CoCyclics : Les 10 ans
de Aurélie Wellenstein et Paul Beorn
aux éditions
Genre : Interview
Sous-genres :
  • Ecriture

Auteurs : Aurélie Wellenstein , Paul Beorn , Olivier Gay
Date de parution : janvier 2018 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Chaque mois, CoCyclics propose sur ActuSF différents éclairages autour de l’activité d’auteur - publié ou non. CoCyclics est un collectif ouvert à tous, notamment fréquenté par des écrivains de SFFF découverts ces dernières années. On y pratique la bêta-lecture, on y partage des conseils d’écriture et on y échange sur les sujets touchant à l’édition et à l’Imaginaire. Plus d’infos : https://cocyclics.org

En juillet 2016, la communauté d’auteurs de l’imaginaire CoCyclics a célébré ses dix ans d’existence. À l’occasion de ce début d’année, nous avons donc donné la parole à trois de ses membres (anciens ou actuels) afin qu’ils nous partagent leurs sentiments sur cette expérience communautaire. Merci à Paul Beorn (Le Jour où, Le Septième guerrier-mage…), Olivier Gay (La Main de l’empereur, La Magie de Paris…) et Aurélie Wellenstein (Le Roi des fauves, Les Loups chantants…) d’avoir bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses !

 1/ Si vous deviez définir CoCyclics avec 3 mots, ce serait quoi ?

 Aurélie Wellenstein : Corrections, Solidarité, Émulation

Olivier Gay : Lecture, Entraide, Amitié
 
 
Paul Beorn : Génial, Génial, Génial
 
 
2/ Dans les milieux professionnels où vous évoluez (édition, rencontres scolaires, salons, etc.), les gens savent-ils que vous avez fréquenté CoCyclics ?
 
OG : Tout le monde ne le sait probablement pas, mais je ne le cache pas. D’ailleurs, je renvoie souvent des aspirants en quête de conseil sur le forum !
 
PB : Tous mes éditeurs et toutes les organisatrices de salon le savent. Honnêtement, ils s’en fichent un peu et c’est tant mieux. Au final, ce sont mes romans qui me définissent dans ce milieu, et pas tel ou tel forum que j’ai pu fréquenter.
 
AW : Certains éditeurs oui, d’autres non. De façon générale, le concept de bêta-lecture me semble bien connu des éditeurs, mais ce n’est pas forcément quelque chose dont on parle beaucoup ensemble, la bêta-lecture précédant l’envoi même du manuscrit.
 
En rencontres scolaires, forcément, j’essaie de balayer l’ensemble du processus de création. Du coup, oui, j’explique à mes interlocuteurs que le texte, avant d’être envoyé aux éditeurs, a été relu par des personnes « neutres » (je veux dire : plus « neutres » que ma mère ou ma meilleure amie !!), susceptibles de donner un avis étayé mais bienveillant sur le texte, dans l’objectif d’améliorer le roman. Et pour trouver ces personnes, je leur indique l’existence de forums d’écriture sur internet. En salon, il m’arrive fréquemment de parler de CoCyclics aux auteurs qui cherchent justement des avis extérieurs sur leur texte.
 
3/ Est-ce que CoCyclics vous a apporté quelque chose 
....dans votre écriture ou vos méthodes de travail ?
 
PB : Énormément, oui. J’écrivais déjà depuis des années et mon premier roman publié a été écrit avant mon arrivée sur CoCyclics, mais en tant qu’auteur, je veux en permanence essayer de faire mieux, explorer de nouvelles voies, aller plus loin. CoCyclics est le lieu idéal pour cela.
 
C’est le meilleur vivier de bons bêta-lecteurs que je connaisse. Ils m’ont beaucoup appris sur mes défauts (il faut que je surveille mon addiction aux virgules) et aussi sur ce que je sais faire de bon. Mais ce que je n’imaginais pas, c’est que bêta-lire les autres auteurs m’en a appris au moins autant, sinon plus, sur ma propre façon d’écrire.
 
Et puis, CoCyclics, c’est aussi un lieu d’échange sur les techniques d’écriture. J’ai découvert des notions que je ne connaissais pas du tout sur l’ironie dramatique, les points de vue ou les mécanismes de construction d’une histoire, sans parler de la documentation sur tel ou tel point précis. Sur le forum, je trouve toujours un ou plusieurs spécialistes du sujet qui m’intéresse, quelle que soit ma question. Et j’y participe moi aussi quand je le peux.
 
AW  : Pour l’anecdote, les équipes de CoCyclics ont été à l’initiative d’un événement qui a vraiment marqué ma vie d’auteur : l’organisation d’une conférence sur la structure du récit animée par Christophe Lambert (l’écrivain, pas l’acteur). En l’espace de deux heures, j’ai énormément appris et je ne remercierais jamais assez Christophe Lambert pour sa pédagogie et son partage. Pour résumer : il nous a détaillé les articulations clés de la structure en trois actes avec ses merveilleuses étapes, « le gardien sur le seuil », « le ventre de la baleine », « la parenthèse enchantée », « all is lost moment »...) Moi qui étais très sauvage (je le suis toujours [rires]), ça m’a apporté du cadre. Je me suis dit « allez, j’essaie la structure en trois actes ! » et Le Roi des fauves est né.
 
... dans votre connaissance, au sens large, du monde de l’édition, des contrats, etc. ?
 
PB : Des centaines d’auteurs qui papotent ensemble parlent nécessairement de l’édition… On se donne des conseils, on s’échange des mails ou des contacts, on se tuyaute sur les collections qui ouvrent ou ferment, etc. Oui, ce genre d’échange d’information m’a aidé, et plusieurs fois.
 
... dans vos contacts ou rencontres de tout ordre ?
 
AW : Oui, très certainement, et à la base, c’est même pourquoi je me suis inscrite sur le forum. J’aimais beaucoup le climat qui régnait sur CoCyclics, ce smiley amusant avec lequel on offrait des « tournées de nénuphou » (un alcool virtuel) pour célébrer des avancées, un point final, une publication. Je me réjouissais de rencontrer d’autres auteurs et de discuter de littérature de l’imaginaire, sur le forum mais aussi en vrai. Quand tout à l’heure, j’ai cité mes trois mots pour définir Cocyclics, j’ai employé « solidarité » et « émulation ». Ce ne sont pas de vaines paroles. On y trouve réellement une écoute bienveillante, authentique et sincère. Quand on est auteur, on passe tout le temps par des phases « d’ascenseur émotionnel », ces moments où vous vous retrouvez euphorique au sommet d’une montagne, et le lendemain, tout en bas, à vous rouler par terre de désespoir. Dans ces bons ou ces mauvais moments, il est important d’être entouré de ses camarades, d’être écouté et d’être compris. C’est une dimension du forum – au-delà du travail de corrections – qui me paraît très enrichissante pour un auteur.
 
PB : J’ai rencontré sur CoCyclics des gens absolument merveilleux, qui sont devenus des amis. Le genre de rencontre qui vous embellit la vie.
 
OG : Je suis venu sur CoCyclics à une époque où j’avais peu de bêta-lecteurs, et la possibilité d’avoir des retours sur certains passages de mon roman – ceux dont j’étais le plus fier quand j’avais besoin d’encouragements, ceux sur lesquels j’étais le plus hésitant lorsque j’avais besoin de conseils – m’ont beaucoup aidé. 
 
À mon avis, la plus grande difficulté que rencontre un écrivain avec son premier roman, c’est de réussir à le terminer sans se disperser, sans se décourager et sans procrastiner. CoCyclics apportait un cadre qui m’a permis de terminer cette première histoire en un temps record.
 
4/ bêta-lecture est au cœur du fonctionnement de CoCyclics : même après plusieurs romans à votre actif, y faites-vous encore appel ? Si oui, pourquoi ?
 
OG : À la bêta-lecture, oui, tout le temps. Je ne participe plus sur CoCyclics parce que je n’ai plus le temps pour grand-chose en ce moment, mais je continue de temps en temps à passer sur le forum pour jeter un coup d’œil nostalgique !
 
AW : Bien sûr ! Pourquoi ? Pour publier le meilleur texte possible ! Certes, je demande moins d’avis qu’avant. Pour Le Roi des fauves, six bêta-lecteurs m’avaient accompagné. Aujourd’hui, c’est plutôt deux, mais c’est tout simplement pour des questions de timing (accélérer le processus.) 
 
PB : Je n’imagine pas écrire un roman et ne pas le faire « bêta-lire » par des personnes de confiance. Ce n’est pas une question de manque d’expérience : j’en suis à mon 9ème roman publié. Si je me fais bêta-lire, c’est pour que chaque roman soit meilleur. Un regard extérieur m’apporte toujours quelque chose.
 
Il y a le bêta-lecteur qu’on ne connaît pas, dont le regard sur votre écriture est neuf. Il y a le bêta-lecteur de toujours, qui vous connaît par cœur. Il y a le bêta-lecteur qui lit les chapitres au fur et à mesure et que vous appelez au secours quand vous êtes bloqué et que vous avez besoin de parler du problème à quelqu’un…
 
Et puis, publier un roman, ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille, et les bêta-lecteurs sont aussi très précieux pour vous soutenir dans les moments difficiles (et pour faire la fête avec vous dans les bons moments !).
 
Longue vie à CoCyclics, et à bientôt pour une prochaine chronique !