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Episodes 2 et 3

Iô Kuroda (Scénariste, Dessinateur), Xavier Hébert (Traducteur), Naomiki Sato (Traducteur)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Japonais
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/07/2006  -  bd
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Episodes 2 et 3

Les deux dernières générations occidentales ont développé une véritable fascination pour le Japon, ce n’est pas une nouvelle. On a fait entrer certains éléments de la culture japonaise dans nos foyers et dans nos têtes. Depuis l’extension culturelle du Japon à l’intérieur de nos cultures, d’autres mèmes ont donc remplacé les mythes orientalistes de nos grands-pères, des mèmes peut-être un peu plus exacts que leurs prédécesseurs. Mais du coup, ce sont d’autres opportunités qu'on laisse à la culture japonaise de nous surprendre.

Parmi ces mèmes, il y a la notion que la culture japonaise entretient avec son fantastique, une relation plus étroite que la nôtre, elle laisse les monstres entrer de manière naturelle dans la vie quotidienne. C’est aller un peu vite, et oublier à quel point le surnaturel est, justement, hors du naturel, effrayant et étrange, quelle que soit la culture dans laquelle on se place.

En quête de sens

Dans le premier tome du Clan des Tengu, dont j’avais rendu compte avec l’éloquence et l’érudition que vous me connaissez et qui m’a rendu célèbre jusque dans les bars à entraîneuses de Verkhoïansk, Iô Kuroda avait donc montré que la nature de ses héros, les Tengu, hommes-corbeaux de la mythologie nippone, était d’être fondamentalement mal foutus. C’était ça, la caractéristique principale de son héroïne, Shinobu, et de son Maître, et des autres Tengus: ils étaient décalés, pas à leur place, ils soliloquaient sur leur propre importance alors qu’ils ne vivaient que dans les marges de la société humaine, se nourrissant d’ordures et épiant les humains depuis l’ombre.

Avec les tomes 2 et 3 de son conte urbain fantastique, il nous montre les ravages que peuvent créer des entités aussi fracturées quand elles redécouvrent leur puissance. Les Tengus réveillent leur dieu, Mr Z, le premier Tengu. Leur force primordiale, leur raison d’être, leur guide vers la véritable nature des Tengus. Et ce Mr Z, en fait, est un monstre, un géant aux allures de Marlon Brando, qui n’apprend à parler et à agir que parce que le Parti National des Tengus le lui enseigne, et par l’intermédiaire d’une petite fugueuse paumée. De tsunamis en brouillards surnaturels, les Tengus essaient d’imposer leur vision à la réalité, sans savoir véritablement où ils vont, en causant des dégâts insoupçonnés.

Shinobu, la Tengu désillusionnée, chassée de sa vie humaine par le professeur aux yeux terribles qui l’a remplacée par une poupée de boue, chassée de sa vie de Tengu par le Parti National qui doute avec raison de sa loyauté, fait donc ce qui paraît le plus raisonnable dans une situation pareille: elle se casse. Elle laisse tout tomber et refait sa vie dans le Nord, rencontre un garçon, oublie comment voler, redevient presque humaine. Jusqu’à ce que la guerre entre Tengus et humains la rattrappe.

Fantastique!

Comme beaucoup d’histoires, le Clan des Tengu est avant tout une recherche de l’harmonie, de l’identité, du calme. Il s’agit de gens qui ne savent pas qui ils sont, qui ne savent pas ce qu’ils sont, et qui se débattent pour comprendre. Et comme toutes les histoires où les “monstres” sont les héros, il est facile de perdre le côté fantastique, effrayant et inhumain de ces monstres.

C’est donc contre la confusion et la banalité que Kuroda, tout comme ses personnages, se bat pour créer une histoire intéressante et compréhensible. Aidé par un graphisme fluide mais avant tout clair, proche de la caricature, il y parvient. J’attends la suite et fin.


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