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Gagner la guerre

Langue d'origine : Français
Aux éditions : 
Date de parution : 05/03/2015  -  livre
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Gagner la guerre

Professeur de lettres modernes à Nancy, Jean-Philippe Jaworski se fait initialement remarquer en dehors de son monde professoral pour la création de jeux de rôle. Mais c'est en 2007 qu'il se fait remarquer sur la scène littéraire avec son premier livre, un recueil de nouvelles : Janua Vera. Deux années plus tard, sort son premier roman, Gagner la guerre, dont l'intrigue se passe aussi dans le Vieux Royaume. Il continuera par la suite à publier des nouvelles qui prennent place dans ce riche univers. Mais, en 2013, débute une série de romans au style et à la localisation différents : Même pas mort, suivi en 2015 de Chasse royale
 
Bienvenu à Benvenuto Gesufal, assassin, membre de la guilde des Chuchoteurs, survivant, mystérieux, et anticonformiste. 
 
Alors que la guerre fait rage depuis quelque temps, et que le contrôle maritime revêt un intérêt stratégique et commercial crucial, Benvenuto, au milieu des soldats et des officiers, perdu en pleine mer, fait son boulot. Il se joue des vies, et se délecte de les prendre en échange d'une bourse bien remplie. 
 
Mais, pour tout homme de l'ombre, la vie n'est pas une partie de plaisir : embauché par le Podestat, les enjeux politiques de ses missions sont d'une telle importance que l'échec n'est pas envisageable. 
 
Mais, dommage pour Benvenuto, la vie lui est rarement clémente. Et l'échec le toise. S'en suit alors une course poursuite à travers le Vieux Royaume pour sauver sa peau, dans ces terres où la magie bien que très rare est dévastatrice, et où les elfes, tout aussi rares, ont une force d'attraction bien suspecte...
 
Délectable. 
 
Disons le tout pile : il est difficile de dénombrer chacune des qualités de ce roman. La première force, et pas des moindres, c'est bien la qualité de la langue. Le vocabulaire historique foisonne (tout autant que les insultes), le brio du style est délectable, et les riches descriptions plongent le lecteur à même les scènes, aussi bien dans les tempêtes de neige, qu'au milieu de l'océan, voire dans les putrides prisons où moisissent et meurent des individus peu recommandables. Jaworski manie la langue et le style comme Benvenuto manie l'épée et la dague. 
 
Chaque page est un délice à la lecture tant la langue est maîtrisée. Elle s'adapte à chaque personnage, pour offrir une immersion complète auprès des nobles, des brigands, des politiques, des enfants, ou des artistes. On y découvre un vocabulaire pullulant et d'une précision redoutable, et des tournures de phrases parfois alambiquées pour servir le lecteur en tout instant et l'accompagner dans son immersion. Le travail de l'auteur est épatant, offrant du corps à son œuvre. Certains chapitres (je pense notamment au premier et au dernier) sont d'une telle qualité qu'ils offrent, dans un roman, le plaisir de la lecture d'une nouvelle tant la chute au chapitre peut être intrigante, ou stupéfiante, et toujours d'une grande intelligence. (Petit coup de cœur pour celle-ci "Ce fut ainsi, par la petite porte, que je m'introduisis dans la famille du Podestat.") 
 
La seconde force de ce roman est le personne de Benvenuto Gesufal. N'essayez pas de trouver en lui un héros au service de la veuve et de l'orphelin, vous n'y trouveriez qu'un assassin au passé lourd et louche, et à la célébrité absente justement parce qu'il réalise avec perfection son travail. Pas de scrupule pour lui du moment que le contrat est bien rempli et qu'on arrose ses méfaits de pièces sonnantes et trébuchantes. 
Force est de constater que lorsqu'on creuse un peu plus, Jaworski nous offre là un personnage bien plus complexe encore, et d'une intelligence redoutable, faisant de cet antihéros un personnage ô combien intéressant et à la fois sympathique et antipathique. 
Les autres personnages ne sont pas en reste : on y découvre des personnages riches et complexes, nombreux et réalistes, tous plus épatants les uns que les autres. 
 
La troisième force de cette œuvre, c'est bien son intrigue, qui prend le temps de se complexifier sur les 980 pages du roman. Toute la richesse de l'œuvre, sa complexité, et son intelligence sautent alors aux yeux du lecteur au fur et à mesure qu'il avance dans sa lecture.
 
Jean-Philippe Jaworski, à l'image de Benvenuto Gesufal, est capable de magnifiques coups d'éclat ; Gagner la guerre, son premier roman, en est la preuve. Il nous montre ainsi que la fantasy française est capable du meilleur. Alors, mesdames et messieurs les auteurs de fantasy française, sachez qu'il faudra maintenant compter sur Jean-Philippe Jaworski. Et si vous n'êtes pas contents, peut-être devriez-vous prendre le risque de lui jeter le gant ? 

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