CoCyclics : bêta-lecture et conseils d’écriture - mars 2016

aux éditions
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Ecriture

Date de parution : mars 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Chaque mois, CoCyclics propose sur ActuSF différents éclairages autour de l’activité d’auteur - publié ou non. CoCyclics est un collectif ouvert à tous, notamment fréquenté par des écrivains de SFFF découverts ces dernières années. On y pratique la bêta-lecture, on y partage des conseils d’écriture et on y échange sur les sujets touchant à l’édition et à l’Imaginaire. Plus d’infos https://tremplinsdelimaginaire.com/...

 Ce mois-ci, Cocyclics propose un petit récapitulatif de ce qu’il ne faut pas faire lorsqu’on s’adresse à un éditeur alors que l’on n’est pas encore connu. 
 
Par « éditeur », nous entendons « toute personne qui a la possibilité de publier un texte à compte d’éditeur » – c’est-à-dire les éditeurs de romans ou de séries, mais aussi les fanzines, webzines, revues, etc.
 
Envoyer son texte à un quelqu’un que l’on ne connaît pas, c’est presque toujours un moment d’espoir mais aussi d’angoisse, et en tout cas d’émotions fortes. Il arrive que l’auteur perde son sang-froid, qu’il ne soit plus soi-même et qu’il commette des erreurs. C’est humain mais c’est dommage, d’une part parce que dans ce cas, l’auteur gâche la vie des éditeurs, d’autre part parce que cela risque de lui nuire fortement, à lui et son texte.
 
Bien entendu, cet article ne prétend pas être exhaustif. Sans doute certains penseront-ils aussi que nous enfonçons des portes ouvertes. Et puis, nous pouvons nous tromper sur tel ou tel point. Mais voici du moins un point de vue donné, en toute honnêteté, par quelques personnes qui connaissent bien le milieu de l’édition.
 
Il y a des pratiques sur lesquelles nous ne nous exprimerons pas (aller voir un éditeur en salon avec son manuscrit, par exemple), parce que dans certains cas, cela peut agacer, dans d’autres, cela peut fonctionner. Nous allons donc nous attacher aux comportements dont nous sommes pratiquement sûrs qu’ils seront mal perçus, quelle que soit la personne et quel que soit l’enjeu.
 
1) Ne pas contacter l’éditeur avant d’avoir une réponse (sauf dans quelques cas légitimes)
 
Si l’auteur n’a pas eu d’accusé de réception alors que selon le site de l’éditeur, il est censé en recevoir, il est tout à fait possible d’envoyer un mail ou de passer un coup de téléphone. Si l’auteur n’a eu aucune nouvelle de son roman au bout de 6 ou 10 mois, là non plus, il ne sera sans doute pas mal perçu de contacter une fois l’éditeur, et de demander gentiment si le manuscrit ne s’est pas perdu.
Dans TOUS les autres cas, il est très vivement déconseillé d’entrer en contact avec l’éditeur ou un membre du comité de lecture après avoir envoyé un manuscrit, que ce soit pour demander si le texte plaît, s’il est en bonne voie, s’il la réponse viendra rapidement, etc. Cela n’apportera que des ennuis à l’auteur et, s’il est trop insistant, il finira peut-être sur une possible « liste noire ».
 
 
2) Ne pas essayer de devenir « ami » avec les gens qui choisissent les textes
 
On entend souvent parler du réseau, de l’importance du carnet d’adresse, des contacts, etc. Cela existe en effet, comme dans tous les métiers. Si c’est un ami d’enfance qui dirige la maison d’édition, il est toujours possible de lui demander un conseil. De même, si un éditeur a déjà répondu à un auteur que son précédent manuscrit n’était pas pour lui, mais que son prochain pourrait l’intéresser, il ne faut pas hésiter à se rappeler à lui le moment venu.
 
Mais si l’on n’a pas ces recommandations, tant pis. Il ne faut surtout pas essayer de se rapprocher artificiellement de la personne qui tient son manuscrit entre les mains, de lui proposer un verre, de le contacter sur Facebook, de lui sauter dessus en salon pour lui proposer un restaurant ou d’aller voir toutes ses conférences en posant toutes sortes de questions pour se faire remarquer... 
 
On peut essayer d’attirer l’attention sur son manuscrit par différents biais (appels à textes de nouvelles, sélection des éditeurs intéressés par ce genre de textes grâce à des annuaires spécialisés comme Le Grimoire Galactique des Grenouilles édité par CoCyclics, speed-dating avec des éditeurs comme celui du Festival des Imaginales, rencontres organisées par un festival ou un collectif, échanges d’informations sur les forums ou avec des amis), mais il est tout à fait vain de faire semblant de devenir « ami » avec un éditeur à qui l’on vient d’adresser un manuscrit.
 
Un éditeur ne publie que les textes qui lui plaisent. C’est la seule règle qui compte. Il est comme tout le monde, il souhaite choisir en toute sérénité. Si quelqu’un lui semble insistant ou agressif... Il va tout faire pour l’éviter et en tout cas, il ne va certainement pas donner une chance supplémentaire au manuscrit.
 
3) Ne jamais commenter un refus
 
Si jamais un éditeur prend le temps de rédiger un refus personnalisé à un auteur, il est de bon ton de le remercier par une réponse polie. Mais il est très fortement déconseillé de faire plus. Dans tous les cas, il est absolument à proscrire de contester un refus. L’éditeur se fie à un ressenti : aucun argument de la part de l’auteur ne pourra changer cela.
 
Peut-être certains auteurs espèrent-ils arriver à le convaincre qu’ils peuvent modifier leur texte ? Peut-être d’autres souhaitent-ils lui ouvrir les yeux sur un contresens ou un aspect qu’il n’a pas vu ? Mieux vaut oublier cette idée. Si l’éditeur estimait qu’il pouvait faire retravailler le texte par l’auteur, alors il aurait dit « oui ». S’il n’a pas vu quelque chose ou l’a mal compris, alors c’est que le texte n’est pas pour lui.
 
Un auteur n’a aucune chance d’arriver à ses fins de cette manière. Au contraire, il a toutes les chances d’horripiler l’éditeur.
 
 
4) Ne pas compter sur un lien quelconque avec l’éditeur
 
Certains auteurs pensent que, sous prétexte qu’ils connaissent vaguement quelqu’un dans un comité de lecture, qu’ils l’ont croisé(e) en salon, qu’ils sont amis sur Facebook ou qu’ils fréquentent le même forum, cette personne va les soutenir. 
 
Ce serait une grave erreur de penser pas que l’on peut se montrer familier avec elle, lui envoyer des messages ou attendre d’elle une attention particulière. Il y a une différence entre un échange dans un lieu public, comme un forum ou réseau social, et la relation avec un éditeur.
 
L’éditeur croise toutes sortes de personnes de près ou de loin et s’il ne connaît l’auteur que vaguement, il va le trouver intrusif. Il a des textes à choisir et à défendre (ou non) auprès des autres membres du comité. Il refusera toute ingérence, sera agacé voire inquiet si l’on se montre familier avec lui.
 
5) Ne pas dire pas que son texte a été travaillé sur tel ou tel forum ou que l’on appartient à tel ou tel collectif, en espérant obtenir davantage d’attention
 
Il existe d’excellents lieux de travail pour apprendre à améliorer son texte et nous n’allons certainement pas essayer de dissuader les auteurs de les essayer (ce serait un comble, pour CoCyclics dont c’est la raison d’être), mais une fois que le texte est envoyé à l’éditeur, l’auteur n’est plus sur cet espace de travail.
 
A ce stade, l’éditeur ne s’intéresse pas à la façon dont l’auteur a travaillé. Sous les yeux, il n’a que le texte et c’est celui-ci qu’il juge. Il risque d’être agacé si l’auteur essaye de se mettre en avant avec ce type d’arguments.
 
6) Si le texte est refusé, ne pas se plaindre pas à l’éditeur que tout est de la faute des bêtas-lecteurs qui l’ont relu
 
Il faut assumer son texte tel qu’on l’a envoyé. 
 
La bêta-lecture n’a jamais obligé personne à modifier une seule virgule d’un texte. Si l’éditeur n’aime pas quelque chose que l’auteur a modifié suite à une bêta-lecture, le bêta-lecteur n’y est pour rien : il a simplement donné son ressenti. Ensuite, c’est l’auteur qui a fait des modifications (bonnes ou mauvaises). Personne ne l’a obligé à les faire. Cela reste son texte et ses décisions. Soit il a mal modifié son texte, soit il aurait dû écarter certaines remarques, soit ces modifications étaient judicieuses et un autre éditeur les appréciera, au contraire.
 
Peut-être certains se retrouveront-ils dans l’une ou l’autre de ces recommandations. Peut-être à tort, peut-être à raison. On ne se rend pas toujours compte que son comportement n’est pas le bon et pour cause : pour la plupart des auteurs non publiés, le monde de l’édition est en général mal connu. Si jamais certains pensent avoir commis une erreur, tant pis : un auteur averti en vaut deux !
 
A bientôt pour une prochaine chronique CoCyclics