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Rendez-vous à Paris

Enki Bilal (Dessinateur)
Aux éditions : 
Date de parution : 30/04/06  -  BD
ISBN : 2203353325
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Jerome   - le 31/10/2017

Rendez-vous à Paris

Enki Bilal est un géant de la Bande Dessinée. Et c’est peu de chose de le dire. Il n’y a qu’à voir l’événement que constitue la sortie de Rendez-vous à Paris, troisième et avant-dernier tome du Sommeil du Monstre pour s’en convaincre. Les albums ayant une telle couverture médiatique sont rares. Depuis quelques jours, on voit Bilal partout, dans la presse, à la télévision et même à la radio. Rien d’étonnant donc à ce que Rendez-vous à Paris se soit classé dès sa sortie en tête des ventes d’albums. On en oublierait presque qu’entre temps, la série a changé d’éditeur, des Humanoïdes Associés à Casterman, et que ces derniers ont également réédité les deux premiers tomes.

Mais avant d’en arriver là, Enki Bilal a eu une carrière bien remplie. Né en 1951 à Belgrade et arrivé en France à l’âge de 9 ans, il gagne un concours de dessin organisé par le journal Pilote à 19 ans. La BD devient alors son occupation principale et il gagne peu à peu en notoriété au fil des albums. Un parcours semé de succès comme La Croisière des Oubliés (1975), Les Phalanges de l’Ordre noir (1979) ou bien Partie de Chasse (1983)… Au début des années 80, il entame La Trilogie Nikopol, qui bien plus tard en 2004, donnera le film Immortel, son troisième après Bunker Palace Hôtel et Tykho Moon. Entre temps, Bilal est devenu une star et a commencé une autre série événement : Le Sommeil du Monstre dont le troisième tome sort ces jours-ci.

Trois orphelins qui se cherchent…

Rendez-vous à Paris
commence par un suicide. Celui de l’artiste Optus Warhol. Un suicide pour servir sa légende. Optus avait des projets pour son œuvre, pour l’humanité et pour Nike l’un des trois orphelins dont Bilal nous raconte la destinée depuis le début de la série. De son côté Leyla se retrouve dans Belgrade. L’après 32 décembre l’a laissée vide de la présence de Nike mais elle reste persuadée qu’elle doit le retrouver. Enfin Amir et Sacha coulent eux des jours heureux. Ils ont été tous les deux pris au sein de l’équipe de football « The Multiconfessionnal Mixte Danube Ironfly FC », lui en tant que gardien, elle en tant qu’agent de sécurité. Mais les mouches de Warhol ne sont jamais très loin…

Riche… peut-être un peu trop


Alors que Le Sommeil du Monstre devait être une trilogie, Enki Bilal rallonge la sauce avec ce troisième tome qui en appelle un quatrième et dernier. En cause un scénario complexe et riche qu’il développe à loisir. Il y a de la violence, des doutes et de l’amour mais surtout des interrogations. Interrogations sur l’Histoire du monde, sur l’intégrisme, sur le pouvoir, sur la manipulation, sur la liberté d’action de chacun, sur l’art et sur l’ego des artistes… Enki Bilal se pose et nous pose des questions essentielles. Mais cette richesse se cache sous la confusion. En mélangeant les intrigues et en sautant en permanence d’un personnage à l’autre, on a tendance à se perdre dans cet album on ne peut plus touffu avec ses 70 pages. Il mérite une deuxième voir une troisième lecture pour que l’on puisse intégrer tous les tenants et les aboutissants. On se demande toutefois si à trop vouloir en faire, Enki Bilal ne se perd pas un peu. Le quatrième tome nous donnera la réponse…

Côté graphisme, le « style » Bilal n’a rien perdu de sa puissance d’évocation. Avec ce troisième tome, il garde ce trait imprécis et marquant, mélangeant peinture et pastel, qui donne toute sa force aux planches de l’album. C’est particulièrement réussi au niveau des visages. D’ailleurs, Bilal se concentre toujours sur ses personnages, délaissant un peu les détails et les décors. Il a également choisi une narration graphique très aérée avec une à trois cases maximum par planche. C’est plutôt agréable à suivre même si, on l’a déjà dit, il passe un trop vite d’un personnage à l’autre.

On ressort un peu dubitatif de cet album. Il y a le plaisir de retrouver une fois de plus les dessins de Bilal. Mais il y a aussi la confusion d’un scénario parfois nébuleux. On est vraiment curieux de lire le quatrième et dernier tome de la série. Bilal nous apportera-t-il la lumière ? Rien n’est moins sûr, même s’il faudra sans aucun doute lire et relire tout le cycle avant de se faire un avis définitif.

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