Interview 2016 : Olivier Girard pour Une heure Lumière
de Thomas Day et Olivier Girard
aux éditions
Genre : Science Fiction
Sous-genres :
  • Nouvelle

Auteurs : Thomas Day , Olivier Girard , Nancy Kress , Paul J. McAuley , Vernor Vinge
Date de parution : février 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Olivier Girard nous présente Une Heure Lumière, la nouvelle collection de textes courts du Bélial.

 ActuSF : Les éditions du Bélial’ viennent de lancer « Une heure-lumière », une collection de textes courts. Quelle était l’idée de départ et ton envie ? Je crois me souvenir que c’est une idée que tu as depuis longtemps, qu’est-ce qui fait que vous vous êtes lancés en 2016 ?

Olivier Girard : L’idée de départ est celle énoncée dans la question : créer un espace éditorial dédié aux courts romans, principalement de SF (ce qui veut dire qu’on exclue rien à priori), et principalement contemporains (ce qui veut dire, là aussi, qu’on pourrait se tourner vers l’édition de classiques de temps à autre), français et étrangers (avec une prédominance de textes primés pour ces derniers, en tout cas pour les débuts de cette dernière, histoire de l’installer en librairies). Mon envie, c’était de développer un espace éditorial à même de nous permettre d’exploiter la quantité faramineuse de courts romans inédits à tomber par terre qui attendent d’être publiés en français depuis des années et qui ne le sont pas faute de l’existence de l’espace en question. C’est effectivement une idée que j’ai depuis très (très !) longtemps.
 
 
En fait, le Bélial’ s’est quasiment constitué autour de ce genre de textes (L’Enfance attribuée, de David Marusek, ou Danse aérienne, de Nancy Kress), mais qui étaient alors publiés en dehors de toute collection, de tout espace éditorial conçu pour. Un soir, au tournant des années 2000, on a passé toute une soirée, Gilles Dumay, Serge Lehman et moi, à imaginer une collection susceptible d’abriter ces courts romans géniaux, cette SF du vertige qui nous plaisait déjà tant, celle qui nous faisait fantasmer, étant entendu qu’on considérait (et c’est toujours le cas, bien sûr) la distance du court roman comme la distance reine en ce qui concerne la SF.Je ne sais plus qui a eu l’idée du nom de la collec’, « Une heure-lumière », mais il est née lors de cette soirée (je crois me souvenir que c’est Lehman, mais j’ai un doute ; il faut dire que ça fait longtemps maintenant, et qu’on avait picolé comme des trous).
 
Ce projet a été très long à monter. J’ai longtemps tourné autour, beaucoup hésité. Et puis j’avais une idée précise du coût d’impression au-delà duquel le projet n’était plus viable — rien que la négociation avec les imprimeurs à pris pas loin de 18 mois… Il fallait aussi créer un contrat spécifique pour ces textes qui ne sont pas des nouvelles, et pas des romans au sens habituel du terme, convaincre les agents, les auteurs. Le temps a passé, mais je n’ai jamais enterré l’idée. Finalement, quand tout à été prêt, il y a presque une année, je me suis dit qu’attendre 2016, l’année des vingt ans du Bélial’ et de Bifrost, c’était un super symbole, la meilleure des façons pour nous de fêter notre anniversaire et de réaffirmer notre attachement à cette forme courte qu’on ne cesse de défendre depuis la création de la maison…
 
Actusf : Tu avais l’impression que ça manquait dans le paysage éditorial ?
 
Ah oui, clairement ! La liste des textes que je veux mettre dans cette collection est énorme. Il y a un back catalogue inexploité considérable. Et l’idée de pouvoir puiser dans ce vivier me procure un immense plaisir. Bon, après, il faut que ça marche. On est en période de test, de lancement, et comme il s’agit d’un espace éditorial inédit, franchement, je n’ai aucune idée de la réception du côté des lecteurs, même si les premières remontées sont excellentes. Je pense qu’on a fait le boulot sur les quatre premiers titres, et sur le projet en général, mais bon, maintenant, y a plus qu’à croiser les doigts…
 
 
ActuSF : Les premières parutions rassemblent des grands noms et des textes plutôt de SF. Est-ce que c’est la ligne édito globale ?
 
Olivier Girard : Oui, plutôt. Même si on ne s’interdit rien. Disons que l’idée centrale, l’axe éditorial, ce sont les grands textes de SF, cette SF que j’appelle la « SF du vertige » déjà évoquée plus haut. Un vertige humain, techno (phil ou phobe), d’idée et/ou d’image : peu importe, mais on veut du sense of wonder. Après, au Bélial’, nous n’avons jamais observé une politique de genre strico sensu. Si on déniche un texte de fantasy renversant, on hésitera pas. Ou un thriller, pourquoi pas ? A ce titre, Dragon de Thomas Day est assez représentatif : un contexte d’anticipation doté d’une ambiance à la Blade Runner, un « traitement » plutôt thriller et une ouverture au fantastique… Mais le socle de la collection, son ancrage majeur reste la SF. Après, concernant les « grands noms », ce n’est pas une volonté déclarée (celle de choisir des textes primés du côté des anglophones, en revanche, l’est davantage). Il y a aura d’ailleurs très bientôt un récit signé Kij Johnson en « Une heure-lumière » ; je doute que beaucoup de lecteurs sachent qui est Kij Johnson… Après, je l’ai dit, la collection est ouverte aux auteurs francophones. N’importe qui peut nous proposer un texte, pourvu qu’il réponde aux critères d’exigence que nous avons en général, et pour cette collection en particulier. Je veux que les auteurs francophones qui nous proposent des textes mettent tout ce qu’ils ont. Qu’ils ne se contente pas de raconter une histoire. Je veux sentir qu’ils l’ont vécu viscéralement au moment de l’écrire lorsque je la lis. Qu’ils s’impliquent totalement dans leur projet d’écriture. Une telle implication est rarissime, au regard de ce qu’on nous propose au Bélial’ au quotidien, mais ce sera le service minimum pour être publié ici.
 
Actusf : Comment as-tu choisit les premières novellas ? Et peux-tu nous les présenter ?
 
Olivier Girard : Les quatre premiers récits se veulent représentatifs, chacun à leur manière, de ce qu’ambitionne de proposer « Une heure-lumière ». Nous avons trois textes anglophones et un court roman francophone : une façon de signifier que les auteurs francophones ont leur place au sein de la collection. Dragon de Thomas Day est un texte qui interroge le monde d’aujourd’hui et l’un de ses pires travers, la marchandisation de l’innocence, le sacrifice de la pureté sur l’autel du fric et du pouvoir. Un texte hyper violent. Résolument brutal. Le Nexus du docteur Erdmann (un prix Hugo) nous questionne sur la place que nos sociétés modernes réservent à nos anciens. Plus douce-amer que Day, moins frontale, Nancy Kress n’en est pas moins sans concession et d’une grande justesse. Cookie Monster de Vernor Vinge (prix Hugo et Locus), sans doute le plus eganien des quatre ouvrages qui marquent le lancement de la collection, un axe que je tenais à affirmer dès les débuts d’ « Une heure-lumière », nous interroge sur la nature de la réalité et l’intelligence artificielle. Le Choix de Paul J. McAuley (prix Sturgeon) et un texte sur l’adolescence et ses aspirations dans un monde lui-même privé de toute aspiration. C’est Mud de Jeff Nichols qui rencontre Interstellar, un récit d’une profonde humanité, d’une extrême justesse. Ces quatre textes ont ceci en commun qu’ils nous parlent du monde d’aujourd’hui tout en nous faisant voyager vite et loin. Très loin. 
 
 
ActuSF : Peux-tu nous dire un mot des textes de la deuxième vague ?
 
Olivier Girard : Deux nouveaux courts romans paraîtront à la fin de l’été, tous deux signés d’auteurs américains, l’un de Ken Liu (un récit très brutal et tout ce qu’il y a d’inattendu ; vraiment une grosse claque), l’autre de Kij Johnson, je l’ai dit, une auteure peu connue de ce côté-ci de l’Atlantique qui signe un récit loin des codes du genre tout en s’y inscrivant pleinement (oui, je sais, c’est étrange), une merveille lauréate des prix Hugo et Nebula, rien que ça, un texte vibrant de sense of wonder tournant autour de la construction d’un pont titanesque reliant les deux parties d’un empire.
 
ActuSF : Quelle sera la suite des publications de « Une heure-lumière » ?
 
Olivier Girard : On a plein de choses magnifiques sous le coude, des textes de Vernor Vinge, Allan Steele, Ian McDonald, Laurent Genefort, Greg Egan, Geoffrey Landis, Roger Zelazny… De quoi voyager vite et loin, assurément, au moins à une heure-lumière !
 

Jérôme Vincent