Interview de Pierre Bordage (2003)
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de Pierre Bordage
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Pierre Bordage
Date de parution : mai 2003 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : mai 2003

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Pierre Bordage que l’on ne présente plus, fait ses premiers pas dans la SF jeunesse avec la novélisation de Kaena, film d’animation 3D réalisé en France qui sortira le 4 juin sur les écrans...

Nous  : Comment est née l’idée de Kaena ?
Pierre Bordage : L’idée de Kaena n’est pas de moi. L’univers était posé par deux personnes qui travaillent dans l’univers du jeu vidéo. La production du jeu a décidé d’en faire un film et m’a sollicité pour travailler sur le scénario, ce que j’ai fait. Divers épisodes et problèmes ont fait que j’en ai été écarté. J’ai ensuite été prioritaire pour la novélisation du scénario, Mango a récupéré les droits, ils m’ont proposé de faire le roman jeunesse et j’ai accepté. L’idée vient donc d’ailleurs, j’ai simplement participé à son développement.

Nous : L’univers de l’arbre-monde Axis avait donc été déjà imaginé par les créateurs du jeu, mais avez-vous créé le personnage de Kaena ?
Pierre Bordage : Le personnage de Kaena existait déjà même s’il a évolué. L’idée globale était déjà créée, à savoir le personnage extraterrestre se situant en haut de l’arbre, mais il fallait simplement mettre ça en forme et organiser l’aventure. Ca a donc été ma participation de départ, même si elle n’a pas été très importante sur le scénario. Après la faillite d’une première société de production, une seconde qui était chargée de faire le film m’a crédité de deux personnages. Le milieu du cinéma est un peu spécial. C’était un projet plein de galères mais comme on dit souvent que les films à problèmes font les gros succès, celui-ci devrait en connaître un énorme…

Nous : Vous aviez déjà réalisé une novélisation. L’œuvre de départ était alors le jeu vidéo Atlantis…
Pierre Bordage : Oui, tout à fait. La société qui le développait voulait décliner l’univers en jeu puis en roman. J’ai Lu m’a alors demandé si ce projet m’intéressait. C’était le cas à condition de ne pas reprendre le scénario du jeu. J’ai donc rencontré le scénariste qui m’a expliqué ce que lui voulait exprimer. Comme il était très frustré par toutes les contraintes techniques, je me suis plutôt installé dans ses zones d’ombre. L’idée était de créer l’aventure préliminaire. Le livre se termine donc au moment où le jeu commence. En dehors du fait que l’univers était déjà posé, il s’agissait donc pour le coup d’une véritable création romanesque.

Nous : Le travail était donc différent pour Kaena, est-ce que cette aventure vous a plu ?
Pierre Bordage : Le travail était effectivement très différent puisqu’il ne s’agissait que d’une novélisation. Disons que j’avais de grosses frustrations par rapport au scénario car je n’avais pas pu aller au bout du projet. Je n’ai toujours pas vu le film d’animation qui était en montage et j’ai donc travaillé sur la version finale du scénario. Lorsqu’on me l’a donné, j’ai trouvé qu’il comportait beaucoup de défauts. Il me fallait écrire le bouquin en me servant de sa trame. N’ayant pas les images en support, elle me semblait un peu embrouillée mais je n’avais aucun moyen de me rendre compte si ça passait ou pas. J’ai donc travaillé différemment et écrit un livre beaucoup plus linéaire que le scénario.

Nous : Et l’idée principale véhiculée par le livre, à savoir de pousser les enfants à se faire leur propre opinion en vivant leurs propres expériences, était-elle déjà présente dans le scénario de départ ?
Pierre Bordage : Franchement je ne peux pas vous le dire parce que je ne l’y ai vraiment pas sentie. Maintenant je ne sais pas qu’elle était l’intention précise des créateurs de l’univers sur ce point. Moi j’ai ressenti cette histoire comme une aventure initiatique destinée à échapper à un conditionnement, il faut juste voir si cette idée émerge également du film. Il n’y a pas que cette idée dans le livre, il y a aussi la découverte et l’acceptation de l’autre. Ces sujets rentrent souvent dans mes propres thèmes. Je m’en suis donc emparé. Il faut également savoir qu’au début du projet, Jodorowsky y a aussi fait un petit tour et la quête initiatique a toujours été un de ses thèmes de prédilection.

Nous : C’est apparemment la première fois que vous travaillez pour des enfants...
Pierre Bordage : C’est effectivement la première fois mais plus précisément, Kaena s’adresse à ceux que les anglo-saxons appellent les " young adults ", c’est à dire les ados… C’est d’ailleurs les 14-17ans que la collection Autres Mondes qui s’adressent normalement à des enfants de 10 ans, m’a demandé de viser au départ de mon travail.

Nous : Cela a-t-il changé quelque chose dans votre manière de travailler ?
Pierre Bordage : Je pense que chaque texte impose des contraintes particulières. La SF impose les siennes. Celle fixée par le directeur de collection (Denis Guiot) était de faire quelque chose de clair et " dégraissé " pour happer le jeune lecteur et ne pas le lâcher. Contrairement à beaucoup de monde je pense qu’ils peuvent s’enfiler des gros trucs gras (d’ailleurs la preuve, ils vont tous au Mac Do). J’ai d’ailleurs des lecteurs de 11 ans qui ont lu sans problème Les Guerriers du Silence qui fait 2 000 pages. Il y a donc des jeunes lecteurs boulimiques pour lesquels la longueur d’une œuvre n’est pas un obstacle. Mais il faut bien avouer que la majorité des enfants a apparemment un souci avec la lecture. La contrainte du directeur de collection était donc de ne pas les lâcher en route. Ca m’a obligé à considérablement dépouiller mon écriture. Mais dépouiller ne veux pas dire rendre pauvre. C’était donc un défi de rendre les choses plus directes sans produire un style totalement sec.

Nous : Avez-vous déjà recueilli des premières impressions d’enfants ayant lu Kaena ?
Pierre Bordage : Oui mais le démarrage du livre a également été problématique. Il manquait la page 14 de la première édition. L’éditeur a donc essayé de rattraper les 15 000 exemplaires partis dans la nature. Il n’en a récupéré que la moitié. Les autres ont donc été vendus sans la page 14. Comme en plus le film a été retardé et que ça n’arrangeait pas la production que les deux sorties soient décalées, les véritables parution et distribution du livre ont été retardées d’octobre à mai. Pour l’instant j’ai reçu l’e-mail d’une classe l’ayant sélectionné pour le défendre dans un prix jeunesse et je dois prochainement aller en voir une autre qui a travaillé dessus. Même s’il n’a pas encore réellement commencé, le démarrage semble donc plutôt positif.

Nous : Qu’aimeriez-vous que les enfants retiennent de Kaena ?
Pierre Bordage : L’envie de lire peut-être. C’est la même chose qu’avec Harry Potter à une échelle moindre, c’est à dire qu’ils vont pouvoir faire la comparaison entre la littérature et l’image et ainsi voir que la littérature peut leur apporter autre chose. Il s’y crée une relation plus intime entre les personnages et le lecteur alors que le cinéma vous impose une vision d’eux. Si cette relation plus intime et le fait de se créer leurs propres images et leur propre univers à partir de mots pouvaient leur donner envie d’aller plus loin, je serais content. Je pense que le but de la littérature jeunesse est avant tout de réconcilier les enfants avec l’écrit dans une civilisation qui privilégie l’image. Il faut donc leur montrer que le livre peut leur créer un nouveau rapport avec l’imaginaire et donc leur donner une plus grande liberté.

Nous : L’écriture jeunesse est une expérience que vous souhaitez renouveler ?
Pierre Bordage : Tout dépendra des envies et des circonstances. Je sais que Mango est très désireux de retravailler avec moi. On m’a souvent soumis ce type de projets mais encore une fois tout dépendra des envies du moment. J’aimerais le faire mais avec une histoire à moi, sans qu’il s’agisse d’une adaptation. Je trouverai plus intéressant de mener l’expérience de l’origine jusqu’à son terme. De plus, le monde des auteurs jeunesse de SF, (un ghetto dans le ghetto), me semble beaucoup moins prise de tête que beaucoup d’autres. Donc je n’écarte effectivement pas l’idée d’y refaire une excursion un jour.

Nous : Pour terminer je vais vous poser une question que nous posons souvent : que souhaitiez-vous faire quand vous étiez petit ?
Pierre Bordage : J’ai d’abord voulu être missionnaire. J’étais passionné par la vie des saints et des martyrs en Afrique ou ailleurs. Ensuite j’ai voulu comme tout le monde être pompier ou gendarme, l’attrait de l’uniforme sans doute… Après je n’ai pas eu d’idée très précise. J’ai rédigé un petit bouquin d’aventures en 6ème mais je n’ai jamais eu enfant la pensée ni le désir fort d’être auteur. Le plaisir de l’écriture est venu en 6ème-5ème avec les rédactions. Ensuite on rentre dans l’analytique et ça ne plaisait plus du tout. J’ai donc perdu le goût de l’écriture jusqu’à la fac où j’ai participé à un atelier de création littéraire. Le prof nous disait de nous faire plaisir. Il se moquait de la qualité à partir du moment ou nous écrivions et notait donc seulement le nombre de pages. Partant de là on se lâchait complètement et ça m’a fait renouer avec le plaisir d’écrire. J’ai fait une sorte de brouillon l’année suivante qui a été refusé à une large majorité par les éditeurs. Il a donc fallu que je bosse et tout ça est resté en sommeil jusqu’en 1985 où j’ai à nouveau eu envie d’écrire. J’ai fait Les Guerriers du Silence que j’ai terminé en 1986 et qui a été publié en 1993. Tout a donc été assez long mais une fois arrivé au bout tout c’est enchaîné. On m’a proposé de faire des bouquins et je suis devenu écrivain professionnel.

Claire Bauchat

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