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Florent
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Message par Florent » mar. avr. 08, 2008 5:55 pm

Mélanie a écrit :
Le vrai problème pour moi, si on veut traduire King, c'est qu'il a un style très particulier qui se situe à mi-chemin entre le langage oral et l'écriture littéraire. Et ça, c'est casse-gueule à rendre, parce qu'il n'en existe pas d'équivalent en français.
Céline ? :mrgreen:

Je pense aussi que, clairement, une grande partie de la réussite de King tient au fait que, pour faire court : ses livres se lisent facilement. Ce qui ne veut pas dire du tout qu'ils sont simplistes, ou qu'il n'a pas de style, mais il entretient une espèce de connivence avec ses lecteurs qui s'oppose au style des écrivains qui se regardent écrire.

Dans ses préfaces, ou dans Anatomie de l'Horreur, il pousse encore le bouchon plus loin et on a vraiment l'impression d'écouter un pote, ou de lire le texte de "quelqu'un qu'on connaît". Ca demande énormément d'humilité pour un écrivain d'utiliser un style pareil. Pourquoi ? Parce que les idiots en déduisent qu'il utilise ce style "parce qu'il ne sait pas écrire", alors qu'en réalité c'est peut-être ce qu'il y de plus dur à faire que "d'écrire simplement".
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Mélanie
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Message par Mélanie » mar. avr. 08, 2008 6:00 pm

Bull a écrit :Est-ce que tu penses que "percer" dans le monde de l'Imaginaire aujourd'hui en France est toujours aussi dur pour un écrivain français, ou que la situation "s'améliore" ?
Par "percer", tu veux dire atteindre de bons chiffres de ventes et pouvoir gagner sa vie avec l'écriture, ou réussir à publier ? Pour ce qui est des ventes, je ne peux parler que de la période qui va de 2000 à aujourd'hui. Quand je suis arrivée dans ce milieu, la situation n'était déjà pas géniale et je ne crois pas qu'elle ait évolué avec le temps. J'entends dire que ça a même plutôt empiré depuis quelques années, mais je n'ai pas de chiffres concrets. Même les auteurs qui font des ventes correctes sont loin de gagner des fortunes.

Pour ce qui est de publier, notamment pour des auteurs débutants, j'ai vu des périodes où c'était plus ou moins facile, mais ça reste constant, grosso modo. Je regrette la disparition de certains supports pour les nouvelles, surtout Emblèmes, chez l'Oxymore, qui était un sacré vivier d'auteurs débutants et dont je ne vois pas l'équivalent actuellement. D'autres supports sont apparus depuis mais n'occupent pas le même créneau. J'ai vu disparaître aussi les supports consacrés au fantastique - là, pour le coup, il y a vraiment un manque à ce niveau. J'ai eu la chance de réussir à publier du fantastique malgré tout, en me glissant entre les mailles du filet, mais ce n'est une période très encourageante pour les auteurs qui choisissent ce genre.

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Message par Bull » mar. avr. 08, 2008 6:08 pm

Merci.

Difficile dans ces conditions de conseiller à ses enfants de se lancer dans la littérature de manière professionnelle.

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Message par Mélanie » mar. avr. 08, 2008 6:08 pm

Florent a écrit :Céline ? :mrgreen:
Tu vas rire, je n'ai toujours pas lu Céline. Je rectifie : je ne dis pas qu'il n'existe pas d'équivalent, mais plutôt que le genre de voix qu'emploie King est un procédé qui passe très facilement en anglais, mais nettement moins en français. Donc, c'est casse-gueule à traduire.
Je pense aussi que, clairement, une grande partie de la réussite de King tient au fait que, pour faire court : ses livres se lisent facilement. Ce qui ne veut pas dire du tout qu'ils sont simplistes, ou qu'il n'a pas de style, mais il entretient une espèce de connivence avec ses lecteurs qui s'oppose au style des écrivains qui se regardent écrire.

Dans ses préfaces, ou dans Anatomie de l'Horreur, il pousse encore le bouchon plus loin et on a vraiment l'impression d'écouter un pote, ou de lire le texte de "quelqu'un qu'on connaît". Ca demande énormément d'humilité pour un écrivain d'utiliser un style pareil. Pourquoi ? Parce que les idiots en déduisent qu'il utilise ce style "parce qu'il ne sait pas écrire", alors qu'en réalité c'est peut-être ce qu'il y de plus dur à faire que "d'écrire simplement".
Il n'écrit pas si simplement que ça, King, en réalité : quand je lisais Histoire de Lisey en VO l'an dernier, je m'arrêtais régulièrement sur des tournures et des expressions tellement je les trouvais brillantes. Pour moi, c'est vraiment un styliste. C'est peut-être justement la simplicité dont tu parles qui le fait oublier. J'adore moi aussi cette impression de connivence avec le lecteur. Ecriture , notamment, m'avait touchée par son humilité.

En lisant ton message, je me faisais la réflexion que ce qui fait le succès de King, c'est peut-être aussi la coexistence de différents niveaux de lecture. Ado, tu focalises sur le côté horreur/divertissement/suspense. Adulte, tu découvres une profondeur qui t'avait échappé au départ. J'en reviens toujours à Misery mais c'est juste le plus beau livre que j'aie jamais lu sur le processus d'écriture, et celui qui le montre à l'oeuvre avec la plus grande justesse. On le résume souvent à un simple roman d'horreur sur un écrivain prisonnier d'une de ses fans, mais il y a une richesse incroyable derrière.

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Message par Mélanie » mar. avr. 08, 2008 6:10 pm

Bull a écrit :Difficile dans ces conditions de conseiller à ses enfants de se lancer dans la littérature de manière professionnelle.
Y a plus rentable. Beaucoup plus rentable.

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Message par Florent » mar. avr. 08, 2008 6:14 pm

Mélanie a écrit : En lisant ton message, je me faisais la réflexion que ce qui fait le succès de King, c'est peut-être aussi la coexistence de différents niveaux de lecture. Ado, tu focalises sur le côté horreur/divertissement/suspense. Adulte, tu découvres une profondeur qui t'avait échappé au départ. J'en reviens toujours à Misery mais c'est juste le plus beau livre que j'aie jamais lu sur le processus d'écriture, et celui qui le montre à l'oeuvre avec la plus grande justesse. On le résume souvent à un simple roman d'horreur sur un écrivain prisonnier d'une de ses fans, mais il y a une richesse incroyable derrière.

Et justement, et là on tombe dans une formidable mise en abyme : dans Ca, King relate pratiquement la même histoire en confrontant ses personnages à un monstre, sauf que dans un cas ils ont un point de vue d'enfants, et dans l'autre un point de vue d'adultes. Et là où King est génial c'est qu'il fait progresser son intrigue en situant un chapitre dans le passé (l'enfance) et un dans le présent (l'âge adulte) sans jamais faire capoter la progression de son histoire, jusqu'à finalement faire fusionner passé et présent.

Et là où ça rejoint ce que tu dis, c'est que d'une simple histoire de monstre à tête de clown confronté à des enfants on comprend tout ce qu'il y a derrière tout ça (perte d'innocence, rituel du passage au stade adulte, désillusions, etc.).

Voilà, s'il y a 3 textes de King à lire : Ca, Misery et Un Elève Doué. Et là j'arrête de parler de King parce que le sujet porte sur toi, au départ.
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Message par Mélanie » mar. avr. 08, 2008 6:20 pm

Florent a écrit :Et justement, et là on tombe dans une formidable mise en abyme : dans Ca, King relate pratiquement la même histoire en confrontant ses personnages à un monstre, sauf que dans un cas ils ont un point de vue d'enfant, et dans l'autre un point de vue d'adultes. Et là où il est génial c'est qu'il fait progresser sont intrigue en situant un chapitre dans le passé (l'enfance) et un dans le présent (l'âge adulte) sans jamais faire capoter la progression de son histoire, jusqu'à finalement faire fusionner passé et présent.
Oui, le bouquin m'avait pas mal marquée, ado, pour les mêmes raisons. J'hésite à le relire par peur d'être déçue mais il faudrait que je m'y attaque un de ces jours.

Sinon, tu m'as posé une colle avec cette histoire de style oral/littéraire, j'ai du mal à expliquer en quoi ce que fait King ne peut pas fonctionner de la même façon en français . Parce que de fait, comme tu le soulignes, des auteurs français ont recours au mélange langage oral/style littéraire. Je n'ai pas lu Céline, donc, mais je pensais à Virginie Despentes. Je sais que pas mal de gens n'aiment pas ses bouquins mais pour ma part, je suis admirative. Elle a une liberté de style que je lui envie. Et j'avais été vraiment touchée et impressionnée par Les jolies choses.
Modifié en dernier par Mélanie le mar. avr. 08, 2008 6:29 pm, modifié 1 fois.

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Message par Florent » mar. avr. 08, 2008 6:28 pm

Disons qu'en France, on a une tradition littéraire de l'écrivain qui pond des phrases de 5 lignes bourrées de synonymes jamais entendus. C'est un peu ce que j'appelerais le complexe Victor Hugo, mais n'est pas Hugo qui veut. Ce qui est curieux d'ailleurs, c'est qu'on retrouve ça même en SF, qui pourtant est censé être un genre populaire moins "guindé". Et en héroïc fantasy également, qui pousse la sophistication du style dans ses derniers retranchements.

Bizarrement, ce style simple et proche du lecteur, en France, je pense qu'on le trouve le plus souvent dans les thrillers. Je viens de lire Les Rivières Pourpres, qui est très bien écrit, sans que Grangé n'en fasse jamais trop. Pas de descriptions sur 3 pages, une intrigue qui avance... Là on n'est plus dans le style oral dont tu parles, mais plus dans le registre "direct et efficace".

Finalement, en France, celui qui s'approche le plus de ce style dont tu parles, et bizarrement, c'est aussi l'écrivain français le plus lu, comme quoi il n'y a pas de hasard, c'est Michel Houellebecq. Cette façon d'écrire d'une façon populaire, comme on parle, sans essayer d'étaler tout son savoir-faire stylistique, on trouve exactement ça dans Extension du Domaine de la Lutte, qui est un excellent livre.


Un extrait de Céline pour la peine :

Et puisqu’on est dans les secrets je vais encore vous en dire un autre… abominable alors horrible !… vraiment absolument funeste… que j’aime mieux le partager tout de suite !… et qui m’a tout faussé la vie…

Faut que je vous avoue mon grand-père, Auguste Destouches par son nom, qu’en faisait lui de la rhétorique, qu’était même professeur pour ça au lycée du Havre et brillant vers 1855.

C’est dire que je me méfie atroce ! Si j’ai l’inclination innée !

Je possède tous ses écrits de grand-père, ses liasses, ses brouillons, des pleins tiroirs ! Ah ! redoutables ! Il faisait les discours du Préfet, je vous assure dans un sacré style ! Si il l’avait l’adjectif sûr ! s’il la piquait bien la fleurette ! Jamais un faux pas ! Mousse et pampre ! Fils des Gracques ! la Sentence et tout ! En vers comme en prose ! Il remportait toutes les médailles de l’Académie Française.

Je les conserve avec émotion.
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Message par Eric » mar. avr. 08, 2008 10:38 pm

Et pour en revenir à l'écriture, qu'est-ce qui stimule ton imagination d'écrivain ?
"Ueeuuggthhhg", laissa échapper Caity. Ce qui aurait pu vouloir dire n’importe quoi.

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Message par Mélanie » mar. avr. 08, 2008 10:56 pm

Eric a écrit :Et pour en revenir à l'écriture, qu'est-ce qui stimule ton imagination d'écrivain ?
Je fonctionne plus souvent par déclics (une image ou un personnage qui m'intrigue, je creuse autour) que par envie de traiter d'un thème particulier. Les déclics en question peuvent venir de pas mal de choses, mais le plus souvent, c'est en écoutant de la musique ou en regardant des films. Une ambiance, une phrase qui retient mon attention dans une chanson et dont je cherche le sens, je commence à construire autour... Après, il peut y avoir l'envie de mettre en scène un décor particulier (une aire d'autoroute, une salle de concert) ou quelque chose que j'ai vécu et que j'ai envie de partager (l'expérience du tatouage, ma visite de La Nouvelle-Orléans après le passage de l'ouragan). Mais tant que je n'ai pas eu les déclics dont je parlais, je ne peux rien faire. Il faut que j'aie une vision suffisamment nette des personnages, du décor ou de certaines scènes pour avoir envie d'en savoir plus. C'est vraiment très visuel à ce stade - pour les personnages, ça passe souvent par leur apparence physique, leur façon de s'habiller par exemple.

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Message par jlavadou » mar. avr. 08, 2008 11:00 pm

On parlait dans un autre fil d'écriture à quatre mains. Est-ce que l'expérience te tente ? Ou bien l'écriture est pour toi un processus intimement personnel ?

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Message par Mélanie » mar. avr. 08, 2008 11:17 pm

jlavadou a écrit :On parlait dans un autre fil d'écriture à quatre mains. Est-ce que l'expérience te tente ? Ou bien l'écriture est pour toi un processus intimement personnel ?
Je ne suis pas très partageuse en la matière. J'ai tendance à m'accrocher à mes personnages, mes images, mes phrases... Donc je ne sais pas si j'arriverais à me plier à l'univers ou à l'éciture de quelqu'un d'autre. Sauf s'il y avait une répartition nette des tâches. Par exemple, l'un des auteurs conçoit l'histoire, l'autre la rédige. Ou alors on trouve une astuce pour se répartir la rédaction (j'ai entendu parler de textes épistolaires où chaque auteur s'attribue un personnage différent par exemple). Si ça se trouve, ce serait plus facile et plus marrant que je l'imagine. Ce qui me ferait horreur par contre, ce serait de devoir partager la rédaction. Je prends trop de plaisir à façonner les phrases et j'ai l'impression qu'écrire à quatre mains, de ce point de vue, doit inhiber l'écriture au lieu de l'enrichir. Enfin je dis ça, mais je n'en sais rien. Je me suis retrouvée impliquée brièvement dans un projet d'écriture à plusieurs qui n'a pas abouti, c'était amusant mais je sentais bien que ce n'était pas mon truc. Je me suis aperçu que je me sentais parfaitement incapable de mettre en scène et de faire parler un personnage imaginé par quelqu'un d'autre. C'est vraiment trop personnel.

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Message par jerome » mer. avr. 09, 2008 6:15 am

Mélanie a écrit :
Eric a écrit :Et pour en revenir à l'écriture, qu'est-ce qui stimule ton imagination d'écrivain ?
Je fonctionne plus souvent par déclics (une image ou un personnage qui m'intrigue, je creuse autour) que par envie de traiter d'un thème particulier. Les déclics en question peuvent venir de pas mal de choses, mais le plus souvent, c'est en écoutant de la musique ou en regardant des films. Une ambiance, une phrase qui retient mon attention dans une chanson et dont je cherche le sens, je commence à construire autour... Après, il peut y avoir l'envie de mettre en scène un décor particulier (une aire d'autoroute, une salle de concert) ou quelque chose que j'ai vécu et que j'ai envie de partager (l'expérience du tatouage, ma visite de La Nouvelle-Orléans après le passage de l'ouragan). Mais tant que je n'ai pas eu les déclics dont je parlais, je ne peux rien faire. Il faut que j'aie une vision suffisamment nette des personnages, du décor ou de certaines scènes pour avoir envie d'en savoir plus. C'est vraiment très visuel à ce stade - pour les personnages, ça passe souvent par leur apparence physique, leur façon de s'habiller par exemple.
Et est-ce que tu as identifié le processus d'écriture ? Comment travailles-tu ?
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Message par Daylon » mer. avr. 09, 2008 7:34 am

Beaucoup d'auteurs rapportent (tu en parles toi même un peu plus tôt, il me semble, vis à vis des retours que tu as eu sur "Trois pépins...") leur "séparation" avec les textes, une fois écrits; qu'ils semblent animés d'une vie propre.

J'aurai voulu savoir: conserves-tu le même rapport quasi synesthésique avec tes textes, a posteriori (disons quelques mois, voir quelques années plus tard) ?
Vois-tu toujours les mêmes images et entends-tu les mêmes musiques ou évoluent-elles avec le temps ? (ou bien le cordon est-il coupé, tout ça)

Tes lecteurs te rapportent-ils régulièrement des musiques / des films / toute œuvre auxquels ils auraient pensé en te lisant ?

Allez bonus:
Penses-tu que ce rapport sensoriel soit aussi important à l'écriture qu'à la lecture ?
Qu'il soit important que les sensations soient les mêmes pour l'auteur et le lecteur ?


(c'est très redondant, comme post, mais j'ai du mal à m'éclaircir les idées, le matin)
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Message par Mélanie » mer. avr. 09, 2008 9:43 am

jerome a écrit :Et est-ce que tu as identifié le processus d'écriture ? Comment travailles-tu ?
Je ne sais pas trop ce que tu entends par "identifié". En réalité, le processus est simple et assez répétitif. Ça commence par cette histoire de déclic qui vient ou pas, ça peut s'étaler sur plusieurs jours à plusieurs mois selon les cas. Dès que ça commence à se préciser, des bouts de phrases commencent à me venir, à peu près n'importe quand dans la journée. Je les note pour ne pas les laisser filer. Bizarrement, je suis souvent plus créative en matière de phrases avant la rédaction proprement dite que pendant. La plupart du temps, c'est là que me viennent la première et la dernière phrase. Ensuite, je passe à la rédaction. La phase que j'aime le moins. Je fais du copier-coller des bouts de phrases en question, j'avance tant bien que mal, une phrase à la fois, je rame la plupart du temps et je suis soulagée d'arriver enfin au bout. Quand je travaille sur une nouvelle, je me bloque généralement deux ou trois jours pour m'y consacrer à fond. Ecrire après une journée de traduction, j'ai du mal. Les romans, ça s'est passé autrement, mais ma situation professionnelle n'était pas la même.

Une fois le premier jet terminé, je relis sur écran. Je me dis d'abord que j'ai foiré mon coup, ensuite que ce n'est finalement pas si mal... Puis je fais une relecture papier (ça, je vais souvent le faire dans des cafés, ça m'aide à me concentrer sur cette phase-là). C'est souvent là que j'ai la vision la plus claire du rythme des phrases et du texte en général. Je coupe tout ce qui alourdit le texte, je vire les maladresses, je reformule. Je remplace un mot de quatre syllabes par un de deux si j'ai l'impression que la phrase s'essouffle. Ce genre de choses. Ensuite, ça part chez mes beta-lecteurs. Je surveille mon courrier toutes les cinq minutes en attendant leur réponse. Ils me suggèrent des corrections dont je tiens compte, ou pas. Je relis encore plusieurs fois avec le recul pour affiner. Et puis soit le texte part chez la personne qui me l'a commandé, le cas échéant, soit je laisse reposer pour le reprendre plus tard.

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