Un entretien autour de Charles Duits

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Le fils de Charles Duits, Emmanuel-Juste Duits, a contacté Anudar, l'auteur de La Grande Bibliothèque afin de discuter du travail de son père et surtout de deux de ses livres, Ptah Hotep et Nefer. 

Extrait : 

Citation:
Anudar : Vous êtes le fils de Charles Duits, auteur de Ptah Hotep et de Nefer, deux romans de fiction se déroulant dans des univers mêlés de mysticisme et d'Antiquité. J'aimerais, au début de cet entretien, essayer d'en savoir plus sur l'homme, derrière l'auteur. Auriez-vous des souvenirs de lui à partager remontant à l'époque de l'écriture de Ptah Hotep et de Nefer ? 

Emmanuel-Juste Duits : J'ai des souvenirs mais plutôt des années 80-90 (Ptah Hotep a été écrit au début des années 70). 
En ce qui concerne Ptah Hotep, il a commencé par faire des rêves, plusieurs nuits d'affilée, sur l'univers où l'histoire se déroule. Après cette série de rêves, les personnages du récit lui sont apparus dans une sorte de vision, et se sont adressés à lui : "Nous voudrions que tu nous fasses exister..." Sous l'inspiration de ces rêves, il a écrit le récit en quelques semaines. Il a voulu créer un style Antique, inspiré des grands récits hindous, de la Bible aussi ; ce style particulier, répétitif, n'est pas du tout le même style que dans ses autres ouvrages, qui se veulent au contraire classiques et surtout limpides (à part les recueils poétiques). On ne peut juger son oeuvre entière à l'aune de ces deux ouvrages ; souvent, les lecteurs de Ptah Hotep et Nefer ignorent ses textes sur le peyotl, et réciproquement... De même pour les lecteurs de ses souvenirs sur Breton et le surréalisme. Son oeuvre est comme compartimentée en au moins trois facettes (fantasy-psychédélisme-littérature, histoire du surréalisme), ce qui le rend assez difficilement repérable. 
En lisant Ptah Hotep, j'ai ressenti de nombreuses expériences de sa vie, transposées dans le monde aux Deux Lunes. Il a dû quitter la France en 1939, sur le dernier bateau en partance pour les USA, avec sa mère américaine et son père Juif hollandais ; le bateau était bondé d'exilés, et quoiqu'ayant 13 ans, mon père savait que l'Europe sombrait ; il a dû décrire dans le départ de Ptah Hotep, cette traversée, les sentiments de l'exil. Un exil incertain, peut-être sans retour... 
Cet événement de la Guerre, ce départ pour les USA, lui ont fait penser que la civilisation occidentale était profondément mortifère ; il avait été très impressionné par ses premiers maîtres, les instituteurs français de l'époque, il avait éprouvé ses premières émotions poétiques et littéraires dès 12-13 ans et aimait beaucoup la culture française ; puis il découvrait que la France s'effondrait en quelques jours, vaincue par la barbarie absolue. Il voyait aussi le pays réputé par sa culture, l'Allemagne, se donner à Hitler. Tout n'était que mensonge. 
Il me faisait souvent part de sa vision de l'être humain : l'homme n'est pas normal, il est profondément malade. Mon père a toujours voulu trouver une réponse à cette question : comment sortir de cette maladie mentale généralisée ? 
Il a attribué au nihilisme la Seconde guerre mondiale. "Si Dieu est mort, tout est permis!" disait Dostoievski. Je pense qu'aux yeux de mon père, soit on est nihiliste (le nazisme est l'ultime conséquence de cette perte de Dieu, il exprime la quintessence du nihilisme), soit on est croyant (enraciné dans une expérience personnelle et vivante de sa foi, et non croyant en des formules vides et répétées - il opposait religion et mysticisme). Il pensait que le monde occidental était voué à sa destruction s'il ne surmonte pas le nihilisme, et que les gens qui n'ont plus de foi se mentent à eux-mêmes s'ils ne sombrent pas dans le désespoir absolu devant "l'horreur de la situation". Mais cette vision radicale des choses vient en grande partie de la Seconde Guerre, où il a appris qu'une partie de la famille paternelle a été tuée en Camp.


Pour lire l'entretien dans son intégralité, c'est sur le blog de La Grande Bibliothèque


(Source : Blog Lunes d'Encre)
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