Actusf : Quelles sont ou quelles ont été vos influences (littéraires, cinématographiques, musicales…) ?
Éric Simard : La poésie sous toutes ses formes, à savoir, les œuvres, les êtres, les lieux qui m'exaltent et déclenchent mon enthousiasme. La poésie synonyme d'émerveillement et de jongleries inventives, mais aussi d'engagement. Une volonté de discerner et de transmettre sans fard la réalité, en traquant le mensonge à une époque où beaucoup de choses avancent masquées ou avec une débauche de poudre aux yeux. Des paysages et des lumières comme ceux que j'ai trouvés en Irlande et en Grèce, des œuvres comme celles de Christian Bobin, Ridley Scott, Sturgeon, Brassens, Piaf, Prévert, Yannis Ritsos, Tarkovski, Cassavetes, Chaplin, Van Gogh, Baudelaire, Beuys, Shaun Davey et bien d'autres encore… Des comètes comme Cassius Clay en sport, des explorateurs comme Shackleton ou Knud Rasmussen, des étoiles comme Gandhi ou le Dalaï Lama, des amis poètes comme Démosthènes Davvetas et les êtres qui me sont proches… m'ont aidé et m'aident toujours à voir plus clair et à corriger mes illusions.
Actusf : Pourquoi avez-vous choisi d'écrire pour la jeunesse ? Et pourquoi principalement le genre fantastique ?
Éric Simard : J'écris avant tout pour moi. Mes histoires sont le prolongement de mon journal intime que je tenais adolescent. Lorsque j'ai montré mes premiers textes, on m'a annoncé qu'ils pourraient trouver leur place en littérature jeunesse. J'ai sans doute, dès le début, eu besoin d'exprimer une part enfouie de mon enfance. J'aime confronter le monde ordinaire à des mondes non-ordinaires (rêves, légendes, au-delà, vie extra-terrestre…) et observer comment se déploie le champ des possibles.
Actusf : Science-fiction, fantastique, policier… Vous mélangez tous les genres. D'où vous vient votre inspiration ?
Éric Simard : Je déteste les barrières. L'écriture peut naître de correspondances ancrées dans notre quotidien, dans notre imaginaire, ou envisagées dans le futur. Elle peut avoir besoin d'une intrigue à suspens pour se développer. Elle peut être tout cela à la fois…
Actusf : Certains de vos romans sont des romans fantastiques s'appuyant sur des légendes celtiques. D'où vous vient cette fascination pour le peuple celte et ses légendes ?
Éric Simard : La culture celtique (Irlande, Écosse…) porte en elle une poésie que je retrouve difficilement dans l'esprit latin. Pendant des siècles, elle a résisté aux terribles persécutions anglaises et en est sortie plus forte, plus sensible. Je vous invite à fermer les yeux, à écouter les mélodies et les voix celtes…
Actusf : Dans Les chimères de la mort et dans Clarisse vous abordez le thème des manipulations génétiques. Pour vous, le roman est-il aussi un moyen de faire passer un message auprès du jeune lecteur, d'aborder des thèmes difficiles ?
Éric Simard : Oui, certainement. Toute histoire, même la plus naïve en apparence, est porteuse d'une éthique. Personnellement, j'annonce la couleur : je suis contre les manipulations génétiques telles qu'elles sont envisagées aujourd'hui (OGM, clonage, etc.) parce que ces technologies du vivant sont trop souvent entre les mains d'apprentis sorciers. Je réclame que de véritables "hommes de conscience" surveillent les "hommes de science". Je connais ce terrain, étant moi-même issu d'une école d'ingénieur (biochimiste, Insa Lyon). Je n'ai pas du tout confiance dans des lobbies scientifiques qui n'agissent que dans leur intérêt et ceux de leurs investisseurs. Ils sont capables de lancer sur le marché de l'alimentation et de la santé, des produits dont on connaît mal le caractère dangereux, à long terme. Ils sont, la plupart du temps, soutenus par une presse complaisante et imposent leur point de vue avec une facilité déconcertante. La littérature est un moyen de stimuler le débat d'idées auprès des jeunes, de les amener à réfléchir sur les bouleversements initiés par ces nouvelles technologies.
Actusf : Avez-vous des sujets tabous que vous ne voulez pas aborder dans vos livres ? Quelles sont les difficultés majeures lorsque l'on veut écrire un roman pour un jeune public ?
Éric Simard : Je n'ai pas de sujet tabou. J'aborde les thèmes qui me touchent aujourd'hui, sur lesquels j'ai besoin de travailler, de témoigner et qui stimulent mon imagination. Les difficultés majeures quand j'écris un roman restent inchangées chaque fois que j'allume mon ordinateur : vais-je être à la hauteur de mon aventure ? Serai-je capable d'aimer mes personnages, même les plus noirs ? Aujourd'hui, un certain nombre de titres publiés en littérature jeunesse intéressent aussi un lectorat adulte. Leur fraîcheur, leur audace et leur poésie surprennent. La frontière entre les deux littératures est beaucoup moins évidente qu'autrefois. Je note d'ailleurs que la collection Autres Mondes, chez Mango Jeunesse, est "pour tout lecteur".
Actusf : Dans de nombreux romans, vous parlez des animaux et de leurs relations avec les hommes : Les chimères de la mort, Le chant sacré des baleines, Jimmy la terreur… Pourquoi ? Quelles sont vos relations avec les animaux ? Est-ce un thème qui vous porte à cœur ?
Éric Simard : Oui. D'une certaine manière, je répète la même chose à chaque histoire : respecter la nature est se respecter soi-même. Le comportement de l'homme occidental vis-à-vis des animaux, de la forêt ou de la Terre en général, témoigne de son mépris et de son arrogance. Les sciences ont permis à notre civilisation de faire un bond prodigieux. Et c'est très bien ! Mais la machine s'est emballée… Nous voulons désormais tout régenter pour notre profit, en oubliant l'équilibre fragile instauré sur Terre depuis des millions d'années. Les termes "nuisibles" et "utiles" illustrent bien cette arrogance. Des espèces sont massacrées, des forêts saccagées pour des profits à court terme. Nous sommes une goutte d'eau qui veut imposer ses lois à l'océan !
Actusf : Vous devez recevoir des réactions d'enfants quant à vos romans. Comment les perçoivent-ils ?
Éric Simard : Lors de mes rencontres avec les très jeunes lecteurs, je témoigne de ma nécessité d'exprimer mes émotions à travers l'écriture. Je parle de la colère, de la joie, du sentiment d'injustice, de la tristesse, des rires. Je fais écouter aux enfants des mélodies qui m'ont accompagné dans l'écriture de certains chapitres et je leur demande de reconnaître ces chapitres. Ils sont très forts ! Expliquer comment ils perçoivent mes romans est impossible. J'espère qu'ils les font rêver, vibrer et peut-être réfléchir. Avec les plus âgés, je discute volontiers de la place de l'Homme à une époque comme la nôtre. Le thème de la "différence" (génétique, culturelle et autres…) est très présent dans mes livres. C'est pour eux l'occasion de s'exprimer et de prendre position.
Actusf : Quels sont vos projets ?
Éric Simard : Continuer de m'exprimer à travers l'écriture. Je peux le faire aujourd'hui aux côtés de personnes de confiance et de qualité, sensibles à mon travail, comme Jack Chaboud (Magnard) et Denis Guiot (Mango). M'engager toujours plus sur les questions sensibles de notre époque. En mars 2003 paraît L'Oracle d'Égypte dans la collection Autres Mondes chez Mango Jeunesse. Un roman où se mêlent manipulations génétiques et mythologie égyptienne…
Actusf : Question subsidiaire : Qu'est-ce que vous vouliez devenir lorsque vous étiez enfant ?
Éric Simard : Basketteur ou archéologue pour retrouver les traces de civilisations oubliées.
La chronique de 16h16 !