La destruction du Parthénon
de Christos Chryssopoulos
aux éditions Actes Sud ,
collection Littérature étrangère
Genre : Anticipation
Sous-genres :
  • Anticipation

Auteurs : Christos Chryssopoulos
Couverture : Kamil Vojnar
Traduction : Anne-Laure Brisac
Date de parution : mars 2012 Inédit
Langue d'origine : Autres
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 96
Titre en vo : The Parthenon Bomber
Parution en vo : octobre 2010

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Un roman d’anticipation d’un réalisme troublant...

Christos Chryssopoulos, né en 1968 en Grèce, est aujourd’hui considéré dans son pays natal comme l’un des auteurs les plus originaux de sa génération. Lauréat du Prix de l’Académie d’Athènes en 2008, membre du Parlement culturel européen et professeur au Centre national du livre grec, il est l’auteur de douze romans, dont trois sont déjà publiés en France chez Actes Sud. La destruction du Parthénon est son dernier roman, dont la sortie en 2010 en Grèce a provoqué de vives réactions.

« Il faut faire sauter l’Acropole ! »

« Le Parthénon a explosé le vendredi 17 de ce mois, à 20h13 ». Athènes est sous le choc, habitants et touristes poussent des cris, effarés, et regardent la ligne d’horizon où se dressait autrefois la splendeur d’Athènes, et où repose désormais un tas de ruine d’où s’élèvent des nuées de poussières antiques. Tour à tour, des témoins de l’évènement prennent la parole, racontent dans une totale incompréhension cet acte monstrueux accompli par un jeune athénien fanatique. Ils se livrent, et s’interrogent : que va devenir le pays, amputé de son passé, privé à jamais de son symbole le plus fort ?

Fierté nationale ou ombre menaçante du passé ?

Christos Chryssopoulos s’attaque dans cette incroyable fiction au monument le plus représentatif de son pays. Le Parthénon est plus qu’un monument, c’est un emblème, une grande fierté pour les Athéniens depuis sa construction en -449 avant J.C., et sa présence attire un nombre considérable de touristes chaque année. Alors envisager sa disparition est impossible. Cela avait pourtant déjà été projeté en 1944 par un cercle d’artistes surréalistes grecs mené par le poète Yorgos V. Magris, qui avait édité une proclamation « Il faut faire sauter l’Acropole », et avait nommé son mouvement « la Société des Saboteurs Esthétiques d’Antiquités ». Leur but était de réduire certains monuments à néant, considérant ces actes comme de l’art, ainsi qu’une libération pour le pays d’un passé trop lourd à supporter. L’auteur pose donc les bases de son roman sur ce fait historique, et imagine plus de 60 ans après qu’un jeune homme solitaire a entendu son appel et a prit la décision de passer à l’acte.

Pour raconter cette histoire, Christos Chryssopoulos utilise la forme documentaire, et mêle des entretiens de proches du jeune homme, de témoins directs ou indirects de ses activités, d’articles de journaux et d’aveux « supposés » du terroriste. Celui-ci est la représentation d’une vision contradictoire des grecs vis-à-vis du Parthénon, qui est pour eux à la fois un réconfort, le souvenir d’une culture forte qui rayonnait autrefois sur l’Europe, et en même temps un rappel de la grandeur de leur passé et de la « décadence » actuelle du pays. L’auteur imagine donc les réactions très différentes que provoque la disparition de l’édifice, le soulagement secret pour certains, l’incompréhension et la tristesse pour d’autres, ou encore la colère et la violence.

Echo de son temps

Christos Chryssopoulos signe un court roman d’anticipation, ingénieusement construit et terriblement réaliste. Par-delà la fiction, son sujet fait écho à la situation actuelle de la Grèce dans l’Europe. Sa parution originale en octobre 2010 a suivi de quelques mois une proposition faite par l’Allemagne de vendre le Parthénon ainsi que certaines îles grecques afin d’aider le pays à sortir de la crise. Deux ans après, le roman ne perd pas son sens, la Grèce est toujours au cœur de l’actualité et le Parthénon, dont l’entretien de plus en plus difficile ne parvient plus à masquer les fissures qui se creusent dans ses colonnes, est désormais utilisé par toute la presse pour illustrer la ruine du pays.

Guilaine Spagnol

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