Notre vie dans les forêts ou de la sf en littérature général
de Olivier Paquet
aux éditions
Genre : Littérature générale
Sous-genres :
  • Anticipation

Auteurs : Olivier Paquet
Date de parution : octobre 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Titre en vo :

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Notre vie dans les forêts de Marie Darrieussecq (éditions POL) fait l’actualité de la rentrée littéraire. Voilà l’exemple d’un livre de science fiction paru dans une collection générale par un grand nom de la littérature française. Qu’est-ce que ça donne ? La réponse d’Olivier Paquet...

 "Notre vie dans les forêts", contrairement à certains ouvrages de la rentrée littéraire comme celui "l’invention des corps" de Ducrozet ou "la tour abolie" de Mordillat, exploite ouvertement un double thème de science-fiction (pardon, d’anticipation) : les clones et la dystopie. C’est à la fois ce qui forge la particularité de ce roman et sa faiblesse. Dans ce monde futur, des clones, des "moitiés" sont conservés pour servir de banque d’organes dans un monde sous contrôle. 
 
 
La narratrice a développé une relation avec son clone et s’interroge sur leur destinée mutuelle. Il y a matière à beaucoup de possibilités à partir de ce postulat et un amateur de science-fiction peut déjà imaginer toutes les interprétations. On ne peut nier que Marie Darrieussecq en a lu ; elle parle de Dick dans ses interviews, par exemple. On ne sent aucun mépris pour le genre quand on lit le roman, mais un lecteur un peu habitué de la SF ne sera pas surpris par les révélations, sans doute sera-t-il même agacé par l’utilisation d’un cliché trop souvent éprouvé dans les histoires de clones, sans prise de distance (non, je ne le révèlerai pas). Ce roman est un bon exemple des problèmes lorsqu’un auteur de littérature générale traite un sujet
de genre. 
 
  Si l’on compare avec "7" de Tristan Garcia, on peut mesurer la différence. Chez ce dernier, sa connaissance approfondie du genre (y compris à travers des auteurs récents comme Egan ou Chiang) lui permet de se libérer des thèmes classiques pour y apporter son approche et ses envies, une manière d’aller au-delà du classicisme sans céder aux facilités postmodernes. Chez Darrieussecq, il manque cette familiarité
avec les concepts qui permet de jouer avec et de générer de nouvelles images. Certes, un lecteur qui ne connaît rien à la science-fiction y trouvera du plaisir et une histoire, ce qui est une promesse tout à fait respectable, mais sans doute manque-t-il une dimension supplémentaire.
 
  Le monde est esquissé, son côté dystopique est plus affirmé que suggéré ou montré. Pour ménager le mystère de la révélation, Marie Darrieussecq cache l’organisation sociale de son monde, balayant l’intrigue avec des raccourcis pas toujours bien négociés. Même la relation entre la narratrice et sa moitié finit par se perdre en route, parce que l’approche est inégalitaire. La narratrice psy aurait sans doute été un moteur du roman beaucoup plus fort si la place du clone avait été plus réfléchie en amont. Le duo m’a paru trop déséquilibré parce que la logique science-fictive au coeur de l’histoire repose sur une thématique trop pauvre. Ce n’est pas un
hasard si la trouvaille la plus originale et la plus citée dans les critiques, ce sont les cliqueurs (des humains qui apprennent aux machines à relier les idées) et pas les clones ou la dystopie.
 
  Pourquoi cette relative déception en refermant ce roman ? Parce que c’est de la mauvaise science-fiction ? Non, pas du tout. Plutôt parce que, comme l’avait noté Nelly Kapriélan des Inrockuptibles, Marie Darrieussecq ne s’est pas emparée totalement des thèmes de science-fiction de son roman. Elle s’est arrêtée à mi-parcours, quand elle devait poser les fondements de son univers, détailler sa logique,
pousser ses idées jusqu’aux dernières extrémités avant d’écrire son histoire. Elle a joué avec ses personnages, mais pas assez avec la science-fiction pour la mener au-delà des thèmes qu’elle a effleurés.
 
Olivier Paquet

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