Les îles du vacarme
de Pierre Pelot
aux éditions Pocket ,
collection Science-fiction
Genre : Science Fiction

Auteurs : Pierre Pelot
Couverture : Wojtek Siudmak
Date de parution : janvier 1981 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 256
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Une fois de plus, la plume rebelle de Pierre Pelot a craché un roman sur les masques du pouvoir, la manipulation et la crédulité des masses qui le permettent...

Auteur incontournable du paysage de la littérature française, Pierre Pelot a écrit près de deux cents romans, des pièces de théâtre, des scénarios et des dialogues pour le cinéma, la télévision, la radio... les genres auxquels il s’est attaqué sont aussi variés que son imagination est fertile : western avec la série des Dylan Stark, fantastique, science-fiction, récits préhistoriques... Malgré une tendance à faire évoluer ses personnages au sein de dystopies totalitaires sinistres et cyniques, il ne s’interdit pas à l’occasion un détour par l’humour, comme le prouvent ses pastiches de Robert Howard (Konar le barbant) qui précèdent de quelques années le Cohen le barbare de Terry Pratchett. Pierre Pelot semble avoir la faculté d’étirer le temps puisqu’il est également peintre et illustrateur ! Ce diable d’homme a écrit quelques-uns des romans les plus remarquables de la SF, souvent (très) critiques à l’égard de la société moderne. Il suffit de lire ou de relire les magnifiques pamphlets que sont Parabellum tango, Kid Jesus, La guerre olympique, Foetus party ou encore Canyon street... Pierre Pelot est un rebelle, qui mène sans relâche une guérilla littéraire contre la bêtise humaine depuis sa tanière vosgienne, comme il le prouve en déchirant le silence avec Les îles du vacarme.
 
Quand l’existence de l’homme est un péché contre Divine Nature...
 
Mutilée à la suite des multiples agressions perpétrées par le genre humain, Divine Nature a fini par se venger et a repris ses droits sur tous les continents. Les hommes sont de nouveau à la merci des intempéries, la jungle est désormais omniprésente et c’est le béton qui doit s’adapter à la progression végétale, forçant les habitants des villes à abandonner certains quartiers au profit d’autres zones moins exposées. Dylan Dancer Moab est l’un des observateurs chargés de contrôler les mouvements de cette frontière naturelle à laquelle il serait sacrilège de vouloir imposer la volonté humaine. Les sectes écologistes règnent en effet sur le monde. Malheureusement, les devins ne parviennent plus à prédire les caprices météorologiques et les catastrophes se multiplient malgré les nombreux sacrifices humains destinés à calmer le courroux de Divine Nature. Serait-ce la faute des Hors-sectes, ces rebelles sacrilèges qui ont décidé de ne plus obéir au dogme imposé par les Botanistes des Derniers Jours, les Derniers Vivants et autres Soldats de l’Amour ?
 
La Terre n’est pas notre jardin
 
Pierre Pelot mêle ici deux thèmes qui restent plus que jamais d’actualité, la préservation des écosystèmes et les masques du pouvoir. Jusqu’à très récemment, l’humanité a eu fâcheusement tendance à considérer que la nature ne devait servir qu’à lui assurer toujours plus de confort, même si ce but n’aboutissait visiblement qu’à des catastrophes naturelles et un appauvrissement de la biodiversité. Dans Les îles du vacarme, c’est le dogme contraire qui nous est proposé. La Terre n’est pas le jardin de l’humanité, qui n’en est au contraire qu’un sous-produit. Le mot d’ordre devient : obéir à la nature ! Bien entendu, rien ne sera aussi simple et le second personnage central du roman, Josie Books, au service de la très influente secte des Botanistes des Derniers Jours, incarnera la lutte pour le pouvoir politique et les manipulations dont tous sont l’objet. Rebelle indomptable, Pierre Pelot dénonce le besoin à la fois humain et infantile de se laisser guider par une figure charismatique. Dylan Dancer Moab jouera ce rôle bien malgré lui, avant de s’émanciper de cette pseudo-nécessité lorsqu’il constatera que le pouvoir n’est jamais qu’un masque derrière lequel on ne trouvera jamais rien, hormis la conscience d’avoir été dupé. À qui sera finalement réservé Ciel Ouvert, le paradis promis sur la planète Marks ? À tous, aux nantis, ou n’est-ce encore qu’une vaine promesse ? Une société, une époque finit toujours par générer involontairement un espace de liberté dans lequel s’expriment de talentueux artistes au tempérament frondeur. La science-fiction, comme le rock’n’roll ou les arts visuels, n’en manquent pas. À nous de ne pas laisser leur message se perdre dans les limbes d’un conformisme ovin.

Fred Combo