La Parallèle Vertov
( Les Naufragés de l'entropie 1 )
de Frédéric Delmeulle
aux éditions Mnémos ,
collection Dédales
Genre : SF
Sous-genres :
  • Voyage dans le temps

Auteurs : Frédéric Delmeulle
Couverture : Manchu
Date de parution : février 2010 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 336
Titre en vo :
Première parution : février 2010

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Réussi

Professeur d’histoire-géographie et chercheur en audiovisuel, Frédéric Delmeulle a écrit son premier roman en 2007. Il s’intitule Nec Deleatur. Trois ans plus tard, les Éditions Mnémos décident de le republier, dans une version révisée, et sous le titre La Parallèle Vertov.

Il ne faut pas jouer avec le passé...


La Parallèle Vertov
commence par l’enquête, au début du XXe siècle, de Joseph Reboul et John Grierson, journalistes respectivement français et anglais, sur les morts mystérieuses de deux des trois frères Raleigh. Comment expliquer que le premier ait succombé à une terreur absolue dans une cathédrale de Westminster ravagée par un phénomène inconnu ? Voilà qui est bien étrange, sans compter que le second a été retrouvé assassiné, seul en mer, portant des blessures étranges.
Puis on bascule sur Paris, dans un futur proche. Child Kachoudas est contacté par son oncle, José-Luis de Almédia, pour étudier les archives vidéos de l’enterrement d’Edouard VII en 1910. Il va découvrir que son parent est sur la pellicule ! Ce dernier, en effet, a réussi à découvrir comment voyager dans le temps. Son véhicule, le Vertov, est un sous-marin nucléaire soviétique reconverti en transport temporel. Pour Kachoudas, les petits boulots sont terminés : le voilà devenu explorateur temporel. Mais à peine les deux hommes mettent-ils les pieds dans le passé, à Sélinonte en 117 après Jésus-Christ, qu’un incident survient...
Mais quel est donc le rapport entre l’enquête des journalistes et l’aventure de Kachoudas et de Almédia, qui tentent de corriger la terrible déviation du cours de l’Histoire dont ils sont à l’origine ? Mystère, mystère...

Une première partie qui frôle le grotesque ?


La Parallèle Vertov
commence donc comme une enquête de police, un feuilleton du début du XXe siècle. D’ailleurs, la référence au Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux est appuyée à plusieurs reprises. Le début du roman est captivant, l’auteur alternant la description des investigations de Joseph Reboul et John Grierson entre 1910 et 1945 et la présentation de son personnage principal, Child Kachoudas, historien du début du XXIe siècle, qui vit de petits boulots et qui va être un des deux acteurs d’une aventure qui ne démarre qu’à la moitié du roman (mais nous y viendrons plus tard).
Frédéric Delmeulle démontre dès les premiers chapitres de son roman son souci du détail historique, sa volonté d’instruire le lecteur, de le cultiver, qui rappellent ceux de Neal Stephenson dans son Cryptonomicon. Il confirme, peut-être de façon moins talentueuse mais efficacement, avec les explications techniques du voyage dans le temps que fourni de Almédia à son neveu. Ces précisions sur le pourquoi du comment parcourir les années dans les deux sens est possible sont convaincantes, ce qui est la moindre des choses dans un récit où ce thème est central.
Mais rapidement, le lecteur s’interroge devant l’illogisme apparent de tout ce qu’il lit : de Almédia n’est pas présenté comme un génie, ni comme particulièrement fortuné. Pourtant, il a réussi à inventer une machine sur laquelle nombre d’auteurs de science-fiction ont fantasmé, qui nécessite des connaissances scientifiques pointues et des recherches qui ne peuvent aboutir qu’avec un soutien financier considérable.
À ceci s’ajoute une drôle d’introduction du personnage principal dans le contexte du roman : il connaît peu son oncle mais pourtant ce dernier lui confie ni plus ni moins un héritage d’une valeur technologique incommensurable.
Sans compter, aussi, le supercalculateur qui agrémente le Vertov, tellement puissant qu’il est une véritable intelligence artificielle. La machine a d’ailleurs développé une personnalité calquée sur celle de Marlene Dietrich. Cette dernière peut se matérialiser grâce à une série de projecteurs holographiques installés par José-Luis de Almédia dans tout le sous-marin. Avec tout cela, si le lecteur vient à penser qu’il est tombé sur un livre absurde, que son auteur en fait tellement que c’en est grotesque, on pourra l’excuser.
Mais ce ne sera que s’il abandonne la lecture de La Parallèle Vertov à ce niveau qu’il commettrait une erreur. Car ce serait sous-estimer Frédéric Delmeulle, auteur qui sait parfaitement ce qu’il fait...

En fait, un roman maîtrisé et surprenant


En effet, un peu comme dans un roman du célèbre Jules Verne, on ne doit pas rester sur les explications introductives mais se laisser emporter par le souffle de l’aventure. Ce dernier se lève seulement dans la seconde moitié de
La Parallèle Vertov, quand Child et son oncle commencent leur exploration du passé, qui va évidemment tourner à la catastrophe. Le livre de Frédéric Delmeulle prend alors une nouvelle dimension. Le récit devient véritablement passionnant. Le suspense y est intense.
L’écrivain emploie, il faut le dire, un style efficace, lisible, sans fioriture. C’est bien écrit, tout simplement. Il maîtrise également parfaitement son récit. Aucune scène n’est inutile. Si le rythme se ralentit, ce n’est que pour livrer des explications vitales ou des précisions historiques qui permettent de donner consistance aux événements ; si un personnage a une attitude incompréhensible, ce n’est que afin de tromper le lecteur et relancer son intérêt pour le récit...

C’est donc sans difficulté que le lecteur atteint la fin de
La Parallèle Vertov. Il y trouvera toutes réponses à ses interrogations, aux coïncidences, aux soi-disant incohérences disséminées par Delmeulle dans la première moitié de son roman et que nous évoquions plus tôt.
Bluffé, le lecteur sera de plus interloqué par une fin surprenante. Ce roman convaincra donc même les plus indécis. Les explications scientifiques, l’interprétation des paradoxes temporels, ne satisferont peut-être pas tout le monde, mais au moins ont-elles le mérite d’être cohérentes. On sent que l’auteur s’y est tenu pour construire les aventures de ses personnages et imaginer leurs péripéties. Il se dégage du roman l’impression que Frédéric Delmeulle est un constructeur d’histoires talentueux.

La Parallèle Vertov
est donc un excellent roman d’aventure. Ce récit de voyage temporel est mené avec brio par un auteur qui démontre des qualités indéniables d’écrivain populaire, ne laissant rien au hasard et maîtrisant dans les moindres détails son histoire. Une réussite qui méritait incontestablement une réédition, en attendant – avec impatience – la sortie prochaine des Manuscrits de Kinnereth, second roman de Delmeulle se déroulant dans le même univers.

Stéphane Gourjault

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