ITW de Frédéric et Nathalie Weil à la rentrée 2012
de Nathalie Weil et Frédéric Weil
aux éditions
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Nathalie Weil , Frédéric Weil
Date de parution : 0000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Frédéric et Nathalie Weil dirigent les éditions Mnémos. Ils reviennent sur leurs prochains titres à paraître mais aussi sur le numérique.

Actusf : Première question sur le contexte. Les nouvelles ne sont pas très bonnes en provenance des librairies. Comment abordes-tu cette rentrée et les mois qui viennent ?
Frédéric et Nathalie Weil : Mnémos aborde 2013 avec prudence, détermination et enthousiasme ! Cette crise du livre est présente depuis longtemps en fait et d’une certaine manière, même si elle s’est aggravée depuis 2-3 ans, nous essayons de nous adapter. Ainsi, nous avons réduit le nombre de titres publiés par an. Il y a clairement une saturation de l’offre par rapport à la demande et la surproduction manifeste de titres traduits pour coller à des effets de mode n’arrange pas la situation, sans compter l’émergence de toutes petites maisons d’édition semi-pro qui publient tout et n’importe quoi. Autant les libraires que les lecteurs et les éditeurs sont victimes de cette surproduction. Nous avons resserré fortement nos critères de sélection de titres, en particulier de nouveaux talents. Ce qui, au final, n’est pas plus mal. L’exigence mise en place a permis à des titres nouveaux d’être mieux appréciés et de trouver un véritable public. Toutefois, même après de nombreuses années, nos maisons d’édition restent des PME fragiles dans un environnement instable, de plus en plus rongé par des pratiques commerciales de la grande distribution.
Nous essayons de nous concentrer sur ce que nous savons faire et de proposer une approche différente en misant sur l’originalité des ouvrages, le talent des auteurs et la qualité générale de nos publications. D’ailleurs les lecteurs nous suivent. Nos découvertes récentes comme les romans marquants de Justine Niogret, La Geste du sixième royaume d’Adrien Tomas ou Le Chant Premier de Yoann Berjaud sont des succès. La collection Ourobores, pourtant risquée et compliquée à réaliser, trouve aussi son public. Kadath, le guide de la cité inconnue est épuisé et nous allons le retirer. L’extraordinaire Vallée de l’éternel retour d’Ursula Le Guin, après un démarrage décevant, prend enfin son rythme de croisière et s’installe dans le réassort mensuel.
Enfin, de plus en plus, nous travaillons nos ouvrages comme des livres-objets. Nous y apportons le maximum de soins sans pour autant que la forme remplace le fond et il nous faut encore progresser ! Il nous semble que l’alliance des deux forge une véritable expérience de lecture. Ainsi, la réédition de Nephilim Intégrale de Fabien Clavel s’est accompagnée d’un travail de réécriture important et d’une édition qualitative. Le livre plaît !
Nous espérons que ces efforts prodigués à nos ouvrages puissent indiquer au lecteur l’intérêt que nous portons aux textes que nous publions et au plaisir de lecture qui s’en suivra. Et puis, cet aspect artisanal est tout simplement plaisant ! Il est intéressant de remarquer que cet état d’esprit est partagé par plusieurs éditeurs indépendants. Peut-être le début d’une démarche commune face à la marchandisation à outrance qui à court terme tue la qualité et l’originalité ? On peut le retrouver aussi dans l’édition numérique où certains nos partenaires préférés comme Walrus tiennent à adopter cette approche individualisée, cousue main pourrait-on dire, dans le codage d’un livre numérique.
 
 
Actusf : Coralie David vient de rejoindre votre équipe éditoriale. Qui est-elle ? Et sur quelles sortes de romans va-t-elle travailler ?
Frédéric et Nathalie Weil : Nous sommes très heureux que Coralie nous rejoigne et participe au développement de notre travail éditorial. C’est une jeune femme aux nombreux talents dont le premier est de connaître sur le bout des doigts et d’apprécier de manière critique les littératures de l’imaginaire françaises comme anglo-saxonnes et en plus elle est musicienne ! Auparavant, elle a collaboré avec les éditions Black Book chez qui elle était en charge, entre autres, de l’édition des romans. Comme nous, Coralie partage l’analyse de l’intérêt et de l’importance des littératures dites de l’imaginaire (un jour, il faudrait que nous discutions plus en détail de ces mot- valises !) comme système de décryptage de notre présent et de ses passés. Elle partage aussi le fait que ces littératures sont des laboratoires de la fiction, s’irriguant et irriguant d’autres médias comme le jeu de rôle, le jeu vidéo, le cinéma, les séries TV, etc. Enfin, nous apprécions aussi son sérieux, son enthousiasme et ses idées novatrices ! Elle travaillera sur des romans pleinement Mnémos donc !
 
 
Actusf : Parlons de vos parutions. En septembre ressort Le Goût de l’Immortalité et Catherine Dufour et en octobre l’intégrale du Lion de Macédoine de David Gemmell. Pourquoi avoir choisi de rééditer ces deux livres ? Ce sont deux des jolis titres de votre catalogue qui ont connu une seconde vie en poche. Pourquoi les rééditer ? Est-ce que ça veut dire que l’on peut relancer en librairie les grands romans comme un éternel renouvellement ?
Frédéric et Nathalie Weil : Nous nous permettons de rapprocher ces deux questions :) Nous publions ces deux livres auxquels nous y adjoignons l’édition intégrale du Secret de Ji de Pierre Grimbert en novembre car ils constituent des pierres angulaires de notre catalogue, appréciés du public et faisant partie du fonds. Autant que possible - et cela est difficile pour une maison d’édition comme la nôtre - nous essayons d’avoir une politique de fonds et de republier le plus régulièrement possible ces ouvrages majeurs de notre catalogue. C’est un effort sur long terme qui mobilise une partie de notre trésorerie mais c’est aussi de notre travail et de notre responsabilité de faire en sorte que ces livres puissent exister dans les rayons. Nous proposons une édition qualitative que chacun aura à cœur de conserver et à relire régulièrement avec plaisir. Nous travaillons donc sur des rééditions de plus en plus formellement abouties, offrant au lecteur solidité de l’objet et plaisir tactile du livre.
Ainsi, nous préparons pour 2013 la réédition des Crépusculaires de Mathieu Gaborit, les romans fondateurs de Mnémos !, dans une très belle édition enrichie.
 
 
Actusf : Parmi vos sorties, il y a Dans les veines de Morgane Caussarieu. A priori il s’agit d’un roman vampirique pas franchement à l’eau de rose. Que peux-tu nous en dire ?
Frédéric et Nathalie Weil : Un coup de poing littéraire ! Quand nous avons reçu et lu ce manuscrit, ça a été un vrai choc ! Voilà quelqu’un qui fait de "la littérature à l’estomac" ! Oui, Dans les veines est un roman "anti-bit-lit" ! C’est-à-dire qu’il prend un plaisir pervers à rappeler au lecteur qu’au fond les vampires sont des monstres, maniaques et pires que les pires tueurs en série et non de jeunes éphèbes romantiques, sexys mais édulcorés sortis d’un casting hollywoodien, juste là pour faire chavirer le cœur (et chouraver les dollars-euros) de lectrices-eurs en pâmoison (de courte durée en général). Mais, Dans les veines va beaucoup plus loin qu’une opposition à un phénomène de mode savamment entretenu par les cyniques du marketing. Il est aussi une véritable plongée dans le mal-être d’une jeunesse paumée, une étude au scalpel de certains milieux underground et d’une petite bourgeoisie française minée par ses sombres secrets, une route vers une violence glaçante. C’est comme si, en chacun de nous, ce livre révélait notre part sombre, celle que nous voulons pas voir ; comme ci, de manière similaire à American psycho et la société américaine, Dans les veines était un révélateur de certains symptômes de notre société possiblement malade.
 
 
Actusf : Qui est Morgane Caussarieu ? Apparemment c’est son premier roman...
Frédéric et Nathalie Weil : Une auteure ! Et oui, c’est son premier roman et quel roman ! Elle a 24 ans et plein de piercings et de tatouages ! Elle vient des Landes, et après des études de cinéma à Bordeaux, elle vit aujourd’hui à Paris. Et bien qu’on ne puisse pas résumer quelqu’un avec un mot, elle aime bien celui-ci : radical.
 
 
Actusf : En octobre vous publiez Les Derniers Parfaits de Paul Béorn. De quoi s’agit-il ? Que peux-tu nous dire sur ce roman ?
Frédéric et Nathalie Weil : Paul Beorn nous propose un roman que nous pouvons qualifier de fantasy dantesque ou boschienne, tant les images qu’il crée en nous nous rappellent certaines des images de ces deux créateurs du Moyen Âge.
Les Derniers Parfaits entraîne le lecteur dans une course poursuite au travers d’un pays présentant des similitudes avec l’Occitanie cathare, ravagé par une guerre démoniaque menée par des fanatiques religieux. Nous sommes au plus près de Christo, un prisonnier en fuite et enchaîné à des malheureux compagnons d’infortune et dont les destins vont basculer lors de ce voyage. Haletant, sombre, sans retour, Les Derniers Parfaits compose un roman d’aventure, empli de péripéties, des bruits de la guerre médiévale, des cris des mourants mais aussi tissé d’images surprenantes comme ces tours-statues de lionnes datant d’un empire antique, disparu suite à une vaste catastrophe naturelle ou cette magie talismanique s’incarnant dans des bijoux reliques provenant de l’empire. Paul Beorn avec ce roman continue de tracer une voie originale et personnelle dans la fantasy, celle qui ne fait appel aux poncifs tolkienniens et donc anglo-saxons mais celle qui s’empare enfin du folklore si riche du passé médiéval de notre pays.
 
 
Actusf : Il y aura également l’anthologie Fragments d’une fantasy antique avec un très beau sommaire. Vous êtes l’un des éditeurs qui publient le plus d’anthologies. Il y a quelques années, il se disait que les anthologies se vendaient moins que les romans. Est-ce toujours le cas ? Est-ce toujours rentable de faire des anthologies en 2012 ?
Frédéric et Nathalie Weil : En général, les anthologies ne sont pas les meilleurs succès... Mais, il y a un "mais" d’espoir en 2012, Reines et Dragons, l’anthologie publiée en partenariat avec les Imaginales s’est très bien vendue à tel point que nous allons faire un retirage ! C’est la première fois que cela se produit pour une de nos antho !
Nous essayons depuis le début de Mnémos de participer à notre façon à l’animation littéraire du secteur. Heureusement, nous ne sommes pas seuls et d’autres éditeurs indépendants, n’est-ce pas monsieur ActuSF, le font aussi très bien et avec courage en publiant eux aussi des anthologies. Ces ouvrages essayent d’être des lieux de liberté, d’expérimentation et de rencontres de talents. Des anthologistes croisent leurs réflexions avec les auteurs. Ceux-ci peuvent s’essayer à des styles, des genres qui leur sont étrangers. Ils peuvent critiquer, se moquer des stéréotypes qui traînent dans nos littératures, poser les premières lignes d’un roman en devenir, développer un personnage secondaire, un univers romanesque qui leur est cher.
Elles sont aussi le moyen de proposer une analyse, un éclairage sur des littératures que nous défendons. Ainsi, les auteurs ont répondu présents avec des textes d’une grande qualité pour Fragments d’une fantasy antique coordonnées par David K. Nouvel, parce que, comme Mnémos, ils avaient envie de rendre hommage aux sources originelles des nouveaux mythes et légendes que construit la Fantasy depuis la fin du XIXe siècle. Nous pensons qu’il était bien de signaler ce passage de flambeau entre cette fantasy au quotidien que pouvait vivre chacun durant l’Antiquité (ou en tout cas de ce que les sources nous permettent de comprendre, nous renvoyons au magnifique livre de Paul Veyne, L’Empire gréco-romain) et le ré-enchantement du monde auquel, peut-être, la fantasy contemporaine participe au premier chef.
 
 
Actusf : Quels seront vos titres en novembre ?
Frédéric et Nathalie Weil : Novembre, novembre... le mois où Mnémos sort plein de livres superbes ! Plus sérieusement, il y en aura pour tous les goûts !
- Le Culte des Goules, l’un des plus célèbres (et plus dangereux !!) livres du mythe de Cthulhu avec Le Necronomicon arrive dans une édition facsimilé pour la première fois au monde ! Vous pourrez tenir une reproduction à l’identique de la première édition de 1703 ! Grand format, illustration de couverture par Kerem Beyit d’après une sculpture originale réalisée pour un collectionneur du XIXe siècle de livres occultes, un avant-propos replaçant la découverte de l’édition princeps de 1703, Le Culte des goules, publié en Ourobores est un livre-objet pour tous les fans de HPL. Et une aide de jeu grandeur nature pour tous les joueurs de L’Appel de Cthulhu, le célébrissime jeu de rôle se déroulant dans l’univers des nouvelles de HPL !
 
- Les Derniers Parfaits, que nous avons décrit ci-dessus.
 
- L’intégrale du Secret de Ji de Pierre Grimbert
 
- Nephilim, l’Éveil, le deuxième volume de l’intégrale Nephilim de Fabien Clavel. Fabien termine sa saga consacrée aux immortels en lutte avec les sociétés secrètes. Il a d’ailleurs entièrement réécrit la fin de la saga spécialement pour cette édition. À noter pour les amateurs qu’une toute nouvelle édition du jeu de rôle éponyme et dont l’univers a servi de toile de fond à l’Intégrale sort chez Edge pour Noël 2012 à l’occasion des 20 ans du jeu.
 
 
Actusf : As-tu déjà des idées sur vos sorties en 2013 ? Que peux-tu nous dire ?
Frédéric et Nathalie Weil : Quelques idées :) 2013 s’annonce passionnante et bien chargée !
Du coté des auteurs récents : tout d’abord un nouveau roman de Justine Niogret ! Nom de code : Mordred ! Raphaël Albert termine le troisième opus de sa série drolatique et mélancolique des enquêtes steampunk de son détective privé elfe Sylvo Sylvain. Adrien Tomas achève en ce moment même un nouveau roman extraordinaire (nous avons lu les premiers chapitres !) situé dans le même univers que La Geste du sixième royaume, son titre : La Maison des mages, attendu en librairie pour le premier trimestre 2013. Et puis la suite, aussi attendue du Chant Premier de Yoann Berjaud. Après Eternity Incorporated, Raphaël Granier de Cassagnac travaille à son deuxième roman de SF pour une publication en 2013. Il dirige le nouvel Ourobores Un An dans les airs, d’après Jules Verne ! La dream team Raphaël Albert, Jeanne A. Debat, Johan Heliot et Raphaël Granier de Cassagnac se sont réunis pour écrire une histoire trépidante et steampunk inspirée par Jules Verne et ses romans. Le livre sera illustré par quelqu’un qu’on ne présente plus : Nicolas Fructus.
Après la bonne réception du Sacrifice du Guerrier, Mnémos publiera en 2013 le nouveau roman de Jacques Martel, dont l’histoire se déroule dans la même toile de fond que le Sacrifice du Guerrier.
 
Parmi les nouveaux auteurs : en janvier, Le Dit de Sargas, mythes et légendes des Mille-Plateaux par Régis Antoine Jaulin. Il s’agit d’un texte magique, R. A. Jaulin, scénariste dans le dessin animé a recréé de toutes pièces la mythologie d’un monde de fantasy qu’il raconte dans un dialogue épique et truculent ! Nous publions sous la forme d’un petit livre-objet dans la collection Ourobores, illustré par les dessins réalisés à la plume de Lionel Richerand, une œuvre à la croisée du Silmarillion de Tolkien et de la collection "Contes et légendes" de notre enfance. Et puis, il y a À la droite du diable, le roman d’anticipation de Christian Chavassieux, un texte majeur, unique, inclassable. Mais nous en dévoilerons plus un peu plus tard !
 
Parmi les vétérans : nous publierons en 2013 un nouveau roman de Johan Heliot, un nouveau roman de Nicolas Bouchard dont le nom de code est Le Panopticon. Nous publions, revu et retravaillé le premier roman remarquable d’Éric Wietzel, La Porte des limbes. Éric a écrit la suite que nous publierons courant 2013. Et Mathieu Gaborit travaille à un inédit que nous publierons en 2013 ! Mais chut c’est secret !
 
 
Actusf : Un petit mot sur le numérique. Quel premier bilan faites-vous ? Et notamment concernant la version augmentée de Kadath ?
Frédéric et Nathalie Weil : Lancement réussi, nos livres numériques ont pu atteindre le niveau de qualité que nous souhaitions très rapidement et ils sont présents sur tous les supports. Les ventes se passent plutôt bien même si cela reste encore faible comparé à la librairie. Une chose "amusante" que nous avons pu remarquer maintenant que nous sommes de la partie : dans le livre numérique, le pipotron est encore plus fort que pour les magazines et c’est peu dire. Certains acteurs ne multiplient pas par 2 ou 3 leurs chiffres comme c’est souvent la pratique mais plutôt par 10 ! Tout cela est bien artificiel et encore une fois relève d’une approche des plus cyniques pour ne pas dire plus. Maintenant, le marché en France est encore extrêmement vert. Les pratiques n’existent pas, les Français ne sont pas beaucoup équipés. Les acteurs importants du marché restent opposés ou du moins font preuve d’une extrême prudence. On peut remarquer toutefois qu’une partie du dynamisme vient aussi des institutions, conseils régionaux, agences du livre et CNL.
Concernant Kadath, le guide numérique de la cité inconnue, l’accueil a été exceptionnel ! Le livre numérique vécu comme une véritable expérience nouvelle par les lecteurs-utilisateurs et les ventes sont suffisamment bonnes (Kadath a été N°1 au Top SFFF d’iTunes pendant plusieurs semaines) pour que nous mettions en production deux nouveaux livres numériques augmentés ! Nous préparons aussi la sortie US de Kadath. Cela demande plus de temps car il nous faut préparer le terrain et les US même sur Internet, c’est grand !
 

Jérôme Vincent