Forum : Un avis sur Kull le roi atlante de Robert E. Howard

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Contexte général : l’Âge Thurien, époque pré-cataclysmique qui est en gros à l’Âge Hyborien ce que celui-ci est à notre époque. C’était le temps de l’Atlantide et de la Lémurie, et surtout des Sept Empires. Car l’Atlantide, chez Howard, ce sont des barbares, et Kull en est un représentant éloquent. Mais pas typique, cela dit, car doué d’une intelligence et d’une ambition peu communes chez ses compatriotes ; aussi, quand ceux-ci l’exileront et qu’il échouera dans la décadente Valusie, il ne tardera pas à gravir les échelons, jusqu’à faire un coup d’État contre le tyrannique roi Borna, et devenir ainsi, lui le barbare atlante, roi de Valusie, le plus puissant des Sept Empires. Mais son règne n’est pas de tout repos, et la royauté est parfois pire que l’esclavage…

Si l’on excepte la première nouvelle, dont le titre a été donné par Glenn Lord, ainsi que les « fragments d’Am-Ra » en fin de volume, toutes les nouvelles de ce recueil nous présentent donc un Kull roi de Valusie (différence essentielle avec Conan, que l’on fréquente à plusieurs étapes de sa carrière, et non uniquement à son « apogée », si tant est que ce terme soit approprié).

Mais, parmis ces nouvelles, on peut rapidement faire le tri... Seules deux se révèlent très bonnes : d'une part, la première "véritable" nouvelle du roi Kull, "Le Royaume des Chimères" ; longue nouvelle au canevas d’inspiration plus ou moins biblique (lire à ce sujet les développements toujours passionnants de Patrice Louinet dans sa postface, « Une genèse atlante »). La nouvelle a ainsi un contenu allégorique marqué, ce qui ne l’empêche en rien d’être tout à fait palpitante et riche en action. On voit dès ce premier « véritable » texte apparaître Brule, le Tueur à la lance, l’ami picte de Kull, et on a de beaux ennemis avec les fameux hommes-serpents qui seront récurrents dans les BD de Kull (si mes souvenirs sont bons).

D'autre part, « Les Rois de la nuit », nouvelle qui figurait déjà dans l'excellent recueil consacré à Bran Mak Morn car improbable crossover réunissant le temps d’une bataille épique contre les légions romaines le héros picte descendant de Brule et Kull ressuscité à la tête d’une troupe de Vikings. Alors, oui, c’est totalement artificiel, mais on s’en fout : ça marche. Là encore, la nouvelle fut achetée et publiée par Weird Tales, et à bon droit ; les morceaux de bravoure ne manquent pas dans ce récit enlevé et tragique, une pièce de choix pour conclure le cycle de Kull.

Voilà pour le très bon. Deux nouvelles, ensuite, sont correctes. D'une part, « Les Miroirs de Tuzun Thune », à nouveau riche d’introspection, et dont le contenu métaphysique vous saute littéralement à la gueule. Ce qui autorise à l’occasion quelques belles répliques (dont John Milius et Oliver Stone sauront se souvenir pour Conan le barbare), d’autres un peu plus faibles, voire d’une naïveté confondante.

D'autre part, « Par cette hache, je règne ! », nouvelle shakespearienne où le bon roi Kull, survivant à un complot destiné à l’abattre, se mue en dictateur. La nouvelle en elle-même est correcte… mais on avouera qu’elle nous intéresse surtout en ce qu’elle constitue le brouillon de « Le Phénix sur l’épée », la première nouvelle de Conan, à mon sens bien autrement réussie. Je rejoins en outre Patrice Louinet sur l’interprétation qu’il fait de cette nouvelle, comme annonçant l’abandon prochain du personnage.

Quant au reste... Ben c'est ou médiocre, ou franchement mauvais.

Bilan ? Plus que mitigé, donc… Si Kull le roi atlante sera probablement une acquisition indispensable pour les fanatiques howardiens et pourra à la limite (je dis bien : à la limite) satisfaire les simples amateurs de Conan, je conseillerais plutôt aux autres de faire l’impasse sur ce volume… et éventuellement de se reporter sur l’excellent Bran Mak Morn.
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Nébal
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