Carnet d’hommages à Michel Jeury
de Michel Jeury
aux éditions

Auteurs : Michel Jeury
Date de parution : janvier 2015 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : A vos claviers
Titre en vo :

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Michel Jeury nous a quittés le 9 janvier 2015 (à 80 ans). Il aura été un des grands noms de la science fiction en France, avec des titres phares comme "Les Îles de la Lune", "Le Temps incertain" ou "May le monde" (Grand prix de l’Imaginaire 2011). Nous ouvrons ici un petit carnet d’hommages. N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez participer... (soit par le formulaire ci-dessous, soit par le mail redaction@actusf.com)

 "De nos jours, on ne reconnaît plus l’écriture des autres. L’écriture manuscrite, je veux dire, devenue beaucoup moins présente dans cet environnement actuel de mails, tapuscrits et médias sociaux. Je peux assurément reconnaître, au premier regard, l’écriture de mes plus vieux amis, ceux d’avant le tout-ordinateur, les copains de l’âge de la plume et du stylo : Philippe C., Michel Pagel, Roland C. Wagner… Et celle de Michel Jeury, oui, Michel était un indéfatiguable et fidèle de la correspondance manuscrite, et j’en ai, de ses lettres, et je l’aimais, cette cursive noire et fluide, basse et ferme, avec à la fin ce simple « Michel J ». Une écriture qui me manque déjà."

André-François Ruaud

"Je garde le souvenir ému de la très belle lettre (manuscrite !) envoyée par Michel Jeury au moment de la parution de mon roman de space-opera, “La Harpe des étoiles”, paru chez Imaginaire Sans Frontières il y a une dizaine d’années. Sans que bien sûr rien ne l’y obligeât, il avait pris la plume (et quelle plume !) pour me dire ce qu’il en avait pensé. Cela m’a beaucoup touché, d’autant que je suis évidemment un admirateur – “Le temps incertain”, quelle claque ! Il m’avait aussi prodigué quelques conseils “d’ancien” à un auteur débutant... Je garde cette lettre précieusement, cela va sans dire."
 
Johan Heliot
 

"Michel Jeury était un de mes auteurs francophone de science-fiction préféré. Un des mes auteurs préférés tout court. Je me sentais proche de lui. Pas par le talent, mais parce que nous avions grandi à quelques kilomètres (et quelques années) de distance et que nous envisagions, il me semble, le genre à peu près de la même façon. Son parcours était ahurissant, son œuvre passionnante. J’aimais ses livres. Puis j’ai découvert l’homme. Je ne l’avais rencontré qu’une fois et nous avions échangé quelques mails ensuite. J’aurais du mal à expliquer la fierté, la joie que je ressentais chaque fois que je recevais un courrier de M. Jeury dans mon logiciel de messagerie. Il avait été d’une grande gentillesse avec moi. A l’instar de son œuvre, il ne m’avait pas déçu. La littérature française perd un des plus grands auteurs du vingtième siècle."

Laurent Queyssi
 
 
 
Michel Jeury était pour moins un des phares de la SF française, à égalité avec Andrevon. Quand j’étais gamin, j’étais épaté par sa production, autant qualitativement que quantitativement. Quand je lisais du "Fleuve" je savais que Michel Jeury était une valeur sûre. Ces romans étaient douloureux à lire parfois, on n’en ressortait pas toujours avec le moral, mais on avait quand même passé un bon, voir un grand moment. Et puis, en lisant une préface de Gérard Klein, on découvrait que le personnage était quelqu’un de spécial, qu’on aurait aimé connaître et on relisait ses livres avec un plaisir supplémentaire.
 
C’est pourquoi je pense qu’il n’a pas inspiré que les auteurs de la génération 80, mais aussi celle d’après et il inspirera peut être la prochaine, grâce à ces derniers romans, comme May le monde et les rééditions qu’on a le plaisir de voir apparaître depuis quelques années.
 
Olivier Gechter
 

 
Durant les années 1979-80, Francis Valéry m’avait emmené à Issigeac. Le lecteur ébloui que j’étais a découvert un homme simple, enthousiaste, lumineux. Il faisait alors partie des auteurs dont je lisais tout. Il m’a même envoyé un exemplaire dédicacé du "Crêt de Fonbelle", l’ouvrage qui annonçait son virage littéraire. J’ai gardé le souvenir d’un homme passionné, curieux de tout, malicieux comme ce n’est pas permis. Pour les plus jeunes lecteurs, qui ont découvert la SF alors que Michel était devenu un "écrivain du terroir", il est impossible de faire appréhender l’emprise bienveillante qu’il avait alors sur tous ceux, écrivains, éditeurs, illustrateurs, qui voulaient faire évoluer la SF française.
 
"Nous nous battrons avec nos rêves."
 
Jean-Daniel Brèque

Michel Jeury. Un nom qui a marqué mes lectures d’ado. Au même titre que les grands américains ou les précurseurs britanniques ou même français. Je ne sais pas exactement combien de ses livres j’ai lu, je ne tiens pas de compte. mais, à chaque fois, j’ai l’empreinte mémorielle d’une pierre angulaire de la SF. Je l’ai rencontré deux ou trois fois, à Nantes, entre autres, me semble-t-il. Mais le souvenir le plus fort que j’en ai restera cette rencontre lors de la convention SF de nyons, en 2008. Il faisait beau et Michel nous a reçus, comme chez lui, sous les arcades ensoleillées du village. Il racontait et répondait avec cette gentillesse qui semblait partie intégrante de son ADN. Au-delà du talent, c’était un homme bon, même si, ne l’ayant que peu connu, je ne m’estime pas le plus légitime pour lui rendre hommage. So long Michel.

Laurent Whale
 

Bien qu’ayant lu les romans d’Albert Higon en leur temps au "Rayon Fantastique", j’ignorais tout de Michel Jeury jusqu’à la sortie de son premier roman (sous son nom) dans la collection "Ailleurs et demain". Ce fut un choc et un évènement qui, par le plus grand des hasards, a correspondu avec la création de la Première Convention française de science-fiction que j’étais en train de préparer et de celle du Grand Prix de la Science-Fiction française (devenu le Grand Prix de l’Imaginaire). J’ai donc eu le plaisir de l’accueillir en mars 1974 et de lui remettre ce prix qu’il venait d’obtenir haut-la-main est-il besoin de le préciser. J’ai encore eu l’occasion de l’inviter, notamment en 1977 au cinéma Le Studio où je venais d’organiser un festival cinématographique. Et nous nous sommes revus épisodiquement à plusieurs reprises. Je me souviens qu’il m’avait dit que, dans quelque univers parallèle, je devais être cinéaste car mes récits étaient comme écrits par une caméra. Michel est quelqu’un d’extrêmement sensible, d’une excessive modestie et d’un talent comme il ne s’en rencontre guère. Je crois qu’il est, pour une bonne part, de ceux qui ont fait grandement évoluer la science-fiction française trop longtemps marquée par le courant anglo-saxon. On peut regretter qu’il ait, un temps, déserté la science-fiction pour s’employer, sans doute, à retrouver ses racines mais son retour avec May le monde a démontré qu’il n’avait en rien oublié ses amours antérieures et que sa force d’imagination était restée intacte. Un grand parmi les grands qu’il faut impérativement découvrir (pour ceux des nouvelles générations qui ne connaîtraient pas son œuvre) et redécouvrir (pour nous autres). Gérard Klein s’y emploie en rééditent ce qu’il faut bien désormais considérer comme des classiques.
 
Jean-Pierre Fontana
 
 
 
J’ai rencontré pour la première fois Michel Jeury à la convention européenne de Grenoble en 1974. J’avais vingt ans et venais de publier ma toute première nouvelle dans la revue Nyarlathotep. Michel Jeury était l’auteur du Temps Incertain, publié l’année précédente, dont la lecture avait été pour moi une gigantesque claque. Il avait aussitôt pris place dans mon panthéon personnel à côté de Philip K Dick, qui m’avait, lui, littéralement pulvérisé quelques années plus tôt avec Le dieu venu du Centaure.
 
Lors de cette convention, je n’ai même pas osé aller lui parler. Je l’ai très peu revu par la suite et si je connais très bien l’auteur, je connais très peu l’homme, mais ce qu’en disent des amis comme Pierre-Paul Durastanti, Fred Serva, Lionel Evrard, Richard Comballot et bien d’autres suffit pour me conforter dans l’idée qu’il s’agissait de quelqu’un de bien, d’humainement exceptionnel. Je suis triste aujourd’hui de savoir qu’il nous a quittés, mais je suis également affligé de voir à quel point ses œuvres n’ont pas l’écho qu’elles méritent et j’ai bien peur que la réédition récente de la trilogie de la Chronolyse et la parution de son nouveau et dernier roman de SF n’ait pas changé grand chose. Alors le meilleur hommage à lui rendre est de lire et relire ses textes. Michel Jeury est un grand écrivain, un auteur incontournable et pour tout ceux qui ne le connaitraient pas encore, ne pas chercher à découvrir ses récits équivaudrait à passer à côté d’une œuvre essentielle pour la SF et la littérature en général.
 
Jacques Barbéri
 

 
Pour moi, Michel Jeury fait partie des auteurs de mon adolescence, que j’associe immanquablement à Fleuve Noir Anticipation, avec Andrevon, Brussolo... Ce n’est que plus tard que j’ai appris/compris qu’il fait partie aussi de ces auteurs qu’il fallait – qu’il faut – avoir lu, comme Andrevon, Brussolo... Leurs romans trainaient hors doxa dans mes poches et mes tiroirs. Un titre ? “Le jeu du monde”, assurément.
 
Stéphane Beauverger
 

 
Salut et respect à Michel Jeury, un des auteurs qui (avec Philip K. Dick) m’ont fait découvrir que la SF ne fait pas qu’inventer d’autres mondes, mais qu’elle peut aussi s’aventurer dans des zones troubles où la réalité elle-même vacille. Pour m’avoir donné cet étrange frisson, merci.
 
Christophe Thill
 

 
La première fois que j’ai rencontré Michel Jeury, c’était à Reims, où il était venu passer le week-end, invité par l’association Dimension 5. Son roman " Soleil chaud poisson des profondeurs" venait de sortir. Quel homme merveilleux, à la verve passionnante, à la simplicité sans pareille ! Auteur débutant, je me souviens lui avoir demandé, entre autres, s’il envoyait, reliés ou non, ses manuscrits à son éditeur. Il m’avait répondu que non, si bien qu’après cela, je n’ai plus jamais utilisé d’agrafeuse. Comme il aurait brillé si on l’avait invité plus souvent sur les plateaux de télévision... Je possède moi aussi une lettre manuscrite que je conserve précieusement, qui commence par les mots " Mon cher ", ce qui ne manqua pas de me faire grand plaisir. La dernière fois où nous avons discuté, c’était à Sèvres. Nous avons parlé de la mort, de la possibilité qu’il écrirait encore, mais j’ai bien senti qu’il ne nourrissait plus grand espoir. C’était comme si, ainsi qu’il l’a toujours fait, il était capable de flairer l’avenir.
 
Brice Tarvel
 
 
C’est Michel qui, littéralement, m’a fait débuter en science-fiction. Je lui avais écrit une lettre de fan à l’automne 1979, il avait répondu (il répondait toujours), une correspondance nourrie s’était engagée, et il avait dû deviner quelque chose, et de toute façon il était d’un entregent sans faille : il m’avait orienté vers Francis Valéry, pour lequel j’ai fait mes premières critiques en amateur, ce qui m’a donné le courage de contacter Alain Dorémieux pour Fiction, ce qui... Bref, cet homme, c’était surtout un talent fou, une humanité sans défaut, un amour discret mais constant, une humilité incroyable, un humour pince-sans-rire ravageur, un réservoir d’anecdotes, et des tombereaux de gentillesse à fleur de peau. En une occasion, Fred Serva et moi, on campait sur le domaine dont Michel était le gardien et on essuyait un de ces orages cataclysmiques dont la Dordogne a le secret, la tente envahie d’eau, la foudre qui tombait non loin de là — alors un rayon de torche électrique avait percé la nuit, et Michel, goguenard comme il savait l’être, nous avait lancé quelque chose comme : "Bon, vous avez prouvé que vous en avez, maintenant on arrête les conneries et on dort dedans, les p’tits jeunes." Je pourrais raconter des tas d’histoires sur Michel : la semaine où, pour aider sa femme Nicole, je l’ai remplacé auprès de ses vieux parents parce qu’il devait partir en déplacement, avec la lourde tâche de raser son père au coupe-chou, alors que j’avais peur de l’égratigner, ceux qui me connaissent sachant qu’à l’époque, le rasage m’était une expérience assez étrangère ; le repas, dans une autre région, une demi-douzaine d’années plus tard, à la Bambouseraie de Prafrance pour être exact, où on était venu en bande de Montpellier, avec des gens comme Richard Canal, Jean-Claude Dunyach et plein de mes copains héraultais, alors qu’on avait passé la nuit à fêter mon dégagement des obligations militaires en ne buvant pas que de l’eau, et où il nous avait accueillis de l’air malicieux de celui qui en a vu, des science-fictionneux de lendemain de cuite...
 
Michel a eu une vie riche, longtemps difficile, avant de trouver ses voies, comme écrivain de SF, puis comme écrivain régionaliste (avant de revenir à ses premières amours ces dernières années), de se constituer une famille à laquelle il tenait plus que tout et de nouer des relations amicales avec une foultitude de gens dont je ne suis qu’un figurant parmi bien d’autres. On se reverra peut-être quelque part vers la Perte-en-Ruaba, m’sieur. Pour parler jusqu’à plus soif, se battre avec nos rêves, et rire doucement.
 
"Le premier Œil apparut quelques minutes plus tard, ou quelques instants, ou peut-être une heure. Il glissait lentement dans une clarté huileuse, entre la Terre et la Lune. Il était très allongé, d’un vert assez cru, avec une pupille dorée et deux paupières un peu bridées qui évoquaient une carène, un fuselage...
"Les Yeux Géants étaient-ils des yeux, des vaisseaux ou des dieux ? Nous n’en savions rien, mais nous ne pouvions plus douter de leur existence. Je résistai de toutes mes forces à la peur, à l’exaltation et à l’espérance. Puis je cédai. Comme les autres...
"Je sentis des larmes couler le long de mon nez et j’eus honte.
"J’avais envie de mourir ou de vivre toujours."
— Michel Jeury, Les yeux géants
 
Pierre-Paul Durastanti
 

 
On m’aurait demandé il y a quelques années quel roman de SF français m’avait le plus mis par terre, j’aurais réfléchi un moment, et après avoir hésité entre L’oeil du Purgatoire, de Jacques Spitz et Les Seigneurs de la Guerre, de Gérard Klein, j’aurais répondu Le Temps Incertain, de Michel Jeury. On me poserait la question de nos jours, mon hésitation serait moins longue, et ma réponse resterait la même.

Ce bouquin est un grand roman de SF, blindé d’idées et foutraque comme j’aime. Mais en plus, je crois que c’est une leçon de littérature, aussi. Ça a l’air un peu osé, dit comme ça, mais quelque part, c’est une démonstration des potentialités de l’écrit, du récit, de la narration. Ça fait naître des images incroyables avec très peu de choses, avec des allusions, avec des visions fugaces. Et en même temps, le jeu de répétitions du roman vous retourne la tête comme un rien. Je continue à porter ce roman au pinacle, trente ans après l’avoir lu pour la première fois. J’y étais venu après avoir découvert des bouquins plus "faciles" de Jeury, des Fleuve Noir, des choses rééditées en collections jeunesse, comme Aux étoiles du Destin, Le Sablier Vert ou LMonde du Lignus. Inutile de dire que Le Temps Incertain m’a fait tout drôle, comme une première cuite. Et du coup, j’ai écumé tout ce que j’ai pu trouver de lui par la suite, dont des machins déglingués comme Soleil Chaud, Poisson des Profondeurs, qu’il faudra que je me rachète pour la troisième fois, parce que c’est un de ces bouquins géniaux qu’on prête et qu’on ne revoit jamais.

Très curieusement, ma femme, qui n’aime pas la SF, aime beaucoup l’autre versant de l’oeuvre de Jeury. Et cette capacité à faire très bien des choses très différentes, ça aussi, ça m’épate.
 
Alex Nikolavitch
 

 
Fin 1974, dans le 30e numéro d’Horizons du fantastique, Michel Jeury avait publié « Les vierges de Borajuna », une belle nouvelle érotique. Ce texte avait impressionné un réalisateur de télévision avec lequel je travaillais à l’époque, Guy Saguez. Il avait l’intention de l’adapter. Voilà comment j’ai fait la connaissance de Michel, chez Guy Saguez, au printemps 1975, alors que je venais d’accepter la rédaction en chef d’Horizons du fantastique, en toute innocence et inconscience, puisque j’ignorais les circonstances du départ houleux de sa précédente rédactrice en chef, Marianne Leconte. Michel, lui, n’ignorait rien de ces circonstances, malgré son éloignement du théâtre des événements. Les parutions du Temps incertain et des Singes du temps l’avaient rendu célèbre et il recevait déjà beaucoup de visites, sans parler du flux incessant des échanges épistolaires. Il me prévint que je n’allais pas être la bienvenue dans le microcosme de la SF, mais assura qu’il m’aiderait… En retour, il demandait que je lui apporte mon concours ! J’ouvrais de grands yeux. Cet homme dont les romans m’avaient pétrifiée d’admiration demandait que je l’aide, moi, la misérable fan à peine sortie de l’université ? Cette anecdote résume tout Michel.
 
D’une modestie incroyable, il doutait toujours de sa valeur et cherchait en permanence à se rassurer. L’épisode Horizons du fantastique se termina vite (le directeur était effectivement ingérable), mais les liens que nous avions noués ce soir-là avec Michel ne cessèrent de se resserrer. Issigeac était trop loin pour qu’on s’y déplace souvent, mais on s’écrivait beaucoup.
 
C’était une période si féconde, si fertile. Et Michel fourmillait d’idées. On galopait à ses trousses, nous aussi on voulait changer la vie, changer le temps, changer la mort. Michel était notre phare, ses écrits, sa parole nous fascinaient.
 
Contrairement à d’autres, j’ai continué à le suivre quand il a décidé d’abandonner la SF et d’aborder le roman paysan. J’aimais particulièrement ses récits les plus autobiographiques. Il excellait dans la veine naturaliste et son art du dialogue, précis, léger, plein d’humour s’élevait à des sommets que je désespérais d’atteindre.
 
Michel était un homme merveilleux, toujours disponible, toujours prêt à venir au secours de l’écrivain qui sollicitait son aide. Il a servi de guide à tant de jeunes auteurs ! Il a dispensé tant de conseils, et à tant d’entre nous ! Moi qui n’avais jamais bénéficié de direction littéraire sur mes premiers écrits, ni même mes premiers romans, c’est Michel qui m’a appris, par exemple, à faire la chasse aux adverbes, dont j’émaillais généreusement mes récits ! Je traquais certes les répétitions, je veillais à la musique du texte, mais sans trop de regards en arrière. C’est grâce à lui que j’ai commencé à cesser d’écrire comme on se jette à l’eau.
 
Aujourd’hui, je rêve que Michel ait juste « changé » et qu’il ait rejoint May, passant de l’une à l’autre de ces branes qui nous ont fait rêver dans son dernier roman, et qu’il y soit indemne à jamais.
 
Joëlle Wintrebert

 

 
Je ne connaissais pas bien Michel Jeury. Personnellement, je veux dire. Je l’ai croisé deux ou trois fois dans divers salons ou festivals, et à chaque fois il m’a traité avec chaleur et amitié, comme il l’a toujours fait avec tout le monde, alors que pour moi il était une star, une idole. Le plus grand auteur français de tous les temps, voire l’un des plus grands au monde. J’étais impressionné de le voir en vrai, alors que je n’aurais pas dû l’être. C’était pour moi comme rencontrer Philip K. Dick. Ou Cordwainer Smith. (J’ai croisé une fois Philip K. Dick dans un ascenseur à Metz en 1977, et j’ai été incapable de proférer le moindre mot.) C’est idiot, mais c’est comme ça. Autant je peux me sentir à l’aise et pas me prendre la tête avec la plupart des auteurs que je rencontre, célèbres ou pas, autant j’ai dans mon esprit des icônes qui me semblent intouchables, inabordables – celles qui m’ont ouvert les yeux, donné une autre vision du monde et des gens, voire amené à l’écriture : Philip K. Dick, Cordwainer Smith, Michel Jeury. J’aurais pu l’aborder en fan transi, lui dire toute l’admiration que j’éprouvais pour ses chefs d’oeuvres chez Laffont – ça me paraissait idiot, et gênant pour un homme aussi simple. J’aurais pu lui taper sur l’épaule et l’appeler collègue – ça me paraissait déplacé pour un auteur aussi grand. J’aurais pu, si j’avais été débutant, lui demander conseil – mais j’ai eu la meilleure conseillère de tous les temps (Elizabeth Gille) et je n’étais déjà plus un débutant. Bref, j’ai raté le coche. Je n’ai pas su comment l’aborder. On est con, quand on a des idoles.
 
Jean-Marc Ligny
 

 
Bon voyage aux étoiles du destin, Michel. Souvenir ému de notre rencontre à Sèvres en décembre 2010. Salue de ma part, au passage, les îles de la Lune et le monde de May.
 
Jean-Michel Archaimbault
 

 
 
Michel Jeury, c’est un morceau de science-fiction arraché au temps. Ses chefs-d’oeuvre resteront dans les mémoires, classiques entre les classiques, et j’espère qu’on continuera de lire ses oeuvres moins repérées, mais tellement pleines de vie et d’inventivité. Dans un segment temporel bien à lui, il continue d’écrire et de sourire avec cette générosité qui l’a accompagné durant toute son existence. Bon séjour dans les îles de la lune !
 
Simon Bréan
 
 
 

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