Stéphane Beauverger online

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sTeF

Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 5:04 pm

fatmatiu a écrit :
Bonjour Stef,
inscription today sur le forum et premier message, rien que pour avoir le plaisir de te causer : youpi!
donc, alons-y:
1- Moi aussi, je suis un ancien de l'IUT de Journalisme de Bordeaux (merci pour la sympathique dédicace, via S.Nochet...), et histoire de tresser encore des lauriers à notre cher prof Pierre Christin je replace cette définition magnifique qu'il m'avait donné de la Science-Fiction: C'est la mise en surchauffe du réel.
Que penses-tu de cette formule?
Qui suis-je pour contredire Pierrot ? :D
La définition me paraît tout à fait valable. Je la mettrai bien en parallèle avec celle d'Elisabeth Vonarburg (cité par Roland - encore lui !) récemment sur ce forum : la SF c'est "l'application obstinée de l'hyperrationalité au totalement implausible". Je crois que c'est Spinrad qui avait dit aussi à peu près (et nous glissons là vers la dimension comique à laquelle tu faisais référence) : "Un livre est de la SF quand c'est écrit dessus par l'éditeur."

J'en avais entendu une autre qui m'avait beaucoup plu, mais qui hélas m'échappe totalement, là, qui fait la différence entre la fantasy, le fantastique et la SF, par rapport à la manière dont un quidam réagit quand il entend son chat parler... Si quelqu'un s'en souvient, je suis preneur.

Bref, j'ai l'impression qu'il y a autant de définitions de la SF qu'il y a d'exégètes et de spécialistes du genre, mais l'impression d'ensemble, c'est quand même qu'il s'agit d'abord, quelque part, de donner un p'tit coup d'accélérateur ou de trajectoire elliptique au réel. On a un peu l'impression qu'il faut avoir les doigts pleins de cambouis à force de tripatouiller le moteur de la Réalité :-)
2- Autre question: peux-tu nous expliquer le processus créatif lié à l'usage de l'image dans les éditions originales de tes bouquins à La Volte (je ne parle que de la Trilogie, je n'ai pas encore le nouveau) : le choix de graphistes aux univers visuels très fort, l'emplacement de ces créations graphiques, la mise en page, etc: comment cela s'est-il passé? Tu as eu (j'imagine) ton mot à dire? Et quand tu écris, est-ce que tu "vois" déjà l'objet livre terminé?
En fait, l'idée de La Volte, dans sa démarche consistant à associer un texte et un autre support d'expression (illustration, musique, etc) c'est de nourrir une création à partir d'une autre, mais pas de la subordonner. Le résultat doit être complémentaire. En tout cas, c'est comme ça que je le perçois.
Dans le cadre du travail d'illustration de Corinne Billon sur Chromozone, par exemple, je lui ai fourni à sa demande une liste de mots clefs par chapitre pour lui préciser le cadre. Elle avait carte blanche, avec seulement deux contraintes liées à la mise en page et à la direction artistique du projet :
1 - le titre du chapitre concerné devait être présent, même seulement sous forme de rappel, dans l'illustration.
2 - l'image devait être lisible en noir et blanc (pas question de les imprimer en couleur).
(Tiens, j'en profite pour insérer un petit lien pour voir les originaux en couleurs sur son site : Corbillart.)

Pour [Les Noctivores et La Cité nymphale, il a été décidé d'illustrer seulement les courts chapitres faisant office de fil rouge : les incursions dans l'univers virtuelo-phéromonique du Non-Monde (et après, on doute encore que la SF consiste à mettre le réel en surchauffe ? ^^) dans le cas des Noctivores, et la progression du tueur dans La Cité Nymphale.
Pour ce qui du rapport à la maquette et à la mise en page, je suis navré de ne pas pouvoir te répondre davantage, mais ce n'est pas mon domaine et je n'ai pas vraiment les compétences pour parler à la place de la personne concernée.
3- Et enfin: peux-tu nous parler de la place que tu accordes à l'humour, dans la science-fiction? (ca c'est exprès parce que ma question est juste en dessous de Roland Wagner et que son LGM m'a fait presque littéralement pisser de rire tellement c'était drôle...)
J'aime à croire que j'écris des romans non dénué d'un certain humour, en tout cas, non sans un ricanement triste ou désabusé. "L'humour est la politesse du désespoir" dit le poète. Je ne crois pas avoir déjà écrit un texte "drôle" (du moins, pas volontairement * glups * ). Ca viendra peut-être mais, comme je l'ai écrit plus haut, ça me semble être un exercice très difficile, à peine moins difficile que d'écrire une scène de cul. :wink:
Pour autant, j'adore lire des choses drôles. Desproges est un monument, il me semble, dans le genre. "Le cintre est un loup pour l'homme" ==> moi, juste, je me plie en deux :lol:
En SF, J'ai trouvé chez Varley des passages que j'ai trouvé très drôle... Une nouvelle qui s'appelle "Le texte non traité", me fait marrer à chaque fois que je la lis. Peut-être parce qu'elle parle et se moque de l'Ecrivain et de sa posture.

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jlavadou
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Message par jlavadou » mer. avr. 01, 2009 6:50 pm

Salut Stéphane,

bon, j'avais une question super compliquée à te poser, mais comme je ne sais pas moi-même où je veux en venir, je vais m'abstenir ;) (en fait il s'agissait plus d'une réflexion qu'une question, et n'a donc pas sa place ici).

En revanche, en voici une qui, si je ne m'abuse, n'a pas été posée : pourrais-tu nous parler de ton expérience dans la BD avec tes deux premières séries, Nécrolympia et Quartier M, qui n'ont malheureusement pas marché ? (Je vois que ce n'est pas un frein puisque tu en prépares une autre, tant mieux :) ) Comment travailles-tu avec le dessinateur, dans ce cas-là ?


Sinon, pour revenir au Stalker des Strougatski, le rapprochement que je faisais concernait les maravillas et les objets que trouvent les stalker dans la Zone. Dans ce roman, un phénomène a créé une zone aux propriétés étranges, dangereuse voire mortelle, dans laquelle des "stalker" (qu'on peut rapprocher de chercheurs d'or dans l'esprit) pénètrent pour récupérer des objets inconnus de grande valeur. Je trouvais l'obsession de Villon semblable à la leur, mais ça fait longtemps que j'ai lu le roman et peut-être le rapprochement n'est-il pas pertinent...

sTeF

Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 8:02 pm

jlavadou a écrit :Salut Stéphane,

bon, j'avais une question super compliquée à te poser, mais comme je ne sais pas moi-même où je veux en venir, je vais m'abstenir ;) (en fait il s'agissait plus d'une réflexion qu'une question, et n'a donc pas sa place ici).
Bah écoute, essaie toujours, et puis même si c'est une remarque plus qu'une question, ça peut valoir aussi le coup de la partager (et puis, depuis lundi soir, je te dois une question ^^)
En revanche, en voici une qui, si je ne m'abuse, n'a pas été posée : pourrais-tu nous parler de ton expérience dans la BD avec tes deux premières séries, Nécrolympia et Quartier M, qui n'ont malheureusement pas marché ? (Je vois que ce n'est pas un frein puisque tu en prépares une autre, tant mieux :) ) Comment travailles-tu avec le dessinateur, dans ce cas-là ?
C'est pas tant qu'elles n'ont pas marché, mais plutôt qu'elles n'ont pas suffisamment marché pour publier les suites. Et surtout, dans le cas de Nécrolympia, la maison d'édition a mis la clef sous la porte (su moins pour ce qui est de sa publication en format franco-belge).Ca change rien en terme d'échec, ni à la déception, mais je me permets de souligner cette nuance. :D

En tant que scénariste, je travaille en adaptant ma partie du travail à chaque dessinateur avec lequel je collabore (j'ai bossé sur plusieurs projets qui n'ont pas abouti). Certains dessinateurs veulent se sentir très cadrés : découpage de chaque planche case par case avec description précise du contenu, voire indication des cadrages. C'est généralement comme ça que je procède. Mais il m'est arrivé aussi, sur un projet qui n'a pas abouti (un Conan à l'européenne, j'enrage que ça soit tombé à l'eau, grrrrr), de travailler avec un garçon qui avait besoin d'être maître de sa feuille blanche : je lui donnais seulement les éléments essentiels et nécessaires à l'action, et il composait un "rough" de la dynamique et la narration de sa planche à sa convenance, je vérifiais que sa proposition incluait tous les éléments nécessaires à la narration, et il passait à la réalisation.

Sur l'album "Nécrolympia", je travaillais avec un dessinateur parisien (Marc Jailloux), donc on se voyait très régulièrement. Sur "Quartier M", le dessinateur Benjo habitant à Lyon, on travaillait par mail interposé, et on se voyait une fois par trimestre à peu près.

Voilà, si tu as besoin d'autres précisions, hésite pô à demander.
et /thks pour les précisions sur "Stalker"

sTeF

Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 8:48 pm

Hop, petite pause miam !

Mais je vous laisse en l'excellente compagnie de l'élégant Daniel Melingo, le "Tom Waits argentin" (dépressifs s'abstenir :wink: ), toujours issue de la play-list du capitaine Villon.

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gutboy
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Message par gutboy » mer. avr. 01, 2009 9:03 pm

sTeF a écrit :Hop, petite pause miam !
Tu parles, il est parti à la messe sur TF1 oui!

Et la Fantasy? Hein, la Fantasy? Les jolies princesses à moitié nues, les méchants Dragons et les beaux chevaliers avec leur grosse épée dressée vers ciel pour les pourfendre? Jamais été tenté d'écrire de la Fantasy? C'est pourtant bien la Fantasy.
Listen now. Whoever you are, with these eyes of yours that move themselves along this line of text; whoever, wherever, whenever. If you can read this sentence, this one fragile sentence, it means you're alive. (Jeff Noon - Falling out of cars)

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Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 9:46 pm

gutboy a écrit :
sTeF a écrit :Hop, petite pause miam !
Tu parles, il est parti à la messe sur TF1 oui!
Et moi comme un con, je passe sur TF1 : "hein ? y'a une messe ?"
Aaaaaah, okaaaaaay, du foutchaboll ! :roll:
Et la Fantasy? Hein, la Fantasy? Les jolies princesses à moitié nues, les méchants Dragons et les beaux chevaliers avec leur grosse épée dressée vers ciel pour les pourfendre? Jamais été tenté d'écrire de la Fantasy? C'est pourtant bien la Fantasy.


Pourquoi pas ? J'ai rien contre. J'en ai même beaucoup consommé dans ma folle jeunesse rôliste. Et puis, via les MMO, aussi, de toute façon, y'a presque que ça, en MMO, de la Fantasy (à part Neocron, snif ! Qu'est-ce que c'était bien, ça, Neocron !) Mais j'admets que je n'en lis plus du tout, à part un truc très bien que j'ai lu y'a deux ans, Aquaforte de K.J. Bishop. Et Pratchett. Ca compte comme de la fantasy, Pratchett, non ?

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Message par systar » mer. avr. 01, 2009 10:13 pm

Je ne sais plus si on t'a posé la question (à laquelle tu as déjà un peu répondu: Melville, A. Cohen, etc.), mais: quels sont les romans qui t'ont marqué/formé, qui t'ont durablement influencé, à titre personnel? (hors SF, genre pour lequel tu as déjà répondu)
Même question pour les essais: philo, socio, histoire...
Y a-t-il des styles de pensée, d'appréhension du monde, en lesquels tu t'es reconnu?

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jlavadou
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Message par jlavadou » mer. avr. 01, 2009 10:14 pm

sTeF a écrit :Bah écoute, essaie toujours, et puis même si c'est une remarque plus qu'une question, ça peut valoir aussi le coup de la partager (et puis, depuis lundi soir, je te dois une question ^^)
Bon, je me lance... Une phrase de Villon m'a marqué. Alors qu'il vient d'assister à la pulvérisation des navires espagnols par le navire de métal "fantôme", il repêche les rescapés et dit ceci : "Personne ne mérite de mourir noyé s'il a survécu à ça". On sent derrière une horreur contenue, une crainte presque religieuse devant ce phénomène inimaginable pour lui.

Je pense qu'à notre époque, un tel phénomène soulèverait autant d'horreur (quant au pourquoi) mais nettement moins de surprise quant à sa nature (le comment). La faute à tout ce qu'on peut voir aux infos, bien sûr, mais aussi, il me semble à la SF qui, à travers les images qu'elle véhicule dans l'inconscient collectif, se pose en "vulgarisateur de l'impossible" (par exemple, si les ET débarquent, on se planquera tous sous terre mais on ne sera pas si étonnés que ça).

Voilà, je voulais avoir ton avis là-dessus, sur cette fonction-là de la SF, mais tu as le droit de dire "aucun", "ça m'en touche une sans bouger l'autre" et même "ça veut rien dire, va plutôt dormir" :)
C'est pas tant qu'elles n'ont pas marché, mais plutôt qu'elles n'ont pas suffisamment marché pour publier les suites.
C'était bien évidemment ce que je voulais dire :)

Allez hop, une autre question et je vais me coucher : tu parles de Villon comme un personnage bien différent de toi (vous n'aimez pas les mêmes musiques, par exemple). Mais tu as également dit qu'écrire une histoire de pirates était un rêve d'enfant. Ne t'es-tu pas dit en écrivant le livre : "j'aimerais bien être à sa place" ? En quoi te ressemble-t-il ?

Merci et bonne nuit !

sTeF

Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 11:09 pm

systar a écrit :Je ne sais plus si on t'a posé la question (à laquelle tu as déjà un peu répondu: Melville, A. Cohen, etc.), mais: quels sont les romans qui t'ont marqué/formé, qui t'ont durablement influencé, à titre personnel? (hors SF, genre pour lequel tu as déjà répondu)
La liste sera vite faite, le temps d'aller jeter un œil à la bibliothèque :
- Bukowski - tout ce que j'ai lu
- Kawabata - tout ce que j'ai lu
- Italo Calvino - tout ce que j''ai lu
- Shakespeare - tout ce que j'ai lu
- Hugo - La légende des siècles (pas un roman, mais ça le fait)
- Sade - La philosophie dans le boudoir
- Milorad Pavic, paysage peint avec du thé
- Albert Cohen, Belle du Seigneur
- Yourcenar, Mémoires d'Adrien

Et plein d'autres, bien sûr, mais ceux-là m'ont tous marqué plus durablement.
Même question pour les essais: philo, socio, histoire...
- Françoise Morvan, "Le monde comme si - nationalisme et dérive identitaire en Bretagne", qui m'a fait regarder d'un autre regard nettement moins indulgent l'engouement "folklo-territorialo-bretonnant" de ma chère Bretagne.
- Bourdieu, "la domination masculine"
- Derrida, "Foi et Savoir" et "Le siècle et le pardon"
- Noam Chomsky "Deux heures de lucidité"
Y a-t-il des styles de pensée, d'appréhension du monde, en lesquels tu t'es reconnu?
"Si la gauche est achetée par Moscou, la droite est à jeter par la fenêtre" (Coluche)
"Je n'entrerai jamais dans un club qui m'accepterait pour membre" (Groucho Marx)
"A part la droite, il n'y a rien au monde que je méprise autant que la gauche!" (Desproges)
"Pessimiste : optimiste avec de l'expérience" (Desproges)

Après ces plaisanteries faciles (mais pas tant que ça), j'apprécie énormément la discipline de pensée de Chomsky ("ne prenez rien pour argent comptant, pas même ce que je vous dis"), et sa répugnance à verser dans un alarmisme pessimiste tendance "tout est foutu" sans cesser de demeurer vigilant. L'espoir demeure.

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Message par systar » mer. avr. 01, 2009 11:23 pm

sTeF a écrit : - Derrida, "Foi et Savoir" et "Le siècle et le pardon"
Textes magnifiques, où l'on voit toute la puissance et la finesse du penseur et de l'écrivain se déployer.
Je me rappelle très bien la première fois où j'avais eu le plaisir de t'entendre citer spontanément le double bind derridien assez connu: il n'y a de nécessaire et de réel que l'impossible, appliqué au pardon.
Il y a des choses intéressantes qui sont dites, et là encore dans une langue admirable, dans le film D'ailleurs Derrida, de Safaa Fathy, dont le DVD a été (ré?)édité il n'y a pas longtemps (se trouve dans toutes les bonnes crèmeries philosopheuses...^^), cela devrait te plaire.

sTeF

Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 11:51 pm

jlavadou a écrit : Bon, je me lance... Une phrase de Villon m'a marqué. Alors qu'il vient d'assister à la pulvérisation des navires espagnols par le navire de métal "fantôme", il repêche les rescapés et dit ceci : "Personne ne mérite de mourir noyé s'il a survécu à ça". On sent derrière une horreur contenue, une crainte presque religieuse devant ce phénomène inimaginable pour lui.

Je pense qu'à notre époque, un tel phénomène soulèverait autant d'horreur (quant au pourquoi) mais nettement moins de surprise quant à sa nature (le comment). La faute à tout ce qu'on peut voir aux infos, bien sûr, mais aussi, il me semble à la SF qui, à travers les images qu'elle véhicule dans l'inconscient collectif, se pose en "vulgarisateur de l'impossible" (par exemple, si les ET débarquent, on se planquera tous sous terre mais on ne sera pas si étonnés que ça).

Voilà, je voulais avoir ton avis là-dessus, sur cette fonction-là de la SF, mais tu as le droit de dire "aucun", "ça m'en touche une sans bouger l'autre" et même "ça veut rien dire, va plutôt dormir" :)
Je ne sais pas du tout si nous serions moins superstitieux et plus blasés si nous étions confrontés, au XXIe siècle, à une catastrophe "inexplicable". Une fois le vernis craquelé, le primal revient vite à la surface. Pour avoir un peu travaillé sur la peur et ses mécanismes, il me semble que face à l'inexplicable, l'acceptation de l'impossible ou de l'irrationnel devient vite une sortie ou un refuge pour l'individu. Mais, et c'est peut-être là que tu veux en venir, nous vivons dans une société globalisée, sinon planétaire. Donc, peut-être que tu as raison sur ce point précis : autant à l'échelle individuelle, la plupart d'entre nous me paraissent capables de basculer dans l'acceptation de l'irrationnel comme un refuge pour canaliser sa peur (j'ai VU des types parfaitement sains d'esprits - et de nature rationnelle - basculer en quelques minutes dans une panique et une trouille qui les faisaient croire à la possibilité des spectres, parce que la mise en scène était soignée), autant une prise en charge par les médias de la gestion de la peur collective permettrait de garder un semblant de cohérence au corps social.
Dans les Watchmen (la BD), il me semble que le plan d'Ozimandias table sur cette stupéfaction primale, pour générer le choc capable de souder l'espèce.

Allez hop, une autre question et je vais me coucher : tu parles de Villon comme un personnage bien différent de toi (vous n'aimez pas les mêmes musiques, par exemple). Mais tu as également dit qu'écrire une histoire de pirates était un rêve d'enfant. Ne t'es-tu pas dit en écrivant le livre : "j'aimerais bien être à sa place" ? En quoi te ressemble-t-il ?

Merci et bonne nuit !
C'était une boutade, en fait, enfin, non plutôt, c'est basé sur le fait que j'ai d'abord sélectionné pour mes têtes de chapitres des paroles de chansons que j'aime moi, beaucoup, qui font partie de mon répertoire préféré, dont les lyrics m'ont toujours semblé magnifiques... Mais je suis allé à un concert de musique élisabéthaine, qui proposait un répertoire espagnol et anglais du XV et XVIe siècle, et j'ai entendu la musique de l'époque de Villon... Et je me suis rendu compte qu'en fait, Villon ne pouvait pas écouter et apprécier heu... Tool ou Reimstein... Ou du moins pas de manière spontanée... Donc j'ai revu ma copie, et j'ai refait une sélection de chansons qui me semblaient plus à même de lui plaire. C'est en ça que je dis que nous n'avons pas forcément les mêmes goûts. Je devais faire une sélection qui n'aille pas contre la cohérence du personnage et de mon histoire. Mais je crois quand même qu'il peut être sensible à un hymne cinglant comme Vengeance en raison de son refrain en forme de programme très simple : "I believe in justice ! I believe in vengeance ! I believe in getting the bastard" 8)

Quant à savoir quelle part de ma petite personne s'est glissée dans Villon, je ne saurais te dire. Je n'aurais pas aimé vivre sa vie, ça c'est sûr, je tiens trop à mes dents et j'aime pas le tafia :lol:
Si ça se trouve, je me préfère en Sévère, va savoir :roll:

Par contre, c'est une question que j'aimerais bien poser aux lecteurs, tiens, histoire de renvoyer le miroir : quel est votre personnage préféré du "Déchronologue" et pourquoi ? S'il y en a qui veulent répondre, le MP suffira.

Et sur ce, je vais décrocher aussi pour ce soir.
@ demain.

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Stéphane
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Message par Stéphane » jeu. avr. 02, 2009 8:24 am

Allez hop, j'entame les premières questions de la journée :

As-tu parfois le syndrome de la page blanche ?

Tu mets à contribution des béta-testeurs de tes romans. Quel est leur impact sur ton travail ? Leur avis t'influence-t-il vraiment ou t'en sers-tu seulement pour être sur de ne pas faire de la m**** ?

rmd
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Message par rmd » jeu. avr. 02, 2009 8:36 am

kikoo,

On a parlé un peu jeu video lundi, y'a-t-il une influence de ton expérience pro du jeu video sur ton écriture ? Au dela de la rigueur dans le scenario, peut-être sur la construction des personnages ou des décors ? Quand tu écris un roman, penses tu à son éventuelle adaptation à d'autres média ?
Après des années de cérémonie du Thé, il n’y a rien de meilleur que de vomir de la Bière.

sTeF

Message par sTeF » jeu. avr. 02, 2009 8:42 am

Hop, rebonjour tout le monde :D

* slurps de café * et un p'tit dub de l'Asian Foundation pour bien commencer la journée ! 8)

sTeF

Message par sTeF » jeu. avr. 02, 2009 9:23 am

As-tu parfois le syndrome de la page blanche ?
Ca ne m'est pas encore arrivé. Enfin, si, ça m'arrive régulièrement de me sentir en manque d'inspiration (y'a des matins, comme ça, ou tu fais objectivement de la merde), ou de sentir que "ça n'avance pas dans le bon sens", mais ça ne m'est jamais arrivé sur une longue période, genre un mois, un trimestre, une année, où y'a plus rien qui vient. C'est le sens que je donne au syndrome de la page blanche, le "blanc sur une longue période".

Quand ça m'arrive, j'ai essayé plusieurs méthodes pour me remettre sur les rails :
- me forcer à bosser quand même, des fois que ça se décante et se débloque ;
- faire mes factures (tiens, ça marche bien ça, sans doute par effet de répulsion);
- relire ce que j'ai déjà fait, et tenter de raccrocher les wagons.

Mais comme je travaille le scénario et la trame d'un roman en amont de la rédaction, ça me donne un cadre assez défini pour éviter de faire trop de roue libre, et donc de pouvoir progresser malgré tout, même si je sais qu'il faudra revenir en profondeur sur la forme et l'articulation du chapitre plus tard.
En général je me donne des objectifs journaliers en terme de "nombres de signes pondus". Mon quota moyen tourne autour de 30.000 par jour. En poussant un peu le moteur, j'atteins les 40.000 et quelques. Mais y'a des jours ou je ne dépasserai pas les 10.000...

J'ai remarqué aussi qu'en dépassant les 40.000, j'écris en apnée, et que je passe presque trop de temps après en corrections et améliorations de structure, de forme, de vocabulaire, etc, au point que ça en devienne contre productif.
Tu mets à contribution des béta-testeurs de tes romans. Quel est leur impact sur ton travail ? Leur avis t'influence-t-il vraiment ou t'en sers-tu seulement pour être sur de ne pas faire de la m**** ?
J'ai plusieurs niveaux de travail avec mes testeurs bêtas ^^
Je peux juste donner quelques chapitres, avec comme consignes de me donner des retour d'ordre général sur le ton, le rythme, l'envie d'en apprendre plus. C'est souvent en début de projet, quand j'en suis à chercher le "ton juste" du roman.
J'ai aussi quelques courageux volontaires qui veulent bien se cogner tout le manuscrit et me faire des retours plus en détail. Contresens, répétitions d'idées, etc.

Je ne prends pas tout forcément en compte. C'est aussi de ma responsabilité de "capitaine du navire" de trier dans ce qui me semble bien vu et ce qui me paraît être une mauvaise idée / un retour à côté de la plaque (ah, "the burden of command" cher aux militaires ^^)
Par exemple, un testeur m'a dit qu'il trouvait qu'il y avait trop de termes de marine et de navigation, et qu'il n'avait pas tout compris. Cette remarque n'allant pas dans le sens de ce que je voulais faire, je ne l'ai pas prises en compte. Un autre trouvait "gadget" de citer des paroles de chanson en début de chaque chapitre. J'ai passé outre.
Mais sur une scène clef qui mettait en scène Villon, une correctrice m'a fait remarquer que je prêtais au capitaine des propos qui ne collaient pas avec sa mentalité de battant. C'était parfaitement exact et une belle erreur de ma part.
J'ai également effectué une correction essentielle dans l'organisation des chapitres, après les commentaires d'un testeur : initialement, après l'introduction, le roman débutait directement avec l'engagement du 'Déchronologue' contre la flotte d'Alexandre. Finalement, j'ai replacé en début de l'histoire le chapitre I, et suivi en ce sens les avis de mes relecteurs. C'est un changement majeur de mon projet, et qui doit tout à mes beta testeurs.
Je pense qu'il ne faut pas être borné, ou "droit dans ses bottes" par rapport à son travail. Même quand ça fait un an ou plus que tu as décidé que c'est comme ça que ça allait se passer, et que dans ta tête et sur le papier, la forme que tu croyais définitive était présente de longue date, si une idée meilleure surgit, faut savoir se remettre en cause.

Verrouillé

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