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Un Jeu cruel

Robert Silverberg ( Auteur), Michel Deutsch (Traducteur), Julie Pujos (Traducteur)
Langue d'origine : Anglais UK
Aux éditions : 
Date de parution : 30/04/2007  -  livre
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Un Jeu cruel

S'il est un des grands maîtres de la science-fiction, Robert Silverberg en est également un des auteurs les plus prolifiques avec plusieurs dizaines de romans à son actif et plusieurs centaines de nouvelles. La meilleure période de sa carrière littéraire commencée en 1953 à 18 ans se situe à la fin des années 60 et au début des années 70. En l'espace de cinq ans, il livre de nombreuses perles comme Les Monades Urbaines, L'Homme dans le labyrinthe, L'Oreille interne, Le Livre des crânes, L'Homme programmé ou Les Ailes de la nuit. A 70 ans passés, Robert Silverberg est désormais beaucoup plus rare dans le rayon "nouveautés" des librairies. Son dernier roman, Roma Eterna date de 2004. Et récemment il confiait à un site internet qu'il n'avait pas de projet sur le feu, terminant par "Maybe there won't even be a next novel. After having written so many books over the past fifty years, I don't feel much inner pressure to write more of them". Voilà qui n'est pas de bon augure...

Aux portes de la téléréalité

Lona est une adolescente déprimée. On lui a prélevé ? ses ovules pour fabriquer avec une centaine d'enfants. Malheureusement elle n'a pu en conserver ? aucun et elle ne peut plus en produire ? biologiquement parlant. De son côté, Minner est lui aussi mal en point. Astronaute, il est ressorti totalement modifié d'une rencontre avec de mystérieux extraterrestres. Son corps est devenu celui d'un monstre. Et malheureusement pour lui, la médecine humaine ne peut défaire ce qui a été fait.

L'espoir pour ces deux individus vient de Duncan, un magnat du spectacle. Avec la promesse de résoudre les problèmes de chacun et leur rendre l'inaccessible (son corps à Minner et sa maternité à Lona), il organise leur rencontre  Sa seule exigence, c'est que leur relation appelée à s'épanouir puisse être suivie par des milliards de téléspectateurs. Comment l'amour naissant entre deux monstres pourrait-il ne pas passionner les foules ? Une sorte de téléréalité du futur...

Un roman mineur

Ecrit pendant les meilleures années (en qualité) de Robert Silverberg (en 1967), Un Jeu cruel met en scène une sorte de téléréalité avant l'heure. Il anticipe l'avenir de la télé avec plusieurs décennies d'avance. Un véritable tour de force qui n'en est aujourd'hui que plus remarquable. Avant tout le monde, il avait compris l’importance de l’image et des symboles. Et quelles images ! Lona est la vierge aux cent enfants, Minner est le monstre au cœur d’or qui doit s’accepter, et Duncan l’ogre télévisuel, offrant en permanence des émotions à ses spectateurs, se nourrissant lui-même physiquement des bonheurs et des malheurs de ses héros.

Pour autant, le futur étant devenu notre présent, ce roman apparaît également désormais un peu fade. D'abord et avant tout parce qu'il nous faudrait sans doute plus horrible ou plus choquant comme mise en scène pour nous sembler véritablement original. A l’heure de la peoplisation à outrance et des concepts plus fous les uns que les autres à la télé, cette histoire d’amour entre deux êtres, si différents soient-ils, manque sérieusement de piquant pour nous passionner. Surtout que Silverberg nous la raconte de manière assez classique. Ils s’aiment, ils se détestent, ils se séparent... Tout cela semble désormais bien banal et déjà vu. On meurt vite d'ennui en lisant leurs disputes et leurs états d'âmes. L'absence d'un souffle pour porter le récit est flagrant, et même la fin est décevante. Rattrapé par ses idées au fil des décennies, Un Jeu cruel est un roman mineur de Robert Silverberg. On lui préféra largement d'autres titres de cette période.

 

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