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Cœur de Loki
( L'Agent des Ombres
2 )
de
Michel Robert
Michel Robert en constante amélioration !
Michel Robert est un jeune auteur qui, après avoir collaboré à l’écriture de la suite de La Malerune avec Pierre Grimbert, se lance en solo dans l’écriture de roman. C’est, en effet, son deuxième roman. Il se consacre, pour l’instant, à un univers de fantasy assez classique. Avec le cycle de L’Agent des Ombres, il rend un hommage vibrant à Elric le nécromancien et donc à Moorcock.
Ce devait être une mission de routine
Cellendhyll de Cortavar n’est plus que l’ombre de lui-même. Depuis que son maître Morion, à la fin de sa dernière mission, l’a amélioré par magie, il a tout perdu. Il n’est plus cet ange du chaos implacable et invincible. La technique du zen, qui le rendait si sûr et maître de lui, lui fait défaut. Et ça même Morion ne l’avait pas prévu.
Aussi pour lui redonner sa place au sein des agents du chaos et pour lui permettre de se retrouver, Morion l’envoie en mission dans la cité franche de Véronèse. C’est une mission simple mais qui doit servir de convalescence à Cellendhyll. C’est donc accompagné de son fidèle ami Ghéritarish, un Loki, qu’il part pour Véronèse. Hélas, ou heureusement, cette mission de routine ne va pas se passer comme prévu car la tête de Cellendhyll est mise à prix aussi bien par la Lumière que par les Ténèbres. Il n’en fallait pas plus à l’ange du chaos pour redevenir lui-même et retrouver sa superbe prestance.
Un récit très visuel surtout dans les combats
Avec ce deuxième tome de L’Agent des Ombres, Michel Robert développe un peu plus son univers bien particulier. On en apprend davantage sur les forces mises en place : la Lumière, les Ténèbres et surtout le Chaos. Mais ce second tome lui permet surtout d’affermir son style, de prendre de l’assurance dans sa manière d’écrire. Le point fort de ce roman c’est qu’il est extrêmement visuel. Les scènes de combat sont découpées étape par étape. On a l’impression d’y être. Cependant, même s’il est très pointilleux sur ces scènes-là, pour les autres descriptions, Michel Robert est avare de précisions et de détails. On ne sait pas trop de quoi ont l’air les différents lieux que les personnages traversent et c’est un peu dommage. Mais comme l’action est presque omniprésente, cette lacune ne gêne pas trop. Quant aux personnages en question, ils manquent un peu de relief. Chacun a son caractère propre dans lequel il n’y a pas de place pour l’ambiguïté. Avec ce personnage qui est un émule d’Elric, cette saga plaira à tous les fans de l’albinos aux yeux rouges. Michel Robert en profite aussi pour installer une petite trame en arrière plan : une prophétie qui doit se réaliser autour de Cellendhyll et surtout on en apprend un peu plus sur sa dague sombre. Juste de quoi nous faire sourire car l’allusion à Stormbringer est flagrante.
Entre les deux tomes, il y a une nette amélioration, alors attendons la suite.
Pierre Demetz
Original
Même en tenant compte des références à Elric, on prend beaucoup de plaisir à lire ici un livre avec une réelle originalité. Les personnages ne sont pas exactement héroïques, et les espoirs sont souvent déçus. Le héros lui-même commet des actes franchement répréhensibles, sans écouter qui que ce soit, il est plus ou moins incapable de pardon, ou de prise de recul, la belle princesse est une droguée, le prince n’est présenté que par les yeux de Cell – qui lui en veut à mort de sa mésaventure. Les gros méchants ne sont pas forcément si méchants (sauf le chef) et surtout ne sont pas des sauvages.
Pour l’univers, l’auteur prend un malin plaisir à brouiller les pistes, face aux réactions induites par la tradition (Lumière = Gentils). Pourtant on prend vite l’habitude de faire abstraction des noms évocateurs et de ne plus se fonder sur un nom pour préjuger du caractère de tel ou tel. Ce qui contribue à empêcher le lecteur de s’endormir sur les acquis traditionnels.
Côté style, on trouve toujours une touche surprenante au milieu d’un récit plus conventionnel. L’auteur utilise beaucoup de phrases nominales par exemple, ou d’infinitifs. Cela surprend d’abord, mais donne une personnalité au récit qui est assez bienvenue. De même pour les dialogues. Les belles paroles chevaleresques ne trouvent pas leur place ici : le style est direct – très direct, même – et le langage oral moderne. Un peu anachronique, mais après tout, à quelle époque se situe le récit ? D’ailleurs les références modernes ne manquent pas entre les junkies, les business plans, l’atmosphère de très nette libération sexuelle (avec descriptions évocatrices idoines) … mais tout ça en gardant une vraisemblance, qui ne détonne pas par rapport à l’ensemble.
Tout ça donne des développements hors des sentiers battus, et la fin laisse un goût amer en bouche ; mais un goût délicieux. On est surpris, exploit notable en fantasy. À lire donc avec plaisir.
J’ajoute qu’il est tout à fait possible de lire ce tome deux sans connaître le début. Les manques issus de la méconnaissance de l’univers des plans engendrent un certain flou qui n’est pas désagréable, et laisse la place à l’imagination.
Aymeric Arnoux
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