Kadath
de Mélanie Fazi et Raphaël Granier de Cassagnac
aux éditions Mnémos ,
collection Ourobores
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Esotérique

Auteurs : Mélanie Fazi , Raphaël Granier de Cassagnac , Laurent Poujois
Couverture : Nicolas Fructus
Traduction : David Camus
Date de parution : novembre 2010 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Recueil
Nombre de pages : 160
Titre en vo :

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Un guide de la cité inconnue... pour mieux la connaître

Kadath, cité des Contrées du rêve, est un mythe évoqué rarement par Howard Philip Lovecraft, mais qui fascine. Les lecteurs assidus du célèbre auteur fantastique américain en savent donc peu sur elle, et presque tout était à inventer à son sujet. En s’appuyant sur les nouvelles de HPL évoquant la cité – notamment À la recherche de Kadath du recueil Démons et merveilles – Raphaël Granier de Cassagnac s’est entouré d’artistes confirmés – David Camus, Laurent Poujois, Mélanie Fazi et Nicolas Fructus – pour produire un guide qui permettra aux rêveurs égarés dans la cité des dieux de ne pas perdre toute leur santé mentale...

Des textes qui plongent au cœur de l’Étrange

La plus grand partie du contenu textuel du Guide de Kadath est composée de quatre récits qui entraînent le lecteur dans différents quartiers de la cité, à la rencontre de certains de ses habitants et de lieux dignes d’intérêt. Ces histoires, dont on n’a que des fragments, s’entrecroisent, leurs acteurs étant quatre des cinq hauts-rêveurs – des rêveurs qui ont quitté le monde de l’Éveil (notre monde) et vivent à demeure en Kadath – et qui sont donc certaines des figures les plus marquantes de la ville.
Les auteurs de ces textes les ont pensés et rédigés avec l’idée de se mettre en scène eux-mêmes, leurs personnages étant leurs avatars dans les Contrées du Rêve, ce qui est plutôt amusant. Raphaël Granier de Cassagnac est donc ainsi l’Innommé, tellement absorbé par son étude des récits de Lovecraft sur la cité inconnue que ses rêves finissent par l’y transporter ; Mélanie Fazi est sœur Aliénor, religieuse enceinte des dieux et destinée à mettre au monde un enfant symbolisant le renouveau de ces êtres supérieurs, tellement oubliés qu’ils ont perdu la notion de leur statut divin ; Laurent Poujois, pour sa part, est le Saigneur, agent des Grands Anciens qui a reçu pour mission de développer les cultes de ces créatures d’outre-espace et d’outre-temps en Kadath. Le statut de David Camus est celui de traducteur, puisqu’il a transcrit en français le récit du voyage de Randolph Carter dans la cité des Contrées du Rêve.
Tous quatre écrits par des auteurs différents, qui ne sont pas Lovecraft – bien qu’il puisse subsister un doute pour L’Inédit de Carter... –, les récits que contient Le Guide de Kadath ont des teintes particulières, personnelles, qui les démarquent les uns des autres, mais aussi de ceux du célèbre auteur de Providence. Bien qu’il soit évident qu’à aucun moment il n’a été dans l’intention des participants au guide de faire du Lovecraft, la comparaison vient évidemment à l’esprit, et est obligatoire. On ne peut donc s’empêcher de relever l’écart avec ceux d’HPL. Indéniablement, ils atteignent leur objectif : plonger le lecteur dans un univers onirique qui tend vers le cauchemar et lui donner des clefs pour mieux connaître Kadath ; toutefois, ils ne réussissent pas à envoûter le lecteur – à le faire frissonner peut-être – comme certains textes de Lovecraft y arrivent. En même temps, ils sont extrêmement intéressants par cette démarcation d’avec ce qu’a pu produire l’auteur américain qui s’appuyait souvent sur le même schéma de narration. Cela dit, la présentation des textes de Raphaël Granier de Cassagnac, Mélanie Fazi, Laurent Poujois et de l’auteur anonyme de Ce que les dieux doivent aux hommes sont présentés découpés, distillés tout au long d’un livre largement illustré, bourré d’annotations. Bien qu’assumée – Kadath est un guide –, cette présentation nuit au confort de lecture, à la possibilité de se plonger réellement dans les textes, dans les atmosphères distillées par les auteurs, aboutit à la décortication des textes et empêche un peu l’ambiance lovecraftienne de happer le malheureux rêveur...

Un support graphique superbe

Nous l’avons déjà indiqué, Le Guide de Kadath est largement illustré.
Nicolas Fructus y est sans doute à son meilleur, offrant tantôt des esquisses, tantôt des dessins aboutis, tantôt des tableaux en couleurs d’une beauté envoûtante. En utilisant des techniques variées, l’artiste réussit à faire croire que les illustrations sont soit des gravures signées Auguste Philistin – son avatar en Kadath –, soit des photographies en noir et blanc, soit enfin des reproductions de fresques qui ornent certains endroits de la cité et ses abords. Le travail de Nicolas Fructus est pour beaucoup dans l’impression forte que donne l’ouvrage, dans cette envie qu’on a de le feuilleter ; ouvrage qu’on ressortira régulièrement de sa bibliothèque pour y jeter un œil avide de jolies choses.
Mais outre l’excellente participation de cet artiste, il faut mentionner celle de Frank Achard, maquettiste de son état, et dont le travail réalisé pour Kadath va bien au-delà de la simple mise en page de textes en évitant veuves et orphelines. Les fragments des récits, les explications annexes et les illustrations trouvent en effet leur place dans un splendide écrin de vapeurs nébuleuses qui donne une ambiance mystérieuse très à propos.

Le Guide de Kadath est donc « simplement » un livre magnifique, qui mêle textes réussis et illustrations magnifiques. Le deuxième ouvrage de la collection Ourobores des éditions Mnémos confirme l’exigence de qualité imposée à ses parutions. Il se présente, du coup, comme une excellente idée de cadeau de Noël, notamment pour les amateurs de Lovecraft.

Stéphane Gourjault