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L'Âge d'or

Alan Moore (Scénariste), Alex Ross (Dessinateur), Rick Veith (Dessinateur)
Cycle/Série : 
Langue d'origine : Anglais US
Aux éditions : Collection :
Date de parution : 31/10/2003  -  bd
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L'Âge d'or

Rien n'est jamais simple avec Alan Moore. Si vous avez la curiosité de vous renseigner sur la série Supreme, vous vous apercevez qu'elle s'intercale entre un sérieux passage à vide dans sa vie professionnelle - juste après le dépôt de bilan de sa maison d'édition - et la création d'America's Best Comics. Alors on a parfois tendance à la présenter comme une série alimentaire. Une sorte de remise en jambe après une légère convalescence.

Mais on a affaire à Alan Moore, et avec lui, une petite remise en jambe se transforme vite en triathlon par équipe, comme l'atteste ce trio de dessinateurs penché sur le berceau du super-héros le plus stéréotypé de ces vingt dernières années.

Cliché d'ouverture, sur une planche cent fois vue, ne serait-ce que dans un vieux Superman oublié sur une étagère dans la maison de campagne de Mémé. Notre héros, ci-devant "L'Être de Majesté", "La Centrale Vivante", j'ai nommé Supreme, est en orbite autour d'une Terre dédoublée, et, sagace comme pas deux, il flaire l'embrouille. En trois cases, Moore nous fait savoir à la rame que "Le Goliath d'Or" revient à l'instant d'un long périple galactique qui semble avoir laissé quelque blancs dans sa mémoire, et qu'il est fort marri de la sombre menace qui plane sur sa planète natale. Poussé par ce sens du devoir qui l'a toujours caractérisé "L'Icône d'Ivoire", n'écoutant que son courage, vole au secours de son monde bien-aimé, pour y découvrir une réalité où semble cohabiter deux états, l'un très fifties, et l'autre beaucoup plus contemporain.

Il en faudrait, bien-entendu, beaucoup plus pour dérouter "Le Protecteur d'Omegapolis", qui, faisant fi de son propre état de désorientation, s'apprête à mener l'enquête. Et c'est là, au moment précis où le lecteur avisé de Moore commence à se dire "Mais, qu'est ce que c'est que cette merde !", que "Le Héros d'Albâtre" subit l'assaut de trois versions alternatives de lui-même, pour finalement être mis au tapis par Squeak, un improbable croisement entre Supreme et Super-Souris.

Il s'avère que ces trois confrères ne veulent que son bien, et ne sont là que pour lui épargner les tourments de la "Redéfinition". Le temps qu'elle s'achève sur Terre, ils emmènent "Le Surhomme de Platine", sur Supremacy, un monde situé dans les limbes, et entièrement peuplé de versions redéfinies de Supreme. C'est là qu'il apprend qu'il n'est guère que l'avatar des années 90, et que, tout comme les autres habitants de Supremacy, il n'est qu'une réactualisation du Supreme original. Un lifting en quelque sorte, désigné pour mieux coller à l'air du temps. Au zeitgeist si l'on veut. Son amnésie passagère n'est que le symptôme d'une redéfinition scénaristique de ses origines. La mémoire lui reviendra, à mesure que les scénaristes auront comblé les blancs de son passé.

Supreme va maintenant devoir quitter Supremacy pour remplir sa mission : incarner le héros des années 90. Il va devoir redescendre sur cette Terre toute neuve, afin de s'y retrouver, et de partir en quête de ses aventures.

Ce renversement dramaturgique du héros qui part à la recherche de l'histoire qu'il va devoir jouer, est un thème qui fascine Alan Moore. Il le développera d'ailleurs plus en détail avec Promethea. Il se trouve que Supreme est arrivé dans la carrière de son scénariste, à une époque où celui-ci était fatigué de ne plus voir que des héros désabusés, tous d'ailleurs plus ou moins inspirés des Watchmen. Navré d'avoir créé cette sinistrose du comic book, Moore voulait revenir à une forme naïve, plus traditionnelle de super-héros. C'est pourquoi, reprendre ce personnage créé par Rob Leifeld l'a immédiatement séduit. Côté face, lorsqu'il est dessiné par Joe Bennett, Supreme est un héros de années 90. Blasé, largué, nostalgique d'un certain passé, il n'est pas sans rappeler le Hibou. Côté pile, lorsque c'est Rick Veitch, et son trait résolument old school qui prend le relais, Supreme est un héros des années 40. L'extrême soin apporté à cette alternance, renforcé encore par l'écriture précise de Moore, fait de cette série un petit bijou dont la lecture se fait au premier degré.

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