Conquêtes & explorations infernales
de Karim Berrouka
aux éditions Parchemins & Traverses ,
collection Anthologie
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Mythologie

Auteurs : Alex Nikolavitch , Michaël Fontayne , Fabien Michalczak , Isabelle Guso , Justine Niogret , Luvan , Aurélie Ligier , Anthelme Hauchecorne , Elisabeth Ebory , Arnhem , Olivier Boile , Pierre Cuvelier , Livia Galeazzi , Roland Koltzoff , Menolly , Gabriel Féraud
Couverture : Frédérique Berthon
Anthologiste : Karim Berrouka
Illustrations : Sébastien Gollut
Date de parution : septembre 2008 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Anthologie
Nombre de pages : 315
Titre en vo :

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Bénévoles fantastiques

On ne peut que louer l’initiative de Karim Berrouka, « cet écrivain mondialement ignoré qui co-dirige la collection des recueils aux éditions Griffe d’Encre ». Il lui a fallu douze ans pour réunir et publier seize nouvelles d’une anthologie des conquêtes et explorations infernales. C’est maintenant chose faite. Elle porte le numéro quatre des anthologies éditées par Parchemins & Traverses, faisant. suite aux Bourreaux, à La Tour et aux Contes et légendes… revisitées.

L’initiative est méritoire, car il lui a fallu susciter le désir d’écrire sur un thème difficile, de surmonter les contraintes économiques, de faire découvrir de nouveaux auteurs, d’essayer de toucher un large public. Quelle que soit la qualité du résultat, on aimerait beaucoup d’autres projets de ce genre. Saluons également « l’éditeur d’imaginaire » Parchemins & Traverses, une association de bénévoles fondée en 2004 qui, après avoir renoncé à publier la revue éponyme, continue à publier des anthologies. Ce qui n’est pas une mince affaire quand on sait que ce sont les revenus des trois anthologies précédentes qui ont permis de financer celle-ci.

Seize enfers

En seize textes de 3 à 28 pages, Karim Berrouka nous présente seize jeunes auteurs et seize enfers, gréco-romains, judéo-chrétiens ou contemporains.

L’enfer, c’est un dédale sans fin. Dans « Descente » d’Alex Nikolavitch, qui a publié La tour aux immortels en 2008, l’enfer est un labyrinthe à trois dimensions, structuré en niveaux plus étranges les uns que les autres. C’est un étrange réseau de terriers pour Justine Niogret dans « Echanson, je boirai même ta colère ». Une galerie aussi profonde que la cupidité humaine dans « L’Or du Laurion » de Pierre Cuvelier.

L’enfer, c’est aussi le supplice de Tantale et le mythe de Sisyphe. La répétition incessante des mêmes situations. Dans « Éternité forever ! », le détective de Michaël Fontayne est condamné à résoudre la même énigme : qui a tué la pulpeuse cadavre qui vient le consulter ? Dans « le guide du routard infernal », Olivier Boile y condamne son héros à la réécriture perpétuelle du même ouvrage.

L’enfer, c’est aussi un lieu de rencontre inattendu. Grâce à Fabien Michalczak et « Extrait apocryphe des chroniques infernales », on y rencontre aussi des démons et des personnages de la Bible. Des anges, des démons et des syndicalistes avec Anthelme Hauchecorne et « Nuage rouge ». Des damnés contre des démons « sur Le chemin des morts » d’Arnhem. 

L’enfer, c’est aussi un lieu d’où l’on peut espérer revenir. Dans « l’Ombre des Psychés », Aurélie Ligier milite pour le droit au retour. Dans « Mort en sursis » d’Isabelle Guso, la Mort est morte, mais son assassin a des remords. Roland Koltzoff préconise la lecture anticipée (de son vivant) du « guide de l’enfer », pour en découvrir d’éventuelles sorties.

L’enfer c’est l’attente. Et même souvent l’attente de l’enfer. Dans « en attendant », c’est bien l’enfer qu’on attend, pas Godot. Pour Gabriel Féraud et Luvan, la frontière entre l’enfer et la vie sur Terre est ténue. Pour le premier, il suffit d’un peu d’alcool pour faire « une virée en enfer » et oublier que l’enfer était déjà bien engagé avant. Pour la seconde, « l’audition » d’un ange réfractaire tend à prouver que la Terre est plutôt un délicieux enfer. Et si le paradis était en enfer, comme le suggère Livia Galeazzi dans « Myriam » ?

Du style, du caractère, des bonnes intentions

Conquêtes et explorations infernales. Le sujet est ténébreux, difficile, presque tabou pour les superstitieux ou les âmes sensibles, mais les auteurs ont bravé l’interdit. Ils ont déterré leurs meilleurs os, y ont taillé leurs plus belles pointes et ont tenté de graver leur pire cauchemar dans la stèle.

Comme ce n’est pas toujours le cas dans les anthologies de l’imaginaire, les auteurs traitent du sujet, plus d’exploration, du reste, que de conquête. Mais la thématique générale est bien infernale. Des regards vides, noirs, amusants ou acides sur l’enfer. Comme ce n’est pas toujours le cas dans les anthologies de l’imaginaire, les nouvelles sont d’une bonne qualité d’écriture. Les styles sont variés. Du plus nerveux, du plus verbeux au plus sérieux. Les seize auteurs ont léché leur copie. L’anthologiste a bien fait son travail.

Là où le ton baisse, où le bât blesse, c’est plutôt sur la construction des récits. Il y a de bonnes idées (Dieu est un enfant interchangeable, le chômage comme l’entrée en enfer, la Terre entre enfer et paradis, la mort de la mort, …). Des univers loufoques, baroques ou d’époque. Mais la fin n’est pas toujours bien amenée. Il n’y a pas vraiment de chutes inattendues. Le suspens n’est pas toujours bien ménage. Peu d’effets de surprise. Les bonnes idées ne sont pas suffisamment mises en valeur. Il manque également à la plupart des nouvelles, à deux exceptions près, une force démonstrative, une ironie mordante ou tout simplement une bonne dose d’esprit et de malice. Bien qu’elles soient bien écrites, bien que les dialogues soient pertinents, les nouvelles sont souvent plates. Peu de progression dans la tension. Les points de vue originaux ne sont pas amplifiés par l’écriture ou la mise en scène. Certaines nouvelles se démarquent par leur ton acide, mais si cela suffit à dynamiser le récit, cela ne suffit pas à en faire une histoire qui marque.

Il n’y pas lieu naturellement de reprocher aux jeunes auteurs leur manque de métier. Le sujet était difficile, mais on attendait quelques petites prouesses narratives. Nous restons sur notre fin. Sur le plan de l’écriture, du ton, du style, il y a incontestablement du talent en herbe dans cette anthologie.

La couverture de Frédérique Berthon donne bien le ton. Elle est très réussie. Les illustrations intérieures de Stéphanie Dubut, Fablyrr, Sébastien Gollut, Aurélien Hubert, Sophie Léta, Christophe Sivet sont de qualité variable, mais on note surtout un décalage entre le style graphique et le contenu du texte (dessin comique pour un texte tragique, dessin abstrait pour un texte réaliste). A vrai dire, ces illustrations, même gratuites, ne s’imposaient pas. Reste le plaisir réconfortant de découvrir que certains de ces illustrateurs ont fait leur chemin depuis.

Cette anthologie est, quoi qu’il en soit, une excellente initiative. Elle permet de découvrir de nouveaux graphomanes à la manie pleine de promesses, de nouveaux univers auxquels il manque encore un petit souffle de folie et un brin de finesse.

Marc Alotton

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