la beauté féroce de son amour. L'engagement du dessinateur est total. Il joue avec les planches, accordant parfois à certaines scènes des pages entières, apportant un soin particulier à chaque case avec des milliers de détails, ou ajoutant à son dessin des collages photos. On a l'impression à la fois d'une grande exigence, d'un investissement formidable mais aussi d'une grande liberté. C'est encore plus flagrant avec cette intégrale qui retranscrit véritablement l'ampleur du travail accompli.
 
Reste la question de sa lisibilité aujourd'hui. Si la retranscription de l'œuvre initiale est superbe, le trait, les couleurs et même la typographie des dialogues sont datés. La liberté dont jouissait la bande dessinée à l'époque peut être aujourd'hui déstabilisante pour le lecteur. Le regard a un peu tendance à se perdre dans tous les détails et les couleurs, et il faut faire un effort pour suivre les descriptions et les dialogues, tant la police choisie ne facilite pas la lecture.
 
Il faut pourtant absolument jeter un œil à cette série. Que l'on aime ou que l'on déteste au premier regard, il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'un des monuments de la bande dessinée pour la force qu'elle dégage. C'est encore aujourd'hui une expérience à lire, à vivre presque, avec un dessin particulier et étonnant. Son aspect novateur, ou tout du moins différent, est toujours visible et remarquable. Depuis ces années Métal Hurlant, la bande dessinée est partie dans différentes directions en terme de graphisme. Celui de Druillet reste unique. L'album autour des Nus, associé à cette intégrale, en est une nouvelle preuve. Son style le classe toujours un peu à part. Et au-delà de l'aspect graphique, Salammbô est une déclaration d'amour pour le roman de Flaubert. Et que cet amour là dure toujours aujourd'hui en est presque touchant. Un album qui mérite au moins que l'on s'y intéresse et qu'on le redécouvre. Même chose pour l'album des Nus. En illustrant des extraits de Salammbô, il déclare une nouvelle fois sa flamme à cette œuvre si particulière mais aussi aux femmes du roman. C'est un prolongement parfait pour qui a aimé les albums de Salammbô. La vitalité du trait, sa force, n'a pas vieilli. Les amateurs de l'œuvre de Druillet apprécieront sans aucun doute...

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