Les coups de coeur de Jean-Luc Rivera - Mars 2012
de Ophélie Bruneau et Rachel Aaron
aux éditions
Genre : Actes de colloque

Auteurs : Ophélie Bruneau , Rachel Aaron , Jean-Luc Rivera , Raphaël Colson , Richard D. Nolane , Stéphane Créty , Serge Lehman , Ben Aaronovitch
Date de parution : 0000 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Régulièrement, Jean-Luc Rivera évoque ici ses coups de cœurs et ses bonheurs de lecteur...

Anomalies (Masqué - 1) de Serge Lehman et Stéphane Créty
 
Serge Lehman poursuit sa recherche et sa réhabilitation du super-héros à la française, qu’il avait commencé avec succès dans une série précédente ; je le dis de suite, c’est une nouvelle réussite à en juger par le tome 1 de "Masqué" intitulé "Anomalies" (Delcourt, collection Neopolis). Le point de départ est une mission d’une force d’interposition française au Caucase, dans un futur proche, mission qui a mal tourné : le sergent Braffort, l’un des deux seuls survivants, est rapatrié à Paris. Et quel Paris ! Un super-préfet, Beauregard, a redécoupé la ville et transformé son architecture d’une manière aussi hallucinante que mégalomaniaque pendant que des "anomalies" se produisent un peu partout, à savoir des matérialisations de choses étranges qui deviennent ensuite des mécaniques mortes après avoir imité des choses vivantes - et le mot "chose" est choisi et répété à dessein . Braffort va se retrouver embauché par Beauregard et là, nous entrons de plein pied.dans la littérature populaire car, bien sûr, le préfet est un vilain (mais l’est-il vraiment ?) avec un agenda dont notre héros va devenir la victime (ou le sujet chanceux ou malchanceux au choix), lié à l’existence d’un super-héros (ou d’un super-criminel) du XXe siècle parisien nommé le Fantôme (double clin d’oeil de Serge Lehman je pense...) dont tout le monde a lu les aventures. Tout cela pendant qu’un groupe aussi secret que médiatique répand dans toute la ville ses informations, servant de contre-pouvoir et de contre-propagande, tout en projetant au-dessus du Sacré-Coeur un superbe hologramme géant de Fantômas ("l’un des tueurs en série français les plus féroces" dixit le journal du réseau éclair de la p. 12) dans son incarnation Starace. Et, en fin de volume, le lecteur a le plaisir de lire 3 pages de Zoé Kader sur "Une nuit à la BPA" (le service de police enquêtant sur les Anomalies) dans lequel j’ai apprécié de noter que la plus grosse - en taille - anomalie connue flotte contre le pont de Sèvres...
Cela m’amène au dessin de Créty qui est absolument magnifique et rend fort bien l’esprit du scénario : ce Paris est un mélange de passéisme, de modernisme et de rétro-furisme, la couverture en étant un résumé parfait avec ses immeubles haussmaniens, ses tours gigantesques, son ciel parcouru par des dirigeables et des faisceaux de projecteurs ! Il faut voir p. 9 sa vision de la Défense, hyper-moderne puis sa transition p. 15 d’un Paris sous le ciel gris où tout se mêle. Le dessin est toujours clair et précis, avec ce mélange curieux qui traduit la volonté des auteurs : personnages habillés comme aujourd’hui mais aussi certains vêtus à la manière des années 1920 (comme p. 14 dans une case saisissante par ses contrastes). Les couleurs sont très réussies aussi, tout cela donne donc une série excellente dont le tome 2, sortie prévue le 6 juin, devrait apporter certaines réponses à nos interrogations. Vive le super-héros à la française !
 
 
 
Le Pilote du Diable de Nolane
 
Vient de sortir chez Soleil le premier tome de "Wunderwaffen" intitulé "Le Pilote du Diable". Encore, allez-vous dire, une de ces innombrables uchronies où la Deuxième Guerre Mondiale se poursuit, rien de bien nouveau... Faux ! Voilà un bel exemple d’histoire originale à partir des rumeurs qui existent depuis la fin de la guerre sur la réalité des programmes allemands d’armes technologiquement très en avance sur leur temps. Nolane, en fin connaisseur de tous les aspects de l’ufologie, y compris dans ses franges les plus allumées et conspirationnistes, et de la "mythologie" occultiste nazie développée à partir du "Matin des Magiciens" de Bergier et Pauwels, nous emmène dans une Allemagne où la guerre se poursuit en 1946, suite à la mort d’une partie de l’état-major russe et à l’échec du débarquement en Normandie qui ont permis aux ingénieurs allemands de développer leurs programmes. Nous suivons ainsi les exploits aériens du "hauptmann" Walter Murnau (l’équivalent allemand de Buck Danny, je ne résiste pas à ce clin d’oeil !) sur l’un de ces avions à réaction, le Lippisch P13a, qui équipent maintenant la Luftwaffe : l’homme, qui déteste Hitler et sa politique, se retrouve décoré par le Führer en personne qui se prend d’une détestation immédiate pour le pilote. En parallèle, nous suivons l’enquête de Jacques Bergier lui-même, qui a réussi à échapper à l’enfer des camps de concentration et a rejoint le général de Gaulle à Londres où il fait merveille pour poser les bonnes questions sur les recherches secrètes allemandes et déjouer la désinformation. Nolane nous gratifie d’ailleurs d’un petit dossier sur les "Wunderwaffen" historiques fort bien fait en fin d’album afin d’aider les lecteurs peu familiers avec cet aspect de l’histoire.
Le dessin de Maza est superbe ! Tous les avions sont de toute beauté et absolument corrects, me semble-t-il, félicitations pour le travail de documentation en amont. Et les couleurs sont aussi très réussies : pour une fois voici un album qui n’évolue pas uniquement dans des tons glauques de brun et de gris...
 
Tous les amateurs de beaux avions et/ou d’histoire secrète, tous les bergiérophiles - dont je fais partie depuis la lecture de "Planète" - et, d’une manière plus générale, tous les amateurs d’une bonne BD de SF uchronique ne pourront qu’apprécier à sa juste valeur ce bel album qui fait attendre avec impatience sa suite, prévue pour début 2013. 
 
 
 
Rétro-futur ! de Raphaël Colson
 
Comme son titre l’indique, "Rétro-futur !", de Raphaël Colson (Les Moutons électriques), nous fait entrer dans l’univers infiniment varié et esthétiquement superbe de ces futurs qui ne sont jamais arrivés ou de ces passés qui auraient pu être, sources de rêve sans fin. L’auteur nous fait découvrir une masse colossale de romans, BD, mangas et films traitant de ces sujets dans le monde occidental et au Japon, après avoir posé les définitions : non seulement ce qu’est le rétro-futurisme en tant que tel, mais aussi ses origines et des courants ou sous-genres dont j’ignorais totalement l’existence comme le "dieselpunk" (action dans les années de l’entre-deux-guerres) ou "l’atompunk" (fin des années 40 et années 50) et autres dérivés (cf l’impressionnante nomenclature des pp 42-43 : j’adore le "teslapunk" !). Cela donne un livre passionnant et érudit, d’autant plus qu’il est enrichi de nombreuses interviews (comme celle de Henry Jenkins, l’homme qui a inventé cette magnifique expression de "The Tomorrow That Never Was" ou de François Schuiten sur les métropoles fantasmatiques). L’ensemble du livre est très beau, depuis sa couverture par David Alvarez que je trouve absolument magnifique et résumant fort bien le sujet jusqu’à la troisième partie du livre, "Vintage", où l’on découvre les communautés rétro-futurs de la toile, les tendances du graphisme ou celles du rétro-design automobile. Le chapitre consacré aux "Souvenirs des cités futuristes d’antan" (p. 139) est d’une beauté saisissante et glaciale dans ses illustrations (on ne peut que regretter qu’elles ne soient pas en couleurs mais cela aurait sans doute trop augmenté le prix du livre), en particulier les deux pages consacrées à un architecte extraordinaire, Hugh Ferris, et à son ouvrage que je rêve de posséder, "The Metropolis of Tomorrow" : somptueux ! Toute l’iconographie du livre de Raphaël Colson mérite d’ailleurs le même qualificatif avec tous ces documents (couvertures de magazines anciens comme "Popular Mechanics" ou de BD de différentes époques).Tout cela nous donne un livre d’une lecture passionnante auquel je ne mettrais que deux petits bémols : d’une part je ne suis pas sûr que tous les lecteurs suivront Raphaël Colson dans toutes ses analyses et appréciations politiques du système libéral et des implications qu’il en tire pour le genre, en particulier aux Etats-Unis et, d’autre part, il me semble qu’une lecture trop rapide de sa part de l’oeuvre de Wells lui fait parfois attribuer à cet immense auteur des vues complètement opposées à celles qu’il soutenait (par exemple p. 247 à propos de la guerre aérienne il ignore ce que Wells écrivait dans "La guerre des airs", dixit l’un des meilleurs connaisseurs français de Wells, Joseph Altairac, à qui j’ai demandé son avis en la matière).
 
Ce livre est en tout cas un livre fondamental pour toute personne s’intéressant à ces sujets - grâce à Raphaël Colson j’ai encore augmenté la longueur de ma liste d’ouvrages et de BD à trouver impérativement de toute urgence... - et voulant avoir une bonne vue d’ensemble d’un sous-genre en plein développement. J’ajouterai qu’était sorti en 2010, aussi aux Moutons électriques, un ouvrage d’Etienne Barillier intitulé "Steampunk. L’esthétique rétro-futur" et que les deux livres sont des compléments indispensables l’un de l’autre. 
 
 
 
Le Voleur aux esprits de Rachel Aaron
 
A la célèbre interrogation d’Alphonse de Lamartine, "Objets inanimés, avez-vous donc une âme... ?", la réponse de Rachel Aaron dans "La Légende d’Eli Monpress : Le Voleur aux esprits" (Orbit) est un oui franc et massif ! En effet, elle nous emmène dans un monde où chaque plante, chaque objet, du plus petit - un grain de sable ou une goutte de pluie - au plus gros - une montagne par exemple - a un esprit, plus ou moins éveillé, plus ou moins intelligent, avec lequel certains humains ont le pouvoir de communiquer. Afin de préserver l’équilibre et de protéger les esprits de magiciens noirs appelés les Asservisseurs - le nom indique bien leur pouvoir de forcer un esprit à exécuter leur volonté - existe la Cour des Esprits, une caste de magiciens, les Spirites, qui s’associe à des esprits - échange de pouvoir contre force -, afin de lutter contre les préjudices de la population à leur égard. Miranda Lyonette, jeune magicienne fraîche émoulue de son Académie, est envoyée, avec son chien fantôme géant et doué de parole, Gin, à Mellinor, seul royaume à bannir la magie et les magiciens, pour y arrêter Eli Monpress, voleur et magicien redoutable. il est train d’y exécuter son forfait le plus spectaculaire à ce jour : assisté de Josef Liechten, bretteur redoutable porteur d’une épée éveillée encore plus redoutable et de Nico, jeune femme silencieuse, menotée d’argent et inquiétante - pourquoi les esprits hurlent-ils en la voyant ? -, il vient d’enlever le roi de Mellinor ! Inutile de dire que cela crée une situation sans précédent dans le royaume, d’autant plus confuse que le frère aîné du roi, Renaud, réapparaît en homme providentiel alors qu’il avait été banni du royaume et avait donc perdu son droit au trône car magicien, et quel magicien, le plus redoutable des Asservisseurs... Eli va donc être obligé de lutter sur tous les fronts à la fois pour résoudre les problèmes nés de la pagaille qu’il a semé et cela nous donne une aventure de cape et d’épée absolument magique dans tous les sens du mot !
Rachel Aaron a créé un monde surprenant, fort attachant, avec ses esprits peuplant tout et le pouvoir de certains humains à communiquer avec eux et à les utiliser - en quelque sorte du super-chamanisme. Eli Monpress est le prototype du voleur sympathique, frondeur et charmeur - la scène où les jeunes arbres se penchent vers lui en gloussant à son passage comme des pucelles, le tout à l’immense surprise de Miranda qui n’a jamais vu cela auparavant -, d’apparence cynique mais il ne s’agit manifestement que d’une protection car au fonds de lui-même il est sensible et attentionné, responsable et sérieux. Le contraste avec Miranda, magicienne pétrie de certitudes, en est d’autant plus efficace : la manière dont celle-ci va découvrir que le monde n’est pas tout blanc - le sien - ou tout noir - le reste - est très savoureuse et bien menée. Les autres personnages - qu’ils soient humains ou esprits - sont bien campés, les méchants sont méchants et, pour certains, énigmatiques à souhait (la Ligue des Tempêtes).
 
Le roman est écrit, avec beaucoup de finesse, sur un ton humoristique, avec des réflexions parfois très pince-sans-rire des personnages - par exemple les considérations sur l’intelligence de l’esprit d’un fourneau de cuisine sont hilarantes -, qui lui donne une saveur particulière. Voilà un roman de fantasy très accompli, qui renouvelle le genre, et se lit avec passion. A quand sa suite ?
 
 
 
Captain Swing et les pirates électriques de Cindery Island de Warren Ellis
 
La plupart des lecteurs connaissent Warren Ellis pour ses excellents scénarii de BD de SF et/ou de super-héros : avec "Captain Swing et les pirates électriques de Cindery Island" (Milady Graphics), il s’attaque avec le même bonheur à la veine "steampunk". Utilisant comme point de départ une légende urbaine qui fit beaucoup de bruit dans l’ Angleterre de 1837 ( et toujours célèbre chez les fortéens contemporains), celle de Spring Heeled Jack - un homme au caractère surnaturel, vomissant des flammes bleues et ayant des yeux lumineux rouges ou bleus, il attaqua plusieurs jeunes femmes, s’enfuyant avec des bonds si puissants qu’ils lui valurent ce surnom dans les journaux -, Ellis l’utilise comme caractère principal, avec des découvertes de l’utilisation de l’électricité (au lieu de parler de "steampunk", j’aurais dû utiliser plutôt le terme "electricitypunk") qui permettent des avancées technologiques surprenantes comme un vaisseau volant à voiles ! N’oublions pas qu’à cette époque l’étude des propriétés de l’électricité n’en est qu’à ses balbutiements... Il nous fait suivre, dans un Londres du début des années 1830, où la rivalité entre bobbies et police de la magistrature bat son plein, un jeune policier, Charlie, qui se lance sur les traces du mystérieux Captain Swing. Charlie découvrira que les vrais criminels ne sont pas forcément ceux que l’on croit, que loi et justice ne sont pas synonymes et qu’il y a toujours une conspiration de riches et de puissants derrière les malheurs du peuple... Cela donne une belle histoire, à mi-chemin entre BD et roman par sa présentation, magnifiquement illustrée par Raulo Caceres, un dessinateur espagnol qui rend superbement bien les scènes aériennes. Et la colorisation, dans ce cas, permet de très beaux effets électriques ! Sans oublier l’utilisation de dessins de machines d’époque qui ajoute un cachet supplémentaire à l’ensemble. La couverture résume parfaitement bien ce que je viens de vous exposer et je la trouve personnellement superbe.
Voilà une belle réussite, qui réjouira tout autant les amateurs de SF populaire tendance "steampunk" - et les autres, ceux qui aiment une bonne aventure SF - que les amateurs de fortéanisme.
 
 
 
Les rivières de Londres de Ben Aaronovitch
 
Il me semble que les Anglais comptent, depuis quelques temps, certains des écrivains d’ "urban fantasy" les plus originaux et les plus talentueux : Ben Aaronovitch, nouveau venu qui signe là son premier roman, en est un excellent exemple avec "Les rivières de Londres" (Nouveaux Millénaires).
Foin du Londres victorien traditionnel, nous sommes dans le Londres contemporain, moderne et cosmopolite où un jeune Londonien moyen - anglo-africain, buveur de bière et amateur de musique - arrive au bout de ses deux années de policier stagiaire et va obtenir son affectation définitive. La vie étant ainsi faite, il va, la veille de ce jour décisif, alors qu’il est en faction sur une place près d’une église, scène de crime, recueillir le témoignage de première main d’un témoin oculaire du crime. Ce serait parfait si il ne s’agissait d’un fantôme ! Cela pose évidemment problème, mais est-ce vraiment le cas ? Peter, le jeune policier, va se retrouver affecté à la Répression des Fraudes, service fourre-tout où il est rattaché à l’inspecteur Nightingale qui constitue un service, et un service puissant, à lui tout seul. Pourquoi ? Parce que, suite à un "accord", il sert à assurer le lien et la police avec toutes les créatures surnaturelles du royaume : en effet, comme il le rappelle, la justice de la Reine s’étend à tous ses sujets, et ce quelle que soit leur nature. Peter et Nightingale vont ensemble enquêter sur une série de meurtres particulièrement horribles : ce brave garçon apprendra ainsi la police sur le terrain tout en devenant l’apprenti de Nightingale. Cette enquête lui fera découvrir les esprits de la nature qui incarnent les rivières alimentant la Tamise, fleuve lui-même divisé entre le père Tamise, le Vieil Homme du Fleuve, et mama Tamise, de manière surprenante une matrone nigériane (!) et ses nombreuses filles : les deux esprits tutélaires s’affrontent pour le contrôle de Londres et ce sera à Peter de faire régner l’ordre et d’éviter l’affrontement ouvert. Assisté par la jeune policière Lesley - de surcropit fort attirante -, l’énigmatique, inquiétante et muette Molly - cordon bleu de la cuisine anglaise la plus roborative - et du chien Tobby, Peter va progresser humainement et magiquement, menant avec talent enquête et expériences, entouré de policiers d’autant plus sympathiques qu’ils passent leur vie au pub. Vous l’avez compris, le roman est rempli de remarques aussi acérées que bon enfant sur la vie actuelle à Londres, sa police et ses habitants, le tout formant un portrait manifestement rempli d’affection, l’auteur aime sa ville.
Le roman est superbe. Ben Aaronovitch a su avec beaucoup de talent intégrer tous les éléments de notre vie moderne à la magie la plus traditionnelle. Cela donne un résultat d’une grande finesse car à travers Nightingale et Peter, ce sont deux conceptions du monde qui s’opposent : celle du magicien traditionnel et celle du magicien moderne qui veut comprendre, de manière scientifique et rationnelle, pourquoi, par exemple, la puce en silicium se décompose en sable lors de l’usage d’un sort si la batterie est branchée... Cette dualité fondamentale du monde se retrouve de même à travers les deux incarnations de la Tamise, l’ordre patriarcal traditionnel d’une certaine ruralité anglaise et blanche centrée autour de la source du fleuve et la matriarchie à l’africaine, symbole d’égalité entre hommes et femmes, représentant la Tamise londonienne, multiculturelle et ouverte sur le monde ; encore plus finement, nous la retrouvons dans l’opposition entre l’ordre représenté par Peter et l’esprit de contestation et de révolte populaire du célèbre Mr Punch. En même temps il s’agit, dans chaque cas, de montrer la difficulté à évoluer tout en maintenant un cadre traditionnel.
 
Mais je ne vous en dirais pas plus : si vous voulez avoir la réponse à des questions aussi fondamentales que pourquoi un troll change-t-il de pont ou pourquoi faut-il porter des lunettes de protection lorsque l’on fait léviter une pomme ? Lisez ce roman plein d’humour et d’intelligence.
 
 
 
Et pour quelques gigahertz de plus... d’Ophélie Bruneau
 
Dans le domaine de la SF il y a peu d’auteurs féminins, en France encore moins. Il faut donc saluer l’arrivée dans ce club très fermé d’Ophélie Bruneau qui, avec "Et pour quelques gigahertz de plus..." (Editions Ad Astra), nous livre un premier roman non seulement de SF mais, en plus, de space opera ! Avec le récit du contact entre le commandant Jean-Frédéric Serrano et son équipage du Viking et les Ruxis, de sympathiques extraterrestres belliqueux ressemblant à des kangourous chauves de grande taille, l’auteur nous livre un récit plein de drôlerie, sans temps mort, où sont intégrés tous les codes du space opera populaire - par moments j’ai irrésistiblement pensé à B.R. Bruss ou à Pierre Barbet - et de la quête à la manière du jeu de rôle. Il nous est indiqué en quatrième de couverture qu’Ophélie Bruneau a été nourrie de Naheulbeuk et l’on retrouve cet humour décalé dans sa manière d’écrire, dans les caractères des personnages - le commandant Serrano, le major Tikosh ou le docteur Terre mais aussi chez certains des Ruxis comme le chef des pacifistes ou les deux ambassadeurs -, dans la constitution de l’équipage du style grands gamins casse-cou ou dans la civilisation extraterrestre, ahurissante à nos yeux de naïveté (et là j’ai pensé à "Galaxy Quest"), découverte par le Viking. Cela nous donne un roman enlevé sur le premier contact, la manière de gérer une crise imprévue - se retrouver en plein milieu du début d’une guerre entre deux planètes à la culture identique (relents serbo-croates ? ) - tout en gérant son supérieur hiérarchique hostile, le tout dans un astronef où l’on parle le français, où l’on picole quelque peu et surtout où l’on s’adonne avec passion aux jeux vidéo. Et c’est là qu’Ophélie Bruneau a fait preuve d’originalité, en appliquant les théories de la psychologie humaine à ses ET qui sont fort heureusement assez proches de nous, le tout donnant un résultat plein d’ironie.
 
Voilà donc un fort sympathique premier roman qui ne plaira pas aux théoriciens de la SF vecteur de critique sociale (quoi que...) ou aux lecteurs de SF philosophique mais qui devrait séduire tous les autres, ceux qui lisent pour le plaisir, pour s’évader du quotidien un moment. Pour ceux-là l’auteur atteint parfaitement son but !
 
 
Jean-Luc Rivera

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