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Date de parution : 24/08/2019
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La pièce d'à côté

A lire la bibliographie des œuvres de Jack Finney traduites en français, on peut se demander s’il a jamais écrit un texte médiocre. Très éclectique, il est connu des amateurs de cinéma pour être à l’origine du légendaire Invasion des profanateurs de sépultures, la référence incontournable des romans d’invasions extra-terrestres. Ce succès aurait suffi à lui octroyer l’immortalité littéraire mais ce serait commettre une injustice qu’ignorer ses nombreuses nouvelles et romans, dont la thématique est souvent axée sur le temps. Le voyage de Simon Morley en particulier, d’une facture très originale, est considéré par beaucoup comme LA meilleure histoire de voyage temporel jamais écrite ! Avec à peine moins d'ambition, La pièce d’à côté explore le thème des mondes parallèles, cette fois sous l’angle de l’humour, et c’est une authentique réussite !

« Si ce monde ne vous plait pas… »

Ben est prêt à exploser ! Sa vie est dépourvue de sens : travail, couple, société, tout lui semble creux, et même ridicule… Il est entouré d’agités du bocal qui s’étourdissent dans de vaines activités, qui se prennent au sérieux et pensent avoir tout compris de la vie mais tout cela sonne faux. Même les prototypes d’inventions révolutionnaires et farfelues qu’il met au point avec un ami pendant ses loisirs ne parviennent à faire naitre en lui le sentiment de plénitude qu'il recherche. Ben est un homme imparfait qui rêve d’une vie parfaite. Est-ce réellement impossible ? Si cet univers se montre insatisfaisant à ce point, pourquoi ne pas aller voir ailleurs ? C’est exactement ce qu’il lui arrivera, bien qu'à son corps défendant. Et pourtant, une femme superbe et aimante, un travail intéressant et bien rémunéré, est-ce bien raisonnable et surtout, est-ce vraiment cela qui donnera un sens à sa vie ?

« …vous devriez en voir quelques autres… »

Cette citation de PKD cerne parfaitement La pièce d’à côté, ironie incluse. La quatrième de couverture promettait humour et loufoquerie et pour une fois, son rédacteur n’a pas exagéré. La pièce d’à côté, à tous points de vue, est une réussite. Si ce petit roman tranche d’avec la production habituelle de l’auteur, il le place au niveau des meilleures réussites d’un Robert Scheckley au mieux de sa forme, par exemple. Les mésaventures de Ben sont écrites avec une telle fantaisie, une telle liberté poétique, qu’il est souvent impossible de faire la part entre ce qui tient de la métaphore et ce qui appartient à la réalité objective mise en scène dans le roman. Le lecteur attentif remarquera certainement que la méthode utilisée pour voyager d’un monde à l’autre, la contemplation d’une pièce de monnaie, a plus de rapports avec la psychologie-fiction qu’avec la science, et évoque autant Le voyage de Simon Morley, le chef d’œuvre de l’auteur, que Le jeune homme, la mort et le temps de Richard Matheson, ce qui n’est pas la pire des références... Le résultat est cependant bien différent et donne quelques heures de lecture très agréablement farfelues, en attendant la redécouverte du Retour de Marion Marsh et du Balancier du temps

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