La chaine du livre

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crazy guide a écrit:
Troisième cas d efigure : la petite maison d'édition, qui en fait un métier (donc, doit gegner de l'argent) mais qui édite uniquement des choses qu'elle aime sans calculs marketing compliqués (ça doit exister, non?)



Oui, moi Very Happy
Sauf que je fais aussi des produits dérivés justement parce que je mourrais en tant que maison d'édition au bout de 3 mois. Je connais les réalités du métier, et loin de me faire peur, j'ai décidé de jouer une partie de l'entreprise "culture et passion" (qui me plombe) et une autre "sousous" (qui me rapporte). Au final, j'arrive à me tirer prévisionnellement un salaire dans deux ans, avec deux ans de RMI pour survivre. Donc, comme je le disais, les métiers du livres sont plus la plupart des métiers de passionnés. Ce n'est pas pour enc... tout le monde que les prix sont chers, mais pour pouvoir en vivre tout simplement. Faire de la culture son métier, c'est comme être artiste, c'est payé au lance pierre ... AIE

Bon, le message va être assez long, mais je vais tenter d'éclairer certains esprit sur le prix du livre, le début et la fin, la chaine du livre. J'avais essayé de faire ce travail sur mon site, mais comme il n'est pas encore fini, il n'y a qu'une partie de faite. Et cela fait aussi parti de la "sensibilisation" des lecteurs Wink
Je vous remets ce que j'ai mis sur le site, ça vous évitera de devoir changer de site.

Je commence donc par mettre un graphique que j'ai fait à partir des données du SNE il y a quelques années (je crois 2 ou 3 ans). Les chiffres n'ont presque pas changés.

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En règle générale, voilà le parcours :
1 - L'auteur va démarcher un certain nombre d'éditeurs dans le domaine de son manuscrit.
2 - L'éditeur, après avoir reçu et lu les manuscrits envoyés, va sélectionner un manuscrit.
3 - L'éditeur va convenir d'un contrat avec l'auteur pour faire publier son œuvre, moyennant certaines rectifications et corrections.
4 - L'éditeur va envoyer le manuscrit à un correcteur qui va éliminer toutes les fautes de frappe, de grammaire, d'orthographe, de conjugaison, de syntaxe, de formulation... avant de retourner le manuscrit à l'auteur pour vérifier que tout lui convient (on ne peut modifier une œuvre sans le consentement de l'auteur).
5 - L'éditeur va commander l'illustration de la couverture auprès d'un illustrateur ou graphiste.
6 - L'éditeur va faire faire la mise en page (le synopsis et autres para-textes également) du manuscrit et l'enregistrer sous un format imprimable.
7 - L'éditeur va envoyer le ficher à l'imprimeur qui va produire physiquement le livre en un certain nombre d'exemplaires tous identiques, selon les caractéristiques demandées par l'éditeur (grammage des pages, qualité du support, couleur de la couverture, façonnage de la côte...).
8 - L'éditeur va confier ces stocks à un distributeur qui aura pour but d'acheminer physiquement le livre auprès des différents points de vente (librairies, centres commerciaux, magasins spécialisés... Mais avant.
9 - L'éditeur va sous-traiter la diffusion qui consiste à présenter et faire la publicité du livre auprès des différents points de vente. C'est après seulement que les libraires commanderont auprès du distributeur, et que celui-ci livrera les livres.
10 - Le lecteur verra le livre en rayon et pourra l'acheter ainsi.
(l'éditeur est un peu partout car il est au centre du circuit, mais chacun a son rôle)



Il est évident que ce n'est qu'une généralité. Certains éditeurs, au lieu de lire eux-mêmes les manuscrits (à cause du grand nombre) passeront par des lecteurs de confiance ou comités de lecteurs. Certains éditeurs font aussi imprimeur, et d'autres ajoutent à leur potentiel l'imprimeur, le diffuseur et le distributeur. Certains ont des auteurs chez eux. Ce n'est donc qu'une représentation simple des intermédiaires qu'il peut y avoir entre l'auteur qui écrit son œuvre, et les lecteurs qui l'achètent en magasin.

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Depuis quelques années, une loi a été votée sur le prix du livre en France, prix qui devra dorénavant être unique partout sur le sol français. Tous les mêmes livres doivent, depuis, être au même prix dans tous les points de vente, excepté quelques tolérances (5% de remises des libraires, ...), ce qui permet aux auteurs, éditeurs et intermédiaires du livre de pouvoir vivre de leur métier.
Ce dernier tableau montre la répartition générale du prix du livre entre les différents acteurs du circuit du livre.



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Je précise que sur le pourcentage de l'éditeur, on doit aussi y retirer les charges qu'il supporte (parce que c'est l'éditeur) :
- Lecture (s'il y a des employés, et donc charges d'employé et de local)
- Correction
- Illustration
- maquettiste
- Publicité (produits promotionnels, catalogue, cadeaux, articles dans les mag, radio, critique littéraires...)
- Salon, dédicaces, ... (défraiements des auteurs)
- Frais de retours (les retours doivent être remboursés, et l'éditeur payent un pourcentage du prix des livres retourné pour dédommager le distributeur).
- Dépôts de manuscrits et d'illustrations pour les droits
- Frais de gestion de l'entreprise (bah oui, c'est pas pour le voisin et ça rentre aussi dans le prix du livre pour les éditeurs qui ne vendent que des livres, c'est-à-dire presque tous).

Je suis loin d'avoir tout listé, mais c'est pour dire que les frais des éditeurs sont astronomiques comparé à ce qu'il se mettent dans la poche. Juste pour que ce soit très concret pour tout ceux qui ne connaissent pas.
Prévisionnellement, au bout d'un an d'exercice, j'ai 104 000 euros de chiffre d'affaire (+27 000€ d'apport) ? Cool, vous me direz. Sauf que j'ai 130 000€ de charge. Résultat des courses, il me reste 1000€ de bénéfice à la fin de l'année, je peux toujours me faire de la soupe à l'eau avec des croutons de pain (sous les ponts, bien sur).
J'ai un peu plus la deuxième année, et je peux me rémunérer faiblement la troisième année.

Au final, un éditeur moyen ne doit pas se mettre plus que la TVA dans sa poche, et encore (dites-moi si je me trompe).

Après, si l'éditeur augmente ses prix, ça peut-être pour plusieurs choses :
- faire plus de publicité
- faire plus de publication
- rembourser un prêt (souvent pour les petits éditeurs, encore plus souvent pour les nouveaux)
- Rembourser une mauvaise vente
- embaucher du personnel (embaucher, c'est bien mais ça coût la peau du derrière pour les petits!)
- ...

Juste déterminer comme ça qu'un éditeur met son prix trop haut, je ne trouve pas ça visionnaire. Avant de juger, il faut déjà connaître. Mais on est là pour apprendre Wink (je dis beaucoup de conneries moi aussi)

Donc, ne pas faire flamber le logo de l'éditeur en place publique si le prix d'un livre ne vous revient pas. C'est mal ^^ L'éditeur sait très bien ce qu'il fait. Ce marché étant l'un des plus dur au monde, économiquement, on n'y va pas QUE pour faire du fric (il y en a quand même besoin, les RMIstes ne me contrediront pas), mais surtout par passion.

Il y a des prix trop élevés, je veux bien le reconnaître (tout les éditeurs ne sont pas sincères dans l'établissement des prix de leurs livres), mais attention à ne pas mettre tout le monde dans le même panier. On a souvent tendance à remarquer le pire dans quelque chose, et vouloir y mettre tout le monde.

Mais j'ai une proposition pour faire baisser le prix du livre :
- Enlever les enfants de l'imprimeur et les rendre contre l'impression des livres.
- Menacer le distributeur de mettre le feu à tout son stock quand il dormira s'il ne fait pas sa distribution gratuitement.
^^
Alors ? ^^

Si on baisse le prix du livre comme le veulent les lecteurs :
1 - les auteurs pointent au chômage (en fait, c'est déjà le cas car ils ne vivent pas de leur plume pour la plupart)
2 - les petits éditeurs meurent (ceux qui permettent la diversité culturelle)
3 - les petites librairies meurent (celles qui proposaient de vrais conseils et un connaisseur dans le domaine)
4 - on lit des livres "formatés" à la demande du public, plus d'originalité ou de littérature régionale ou alternative.


Au début, la modification de la loi Lang partait des deux ans de prix fixes à 6 mois. Dans une telle situation, qu'est-ce qui empêchera le libraire de dire "moi, petit libraire, je te prends ton livre très culturel mais pas "vendeur" à toi, petit éditeur, mais que dans 6 mois et uniquement à 50%, parce que faut pas exagérer, il est à 55% sur truc.com et à 51% chez Mégarfour, donc si je veux survivre, je dois faire mieux, même si ça doit te plomber" ?

Les libraires n'auront pas le choix, les éditeurs non plus, ce sera inéluctable. Et vous connaissez tous la suite : mort de l'éditeur, mort du libraire, mort du circuit. Je ne parle pas de l'auteur, car on éditera plus d'auteur, faut pas déconner. Uniquement de la traduction de textes TRES connus à l'étranger, des valeurs sûrs. Notre culture ? Mais c'est quoi ce mot. Avant de penser culture, faut déjà penser fric. Je ne vous fait pas la suite, hein ?

Après tout, comme notre cher président l'a dit : "Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n'a pas forcément à payer vos études"


Je crois qu'ici tout est dit...
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