Interview 2016 : Danielle Martinigol pour Les pierres qui pleurent
de Danielle Martinigol
aux éditions
Genre : Moyen Age
Sous-genres :
  • Histoire

Auteurs : Danielle Martinigol
Date de parution : mars 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Danielle Martinigol nous parle de la série Aventures à Guédelon pour les 8-12 ans publié chez ActuSF et imaginé en partenariat avec le Château de Guédelon, dont le premier tome : Les pierres qui pleurent, sort le 17 mars 2016.

Commençons par le commencement, quand as-tu commencé à t’intéresser au château de Guédelon et pourquoi ? 
 
Ce fut grâce à mon frère et à ma belle-sœur. Lui est prof de sport à l’IUT d’Auxerre. Ils ont emménagé dans un village près de Guédelon et m’ont emmenée en 2004 visiter le chantier que je ne connaissais absolument pas. Il n’y avait que les bases des tours et les murs étaient encore très bas. Cependant, leur largeur était déjà fascinante. J’ai eu un vrai coup de foudre pour ce lieu. J’y suis retournée souvent par la suite jusqu’à rencontrer un jour l’équipe de Direction.
 
 
Tu as travaillé sur place, raconte-nous tes journées ? 
 
Le premier jour j’étais avec le cordier. Chez moi sont accrochées les deux premières cordes en chanvre que j’ai faites. L’une m’avait aussitôt servi de ceinture sur ma biaude de bâtisseur, car c’est ainsi qu’on nomme ceux, hommes ou femmes, qui travaillent sur le chantier avec les oeuvriers. Il faut être majeur, avoir des chaussures de sécurité et se vêtir à la mode du 13ème siècle ! Il faut aussi s’inscrire longtemps à l’avance. J’avais fait ma biaude moi-même. Je l’ai toujours. 
 
Le second jour j’étais avec le tuilier. Mes mains étaient déjà bien fatiguées par le chanvre des cordes. Mais ce n’était rien à côté de la glaise qu’il fallait tasser dans les petits cadres de bois pour constituer les carreaux de pavement pour une chambre du château. Ils furent ensuite cuits dans un four adapté et posés par les oeuvriers. À ma visite suivante, en marchant sur le pavage et j’étais toute contente de me dire : tiens ces carreaux-là sont peut-être ceux que j’ai faits. J’en avais moulé une cinquantaine. Et mes paumes étaient écarlates !
 
Le troisième jour, lors de la réunion du matin avec les oeuvriers et les bâtisseurs, Florian Renucci, le maître d’œuvre, m’a interpelée devant tout le monde – ça se savait que j’étais là pour apprendre en vue d’écrire des romans. Florian a dit : Danielle, qu’est-ce qu’on remarque en premier en découvrant Guédelon ? J’ai répondu : la couleur ocre des pierres. Florian m’a dit que c’était juste, que j’avais tout compris, que Guédelon fini ce serait trente mille tonnes de pierres et que je ne pouvais pas parler de ce château sans travailler avec les maçons ! Alors il m’a collée au mur ! Une journée entière ! À préparer le mortier, à monter les cailloux dans les mannes, des paniers, en haut d’une échelle pour remplir un mur qui fait deux mètres de large. Les tailleurs de pierre travaillent pour celles visibles de l’extérieur, mais dans l’épaisseur, c’est du mortier et des cailloux… beaucoup de cailloux, de gros cailloux ! Je n’ai jamais été aussi épuisée de ma vie. Mais tellement fière de moi… Quand je touche la tour de flanquement Est qui a bien monté depuis, je me dis qu’au milieu, il y a mes cailloux et mon mortier. 
 
Le quatrième jour j’ai travaillé à la forge. J’ai actionné le soufflet d’un four pour le faire monter très haut en température afin de tenter d’extraire du minerai de fer du grès ferrugineux. Pendant des heures. Les forgerons en obtenu un peu. Assez pour forger un petit rectangle qui doit être quelque part dans les trophées de la forge. J’avais les muscles des bras en compote, mais j’étais ravie parce qu’au-delà du Temps j’avais rejoint mon arrière-grand-père maternel qui était maréchal-ferrant. 
 
Quand t’es-tu dit que tu avais envie d’écrire dans le cadre du château ? 
 
 La réponse est simple : dès ma première visite faire évoluer des personnages ados dans un tel cadre m’a tout de suite tentée. Mais je n’en ai parlé à personne avant plusieurs années. Le jour où j’ai enfin osé le dire à Maryline Martin la directrice de Guédelon, elle m’a dit : mais c’est super ! En plus, il faudrait que les enfants du 21ème siècle aient des contacts avec ceux du 13éme. Les Aventures à Guédelon, c’est aussi une histoire d’amitié.
 
 
Comment est née l’idée du premier tome avec cette équipe de pré-ados qui va vivre des aventures fabuleuses ? 
 
La pierre ! Encore la pierre ! J’avais envie de parler des tailleurs de pierre, je peux les regarder travailler pendant des heures. Il y a toujours foule devant leur loge. C’est tellement fascinant de voir jaillir des motifs superbes d’un bloc de calcaire qui va devenir une clef de voûte. On ne regarde plus jamais une cathédrale de la même manière après une rencontre avec les oeuvriers de Guédelon. Les pierres qui pleurent est un livre sur la passion qui anime depuis des siècles ceux qui créent des figures immortelles dans la pierre et la fascination qu’ils peuvent exercer sur des jeunes.
 
Parlons des histoires, qu’avais-tu envie de faire ? Chaque tome (et ils sont tous indépendants) évoque un corps de métier. Est-ce que ce mélange entre le récit et le ludique s’est imposé à toi tout de suite ? 
 
 Si vous devez visiter Guédelon au pas de course, ce qui serait bien dommage puisqu’en général un visiteur y passe de trois à six heures, les loges incontournables sont celles des tailleurs de pierre, des charpentiers et la forge. Montrer tout cela dans chaque livre me semblait trop lourd pour de jeunes lecteurs. J’ai donc centré mes histoires l’une sur la pierre, l’autre sur le bois et la suivante sur le fer. À chaque livre les héros créent des liens entre eux par-delà les siècles autour de ces trois matériaux. Évidemment, il y a des obstacles et des sentiments sinon il n’y aurait pas d’aventure.
 
Comment as-tu travaillé pour la partie historique ? Tu as beaucoup discuté avec l’équipe du château ? 
 
J’ai lu beaucoup de revues et de livres, j’ai écumé internet… et puis j’ai la chance que mon mari soit professeur d’histoire. Le 13ème siècle est souvent au menu à la maison. C’est un siècle passionnant, un siècle de paix, riche en découvertes, jalonné par des personnalités et des constructions exceptionnelles. C’est le siècle de Saint-Louis et de Notre Dame de Paris. L’équipe du château m’a beaucoup aidée, car ils sont en contact permanent avec des spécialistes en archéologie de l’Université de Lyon. À Guédelon, les archéologues sont fascinés, eux qui d’habitude fouillent des ruines voient au chantier médiéval des oeuvriers bâtir pour comprendre.
 
Est-ce que c’était facile de combiner l’aventure des enfants avec la rigueur de l’information ? 
 
J’ai l’habitude de faire évoluer des personnages enfants et adolescents. Ce qui m’a posé problème (mais c’était un beau défi), ce sont les dialogues entre les jeunes d’aujourd’hui et les ados du Moyen-Âge J’ai été prof de français pendant plus de trente ans. Il était hors de question pour moi que les jeunes de jadis parlent comme ceux de nos jours. Donc la communication n’est pas toujours facile entre eux. Mais je ne pouvais pas non plus être lassante avec des tirades en ancien français. J’ai hâte de connaitre les réactions de mes lecteurs. Entendront-ils Pacqueline, la petite servante de Saint-Louis, rouler les r ? J’ai tout fait pour.
 
  Il y a un chat bien mystérieux dans ton histoire. Est-ce que tu peux nous le décrire ? 
 
 Ah, le chat passeur du Temps ! On l’appelle le griffier au heaume à l’époque de Saint Louis. Son pelage est blanc sur son corps, mais noir sur sa tête. Quand on sait quel sort était réservé au Moyen-Âge aux chats noirs accusés de sorcellerie, on comprend pourquoi il cache sa tête sous un casque. D’autant plus, qu’il parle, et même parfois… en latin !
 
Pour terminer, peux-tu nous dire un petit mot sur le tome 2. De quoi va-t-il être question ? 
 
Parmi tous les livres que j’ai lus, deux m’ont énormément appris. Moi qui évoluais plutôt dans le futur… j’ai été passionnée par Une histoire symbolique du Moyen-Âge occidental de Michel Pastoureau et La révolution industrielle au Moyen-Âge de Jean Gimpel. Dans les deux ouvrages, j’ai retrouvé la pierre, le bois et le fer. Mais dans celui de Gimpel j’ai découvert en plus d’incroyables machines inventées vers 1250, la brouette par exemple. Dans le tome 2 Le maître-chêne, il est question de la première scie hydraulique. Étonnant, non ? Et bien sachez que les héros du livre sont tout aussi surpris que vous, mais qu’en plus, ensemble, du 21ème et du 13ème siècle, ils doivent la construire ! 
 
Vous pouvez suivre les Aventures à Guédelon sur la page facebook de la série et sur le blog
 
 

Jérôme Vincent