Interview André-François Ruaud

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Le site des éditions Les Moutons Electriques reprend une interview originellement publiée sur le site Uchronies.com, dans lequel le directeur littéraire André-François Ruaud se plie de bonne grâce aux questions de Bertrand Campeis. Il évoque ainsi son recueil Bodichiev et les sphères de l'uchronie. Extrait : 
Citation:
BC : auteur rare et précieux, tu viens de te décider d'auto-éditer les enquêtes d'un détective russe, Bodichiev, dans un monde uchronique, sans trop déflorer le sujet, peux-tu nous donner quelques éléments sur cette uchronie originale et sortant quelque peu des sentiers battus ? Peut on y voir un hommage, ou un clin d'oeil d'une certaine manière, aux enquêtes de Lord Darcy ? (Une chance de voir une belle édition intégrale de ce petit bijou chez toi ?) Avais tu vocation à créer un univers uchronique dès le début ou cela s'est-il imposé après ? Comment s'est passé le processus de création, comment les idées te sont-elles venues pour créer chacune des nouvelles ? 
AFR : Eh, il y a quatre ou cinq questions différentes, là ! Alors voyons, si je suis "rare" c'est tout de même essentiellement parce qu'écrire de la science-fiction, de nos jours, est vraiment terriblement difficile, c'en est désolant. Enfin, pas l'écrire, mais lui trouver un débouché valable. J'aurai été ravi de poursuivre le cycle débuté avec La Cité d'en haut mais Mnémos m'a éjecté sans prendre de gants, j'avais pas assez vendu, et quant à mon cycle uchronique, il n'a tout bonnement jamais trouvé preneur. Actuellement j'écris plutôt pour la jeunesse, en fantasy et en polar. 
Le monde de Bodichiev est né de plusieurs changements, le premier étant que c'est Constantin qui est bien devenu Tsar de toutes les Russies plutôt que son frère Nicolas (comme c'était prévu après la mort de leur père). Lequel Constantin a épousé une jeune princesse : Victoria. Ainsi est né un immense empire anglo-russe, qui règne sans partage sur le globe et y fait régner, de fait, la paix. Les enquêtes policières de Jan Marcus Bodichiev se déroulent principalement à Londres, avec en toile de fond un monde différent du nôtre. 
Lord Darcy ? Non, pas d'hommage de ma part, j'aime beaucoup cette oeuvre bien sûr, mais mes visées étaient toutes autres. Quand à une publication française, voyez donc avec Gilles Dumay : il devait s'en occuper, avait même négocié avec le continuateur du cycle, Michael Kurland. Une grande maison comme Denoël se trouvant "sur le coup", il n'a jamais été question que les Moutons électriques envisagent de publier les Lord Darcy. 
Je voulais créer un univers uchronique, oui, dés l'origine. Je songeais même à des tonalités plutôt steampunks, et puis en définitive mon inspiration m'a conduit vers les ambiances feutrées à la Simenon, j'aime beaucoup le "roman gris" de ce grand écrivain, développé aussi chez quelqu'un comme Nicolas Freeling ou chez le duo Sjöwall & Whalöö. Des références purement polar, donc, pour un univers que je voulais nourrir de ma culture et de mes voyages. J'ai écrit la première nouvelle avec à l'esprit le ton ironique des Chapeau melon et bottes de cuir, mais sur la base d'une image que j'avais trouvé dans un tome des Futurs mystères de Paris de Roland C. Wagner (le majordome robot). Cette nouvelle fut publiée dans l'anthologie Escales sur l'horizon, et j'ai ensuite continué à écrire des tas de nouvelles dans cet univers, j'étais très emballé par tout cela. Ayant atteint 750 000 signes vraiment terminés (sans parler d'au moins autant de diversement entamés) je me suis mis en recherche d'un éditeur. En vain. Alors, des années après et juste pour que ces textes ne meurent pas tout à fait dans la solitude d'un tiroir, je me suis laissé persuader d'en faire une auto-édition un peu luxueuse. Une "vanity press" : la vanité d'un auteur qui aimerait que quelques personnes le lisent, au moins.
Plus de détails, et la suite de l'interview ici
 
Priscilla Duran-Mulas
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