Codex atlanticvs volume 17

aux éditions La Clef d’Argent
Genre : Fantastique

Auteurs : Stéphane Mouret , Jean-Jacques Nuel , Michel Rullier , Philippe Vidal , Denis Moiriat , Christian Hibon , Gilles Bailly , Jean Effer , Philippe Bastin , Franck Denet , Timothée Rey
Couverture : Mélusine
Date de parution : juillet 2008 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Anthologie
Nombre de pages : 79
Titre en vo :

Lire tous les articles concernant Stéphane Mouret ou Jean-Jacques Nuel

Un grand millésime

Ce dix-septième volume de Codex Atlanticvs porte bien son nom d’anthologie. C’est en effet la fine fleur des textes contemporains ciselés de main(s) de maître(s) par des petits auteurs bien de chez nous, pas prétentieux pour deux sous et plein de talent : Jean-Jacques Nuel, Michel Rullier, Philippe Vidal, Denis Moiriat, Christian Hibon, Gilles Bailly, Jean Effer, Philippe Bastin, Franck Denet, Timothé Rey, Stéphane Mouret, et tout autant d’écritures innovantes et nourries des classiques, pour notre plus grand plaisir.

 Dire ou ne pas dire

 

Telle est la question. En particulier dans le genre où l’on se trouve, qui doit maintenir la fameuse hésitation qui inspira tant notre cher Todorov. Aussi, c’est sous le signe de l’éphémère, l’absence et la disparition – tragique et sublime – des mots que débute le recueil. En guise de mise en bouche, un brillant épitaphe de Jean-Jacques Nuel nous conte l’histoire d’un auteur qui dédicaça sa vie à l’écriture d’une seule phrase, mais qui périt dans un naufrage avant même de la délivrer. C’est cette question sacrée du raconter ou ne pas raconter qu’abordent indirectement les récits. Ainsi en est-il de la première nouvelle : Peuchâtre et Gésirac, où Mamé mal en point n’a plus la force de ressasser une fois de plus l’histoire de l’ogre de Gésirac à son petit-fils dépité... On poursuit notre cheminement vers le silence avec les Livres invisibles, un récit audacieux de Philippe Vidal, dépeignant un auteur dont les mots s’effacent à mesure qu’il écrit... Toutes ces histoires nous disent la même chose. Le mot est aussi sacré qu’évanescent. Aussi éternel que contingent. Le verbe est capital, mais peut nous échapper à chaque instant.

 
 

Trinquons !

 

On est au pays fabuleux de la littérature fantastique, la vraie, de celle qui flirte sans gêne avec le XIXème siècle, le décadentisme, l’élégance. À commencer par la fuite sublîme, donnant lieu à une fugue verbale travaillée à la syllabe près du petit Luc à travers l’effrayante forêt dans Peuchâtre et Gésirac, qui a pour mission de ramener un médecin à Mamé, celle qui ne veut plus raconter, et qui est sur le point d’emporter dans sa tombe toutes les légendes du coin. .. L’enfant terminera sa course lascivement, dans les bras d’un ogre pas comme les autres...Michel Rullier signe un contrepoint sensuel et délicieux du Petit Poucet.

 


Et puis, entre deux échappées vers l’étrange, nous assistons à un dîner, cadre de deux récits très courts et délicieux, intermèdes chics entre des nouvelles plus longues. Citons L’exclusif, joute hilarante où chacun reconnaîtra le « con du dîner » qu’il a un jour croisé ou bien un jour …été. Et puis Reflet, où une quinquagénaire splendide se regarde pour la première fois dans le miroir et récupère instantanément toutes ses rides…

 

Bref. Du jeune benêt des champs qui rêve de devenir croque-mort à la secrétaire découvrant un tunnel secret depuis sa cave, en passant par Viktor Skopein n’est pas mort,  texte ludique et puzzle conjugué sur le mode du futur, l’originalité des sujets et la beauté du traitement font de cette anthologie un grand cru, rare et indispensable à notre cave livresque.

 

Auvergnates, provençales ou vésuliennes…Les belles plumes de notre France profonde délivrent leur magie, inspirées sans doute par la beauté et le calme de nos terroirs…à lire sur le champ avec un grand verre de saint-émilion !

 
 

 Tchin !

Audrey Cansot