Lorsque la peur s’invite chez vous !
de Rui Zink
aux éditions Agullo
Genre : SF
Sous-genres :
  • Anticipation

Auteurs : Rui Zink
Date de parution : septembre 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Titre en vo :

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Après Le Destin du touriste en 2011, Rui Zink revient avec L’Installation de la peur aux éditions Agullo. Découvrez l’interview de l’auteur, lauréat du prix Utopiales 2017 !

Actusf : Pouvez-vous présenter en quelques mots ? Comment en êtes-vous venu à l’écriture ?
Rui Zink : Je suis né à Lisbonne en 1961, mes parents étaient profs de dessin. À la maison il y avait des livres. Alors, lire devint naturel. Un jour j’ai lu Dostoiévski, Les Frères Karamazov, je crois. Monsieur Dostoiévski savait plus de choses sur moi que moi-même. Les livres m’amenaient à des endroits inouïs. En plus, avec deux avantages (qui sont aussi des désavantages) : 1) en utilisant les mots de tous les jours ; 2) avec rien que du papier et un stylo. Le Portugal étant un pays pauvre, il m’a paru raisonnable de choisir un art bon marché. Profondément humain, en plus : quand un cinéaste fait un film, il/elle se rapproche de qui au fil de l’Histoire ? Moi, je fais ce qu’ont fait tous les penseurs et écrivains au fil des siècles. Ça rapproche, protège du froid et de l’hubris. 

Actusf : L’Installation de la peur est votre second roman, de quoi cela parle-t-il ?
Rui Zink : Attention : mon second roman – en français. Tous les deux (Le Destin du touriste et L’Installation de la peur) ont en commun le sujet de « la crise ». L’Installation de la peur répond à l’utilisation de la peur comme outil pour faire une révolution au sens inverse des révolutions traditionnelles.

Actusf : La peur comme liant d’une société n’est pas un sujet anodin, surtout de la façon dont vous la traitez. Comment avez-vous eu envie d’aborder ce sujet ? Y-a-t-il eu un déclencheur en particulier ?
Rui Zink : La crise économique qui est, en vrai (c’est au moins mon opinion), une bombe atomique pour briser le concept – dominant en Europe depuis 1945 et, comme valeur, en Occident depuis deux siècles – d’une société qui protège ses faibles et qui essaye d’être juste, voire décente, où tout le monde est bien venu si on vient en paix, et où la différence entre riches et pauvres est « raisonnable », pas issue d’un rêve de folie. 

Actusf : L’Histoire a t-elle eu un rôle dans la création de votre roman ?
Rui Zink : Oui, mais d’une façon très souple. Le centre de mes attentions est le présent et le futur, pas le passé. Mais comment peut-on se préparer au futur si on ne reste pas vigilant vis-à-vis du passé ?


Actusf : Votre roman a reçu cette année le Prix des Utopiales, cela a-t-il changé quelque chose pour vous ou pour la façon dont votre roman est perçu ?
Rui Zink : Bien sûr. On n’écrit pas pour gagner des prix, qui sont toujours injustes. Est-il évident que mon livre était « le meilleur » ? Bien sûr que non. Mais c’est une grande joie de voir son livre reconnu par un groupe de braves (je le crois) et honnêtes (espérons) gens. Ça nous donne de l’énergie pour continuer. En plus, c’est un outil de travail. Ça motive les libraires, ça confirme le pari (de plus en plus risqué) de la maison d’édition, ça aide à toucher des lecteurs. Ça motive le traducteur, en ce cas la courageuse Maïra Muchnik. Qui, avec un peu de chance, traduira encore un de mes bouquins pour la langue française. Et Agullo. 
 
Actusf : Lorsque vous écrivez, vous avez toujours un plan ou laissez-vous votre plume vous guider ?
Rui Zink : Il faut avoir un plan. Après, il faut savoir quand abandonner le plan. Je commence par avoir un but clair et, peu à peu, je découvre que le brouillard est beaucoup plus intéressant. Exactement comme le lecteur, j’espère. 



Actusf : Avez-vous des inspirations en particulier ? Un livre qui ne vous quitte jamais ?
Rui Zink : Les villes invisibles, de Italo Calvino. Même l’index du livre est beau. 

Actusf : Quels sont vos projets actuels et futurs ?
Rui Zink : Je me bats depuis des mois avec un livre pour enfants sur la maladie d’Alzheimer. Mon oncle favori, super-intelligent (il lisait sept ou huit langues), avec qui j’ai appris à lire au sens plus profond du terme, a eu Alzheimer. C’est-à-dire, d’être intelligent ne nous protège pas. Être drôles non plus, voyez Terry Jones des Monty Python. Je promenais mon oncle, tant qu’il pouvait, une fois par semaine, au resto et à un cinoche, des choses qu’il aimait. Je lui amenais aussi des livres, qu’il « lisait » sans lire. Mais ça le rendait heureux d’avoir un livre entre les mains, aux premiers temps de la maladie. Je crois (et je l’ai écrit dans mon dernier roman publié au Portugal) que l’Alzheimer peut très bien être la métaphore sinistre et parfaite pour notre futur prochain. 

Actusf : Un petit mot à vos lecteurs ?
Rui Zink : Merci ? Ça vous va ? Merci. Merci beaucoup.

 

Pour allez plus loin, vous pouvez découvrir les premiers chapitres de L’Installation de la peur aux éditions Agullo.

Estelle Hamelin