- le  

Forty Signs of Rain

Langue d'origine : Anglais UK
Aux éditions : 
Date de parution : 30/06/2006  -  livre
voir l'oeuvre
Commenter

Forty Signs of Rain

Kim Stanley Robinson est considéré à juste titre comme l'un des grands de la science-fiction du sous-genre Hard Science. Ses recherches sur la science derrière les sujets qu’il explore lui permettent généralement d’en offrir une représentation correcte, malgré le fait qu’il ne soit pas lui-même un chercheur.

Parmi ses quatorze romans, dont certains ont été récompensés par des prix prestigieux, on compte la Orange County Trilogy (qui se joue dans une Californie post-apocalyptique), SOS Antarctica (un éco thriller sur l'Antarctique), La Mémoire de la Lumière (un roman spéculatif sur les liens entre physique et musique dans un futur très éloigné), The Years of Rice and Salt (l'histoire d'une ligne temporelle alternative où l'Europe aurait été quasi rayée de la carte par la Peste Noire), et surtout ce qui est probablement son chef-d’œuvre, La trilogie de Mars. Mais c’est également un auteur engagé, qui n’hésite pas à peupler ses romans de spéculations politiques sur ce que serait le système de gouvernement idéal (cf le troisième volume de La trilogie de Mars, par exemple). Dans sa dernière trilogie, dont les deux premiers volumes (Forty Signs of Rain et Fifty Degrees Below) sont sortis récemment, et le troisième (Sixty Days and Counting) est prévu pour début 2007, il s’attaque à un avenir tellement proche qu’il pourrait bien être déjà là… La parution de Forty Signs of Rain en français est prévue pour Octobre 2006.

 
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le fonctionnement de la NSF...

Comment ça, vous ne savez pas ce que c'est ? Il s'agit de la National Science Foundation, l'agence scientifique nationale des U.S.A., qui attribue les financements d'état à la recherche scientifique. Franck et Anna travaillent à la NSF à Washington, triant des dossiers de demandes de financement et siégeant aux comités où se décide l'attribution des fonds (à ma connaissance, aucun autre roman ne décrit le processus de manière aussi détaillée, à travers des pages entières). Tous deux (comme le reste de la communauté scientifique, d'ailleurs) s'inquiètent de voir le réchauffement global nié ou pris à la légère par les autorités. Mais le fonctionnement de la NSF ne permet pas, de par sa structure et son manque de moyens, de faire grand-chose à ce sujet. A moins de modifier de manière radicale les institutions et les priorités... De son côté, Charlie, le mari d'Anna, travaille depuis chez lui pour un sénateur, Phil Chase, un peu plus honnête sur la question que les autres. Enfin, une délégation d'un tout petit pays fondé par des dissidents tibétains, et menacé de submersion par la montée du niveau des mers, vient s'installer dans le bâtiment où est également logée la NSF…

Un programme politico-scientifique pour éviter le désastre

Contrairement à Michael Crichton, dontla description des connaissances scientifiques sur le sujet dans Etat d'Urgence est carrément mensongère (parmi de très nombreux autres textes de scientifiques sur cette question, cf Déclaration de l’Association des Géologistes Américains spécialisés dans le climat du Quaternaire http://www.amqua.org/news/news/eosforum2006.pdf ), Kim Stanley Robinson a réussi à représenter plus correctement les théories (au sens scientifique, c.a.d. des hypothèses fortement soutenues par les données) sur les changements climatiques que la planète est en train de subir actuellement. Bien entendu, les événements qu'il présente ne sont que quelques uns des scénarios possibles, ce qui est partie intégrante du problème : si les chercheurs s'accordent à dire qu'il y a réchauffement*, et qu'il est très probablement d'origine anthropique, il leur est en revanche difficile, voire impossible de prévoir ce qui va se passer exactement, ainsi que de dire si nous avons déjà dépassé le point de non-retour par rapport à nos capacités de réparation, ou s'il reste une certaine marge. Mais ce roman vient également s’insérer dans un contexte politique extrêmement particulier.

Aujourd'hui, aux Etats-Unis, le débat sur la question s'est fortement polarisé, du fait entre autres des déclarations du président, qui après avoir plusieurs fois remis en cause l'existence même du réchauffement, est passé à la négation de l'influence humaine sur ledit réchauffement (http://www.realclimate.org/index.php/archives/2006/03/bush-on-the-debate/), puis, plus récemment, à une reconnaissance à contre-coeur du problème (mais sans pousser à aucune mesure concrète : cf par exemple  Climate in Court  Emma Harris, Nature 443 (7111) p486-487, 5 octobre 2006). Ajoutez à cela la campagne d'information actuelle de l'ex-candidat démocrate (cuvée 2000) Al Gore avec son documentaire An Inconvenient Truth, et les accusations récentes par plusieurs chercheurs contre le gouvernement qui aurait tenté d'empêcher les résultats de certaines recherches sur ce sujet (et d'autres sujets sensibles) d'être diffusées (cf l'affaire James Hanson, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA), et vous obtenez une division presque nette démocrates-républicains sur la question. Dans ce contexte, cette nouvelle trilogie est à peine de l'anticipation tant elle est enracinée dans la politique actuelle. Et Kim Stanley Robinson a clairement choisi son camp, ce qui fait de cette trilogie un plaidoyer politique en même temps qu'un programme scientifique (du moins de politique scientifique) pour tenter d'éviter le désastre. On pourrait même résumer ce premier roman en deux phrases : Nous avons un problème et courrons à la catastrophe (de fait, elle est déjà là). Nous avons des chercheurs fantastiques et prêts à tout tenter pour y remédier.

Et le roman, dans tout ça ?

Kim Stanley Robinson replonge dans certains défauts déjà présents dans la Trilogie de Mars (en particulier dans Mars la Bleue). Il est difficile de discerner le fil du récit tant le roman est chargé en opinions politiques et descriptions scientifiques, dont les détails feront rapidement décrocher le lecteur à la recherche de divertissement.

Un lecteur engagé, ou un lecteur à penchants scientifiques/politique des sciences, sera plus probablement intéressé par les idées véhiculées, et par la description relativement réaliste de la manière dont la recherche scientifique et ses institutions fonctionnent aux Etats-Unis (et ailleurs, pour certains des éléments). Kim Stanley Robinson parvient également à donner une image humaine de ses chercheurs, même s'il a choisi des cas un peu idéalisés. Je pense que cet aspect est d’ailleurs volontaire, et dû à une tentative de l’auteur de redorer le blason de la science et des scientifiques auprès du public américain, ce qui n’est probablement pas inutile... Cependant, le côté simplifié et un peu manichéen, ainsi que l'introduction en masse de philosophie bouddhiste, risquent également de porter sur les nerfs d'un certain nombre de lecteurs.

Ces défauts font de Forty Signs of Rain un roman moins réussi que Years of Rice and Salt, ou la Trilogie de Mars. Mais la conjoncture actuelle en fait probablement un roman qu'il faut lire**, d'autant plus qu'il existe finalement peu de romans récents sur ces questions, même s'il est partisan et simplifie certaines des problématiques. Les défauts sont malheureusement encore plus prononcés dans le second roman de la trilogie (Fifty Degrees Below), ce qui rend la fin en cliffhanger du premier d'autant plus frustrante…


*A quelques exceptions près, dont un certain nombre sont à la solde de divers conglomérats industriels et groupes pétroliers...

**accompagné de des sources fiables sur les aspects scientifiques et politiques du problème. Après tout, il s’agit d’un roman…

à lire aussi

Genres / Mots-clés

Partager cet article

Qu'en pensez-vous ?