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Tomorrow's Parties

William Gibson ( Auteur), Philippe Rouard (Traducteur), Willy Cabourin (Illustrateur de couverture)
Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 30/04/2004  -  livre
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Tomorrow's Parties



Près de deux ans après sa parution en Anglais, All Tomorrow’s Parties, le nouvel opus de William Gibson, paraît enfin en français. Au passage, le titre du bouquin a été passablement amputé puisque Le Diable Vauvert a décidé de l’intituler Tomorrow’s Parties. Un jour on m’expliquera sans doute pourquoi ? Deux ans c’est long au vu de la frénésie de développement dans laquelle la technologie, la cyber-bride, traîne nos cerveaux depuis quelques temps, comme des boîtes de conserve cabossées à l’arrière de la voiture de mariés conduite par son prince charmant, celui qu’on ose encore appeler le progrès. Signe que l’hallucination consensuelle est profonde… Qu’importe : un nouveau Gibson ça se fête au moins par l’explosion d’un écran à plasma. Un roman en forme de célébration millénariste où Gibson convie quelques-uns de ses précédents personnages, Colin Laney (d’Idoru) en tête.

L'accélération

San Francisco est l'emplacement du prochain point nodal. Le Golden Gate plus précisément. Et Laney le sait. Comment ? Difficile à dire, si ce n'est que depuis qu'il a pris du 5-SB, Colin Laney est éveillé à une sorte d'empathie à l'égard des flux d'informations qui traversent les réseaux informatiques comme les multitudes d'influx nerveux fulgurant dans un cerveau sans terminaison. Bientôt se passera un ensemble d'évènements qui paraîtront relativement anodins à tout un chacun mais qui bouleverseront le monde de façon radicale, aussi radicale et diffuse que cela le fut en 1911 après que Pierre Curie ait initié le processus. Quelle sera la nature du changement ? Nul ne le sait vraiment, pas même Laney qui vit isolé, planqué dans le labyrinthe de carton où s'abritent les sans-abris du métro de Tokyo d'après le séisme.

La confluence


Laney, malade, traqué, n'a aucune chance de réussir seul. Mais il sait qu'il peut compter sur la collaboration, à l'autre bout du monde, de Berry Rydell, fraîchement sorti de son emploi de gardien de nuit. Homme de main malgré lui, Rydell aura fort à faire pour déjouer l'écheveau des mystères qui entourent cette histoire où se mélangent des hommes d'un autre temps : le nôtre, des personnages réels en quête de " virtualtitude " et des personnages virtuels à la recherche d'une existence propre. Eclaireur pour le moins désorienté, Rydell devra faire face à une machination dont il ne mesure pas l'étendue, pas plus que ses complices improvisés au hasard des rencontres (mais quelle est vraiment la part du hasard ?).

Sans faire l'unanimité

De Tokyo à Los Angeles et de Los Angeles à San Francisco, William Gibson nous convie à une aventure nourrie de sa capacité de construire un monde futur tellement proche de ce qu'il pourrait être qu'il en donne le frisson. Frisson également motivé par le tableau peu folichon qu'il dresse de ce futur où règnent en maîtres les as des réseaux de communication dont les hormones s'appellent " cartes de crédit ". Comme à son habitude, Gibson ne se livre pas ; la première moitié de Tomorrow's Parties se lit comme autant de pièces d'un puzzle fraîchement déballé. On se complaît à s'interroger sur notre destination, tout en se laissant porter par l'inexorable confluence des personnages.

En dévoiler plus sur la trame de l'histoire en ferait perdre sa saveur, d'autant que l'intérêt de ce livre réside plutôt sur les individus qu'elle véhicule et les situations où ils se retrouvent. Portraitiste hors pair, Gibson nous donne à savourer des personnages en trois dimensions, denses au point de sentir varier leur pouls en-dessous du contact inerte de la feuille de papier : de Fontaine, l'antiquaire féru de montres mécaniques à Chevette et ses déboires sentimentaux, en passant par Rei Toei, créature générée par la structuration de milliards de bits d'information.

Petit bémol tout de même : l'histoire manque quelque peu d'ampleur. En fait, la trame est tellement bien tissée et le suspens tellement bien assuré que lorsque le fond de l'histoire nous apparaît, il nous arrache un "C'était donc ça" peu convaincu. Sans faire l'unanimité, ce roman est tout de même à conseiller à tous les fanatiques d'anticipation rock'n'roll. Les autres pourront toujours apprécier la plume d'un Gibson que l'on aurait voulu plus ambitieux.

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