Albina et les hommes-Chiens
( 1 )
de Alejandro Jodorowsky
aux éditions Métaillé ,
collection Suites
Genre : SF

Auteurs : Alejandro Jodorowsky
Date de parution : janvier 2001 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Un roman initiatique barjo, à mi-chemin du surréalisme et de la science-fiction par le scénariste de l’Incal.

Une chronique tardive de ce court roman, mais qui s’explique par sa diffusion assez confidentielle. C’est le hasard des shoppings littéraires de l’été qui nous a mis en présence de cet insolite objet. Enfin… insolite… On parle tout de même de Jodorowsky, personnage étonnant s’il en est. Ecrivain, scénariste de B.D, réalisateur, auteur de théatre et fondateur avec Arrabal et Topor du mouvement Panique, il a toujours été porté sur les choses de la science-fiction. Dans les années soixante-dix, en compagnie de Mœbius, Giger et de Chris Foss, il s’était même attaqué à une première adaptation cinématographique de Dune qui avait bien failli voir le jour.

Bien loin des déserts d’Arrakis, c’est vers le Chili de son enfance que nous emmène Jodorowsky, pour un récit picaresque, fortement teinté de surréalisme et de mythologie inca.

Albina la blanche !

Tout commence lorsque La Jaiba, vieillarde contrefaite qui tient un comptoir d’or au Nord du Chili, sauve une étrange jeune fille des griffes de trois moines tibétains. Alors qu’elle occit les trois bonzes, une nuée de perroquets traverse le ciel, soufflant à La Jaiba ce qui lui semble être le nom de la belle inconnue : Albina. Un nom qui finalement ne va pas si mal à cette géante albinos aux formes plantureuses. Tout est blanc chez elle. Ses cheuveux, sa peau, et son cerveau aussi. Totalement amnésique, sa personnalité n’est qu’une page vierge que La Jaiba va s’employer à noircir. Albina apprend vite, et devient rapidement une sorte de grande enfant à l’innocence désinhibée qui semble susciter chez les hommes une étrange concupiscence respectueuse. C’est ainsi que La Jaiba abandonne le négoce de l’or pour ouvrir un cabaret de fortune, avec Albina pour seule et unique attraction. Lorsqu’elle danse, nue sur son tonneau, la jeune femme semble hypnotiser les mâles. Chaque soir on se bouscule pour la voir, dans une sorte de transe extatique. Une renommée qui va évidemment attirer l’attention des autorités locales. Et dans cette région perdue du Chili, les autorités locales c’est Pata Di Bombo, répugnant soudard qui fait un peu office de tout. Le spectacle des deux femmes n’a ni licence, ni patente, et Pata Di Bombo leur propose un arrangement : chaque jour il viendra prélever son pourcentage en argent, et surtout en nature avec Albina. Le premier soir, les deux femmes vont le droguer, et Albina, en proie à une étrange crise de folie se mettra à aboyer et mordra Pata Di Bombo qui se réveillera transformé en chien. Pendant ce temps, les deux femmes auront pris la fuite, et rencontré un drôle de petit chapelier qui va se proposer de les cacher chez lui, dans un village tellement oublié, que même la mort n’y vient plus y chercher personne. De spectacles en spectacles tout ira bien jusqu’à la première pleine lune, où Albina, transformée en chienne blanche en chaleur, se fera poursuivre par une horde de chiens hurlants, qui s’avèreront n’être que les hommes du village transformés par leur concupiscence. Une fois encore, la fuite va s’imposer.

Atypique et rafraîchissant

Albina et les Hommes-Chiens est typiquement un roman picaresque. Albina est une sorte de Candide nymphomane qui part à la recherche d’elle-même. Tous les ingrédients du roman initiatique sont là : révélations mystiques, rêves, contes et légendes, contraction du temps. Erudit non conventionnel, Jodorowsky explore les thèmes classiques du genre à sa sauce. Il y est question de face à face avec la mort, de destinée, de renaissance, de connaissance de soi et des autres. C’est un étrange petit roman, qui ne se prend pas vraiment au sérieux. Un Petit Prince obscène et presque rabelaisien, baigné d’une cosmogonie de roman de gare. Un peu farce surréaliste, un peu fable pataphysicienne, Albina et les Hommes-Chiens reste un roman suffisament atypique pour être rafraîchissant. A noter qu’il est illustré par des planches originales de François Boucq, vieux complice de Jodorowsky. Bref une expérience à tenter, un entre deux rigolard, qui fait mouche.

Eric Holstein

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